Publications
The Equinox est une revue dirigée où instructions rituelles, comptes rendus, fictions, poèmes, recensions et polémiques s'influencent mutuellement par leur voisinage.

Dix premiers numéros, une multitude de genres
The Equinox a vu le jour à Londres en 1909 sous la direction d'Aleister Crowley. Son premier volume a rassemblé dix numéros jusqu'en 1913, associant instructions pratiques, textes littéraires, recensions, polémiques et documents liés à ses organisations ésotériques. Il s'agissait d'une publication périodique, non d'un grimoire unique paru sous une forme définitive en une seule fois. L'Online Books Page de l'Université de Pennsylvanie répertorie la première série ainsi que son histoire éditoriale ultérieure plus irrégulière, tandis que l'index des livraisons préserve les dates et les fascicules distincts. Même au sein du Volume I, un article signé, une note éditoriale et un texte de fiction répondent à des desseins différents. Le volume, le numéro, l'année et le titre de l'article permettent de situer chaque contribution et son auteur au sein de la revue.
Organisation et mise en scène de soi
Le sous-titre « The Review of Scientific Illuminism » annonçait une démarche d'investigation rigoureuse, alors même que The Equinox servait aussi à promouvoir le programme religieux et initiatique de Crowley. Ses livraisons font côtoyer des instructions rituelles avec des créations littéraires, des annonces, des comptes rendus, des textes polémiques et d'autres contributions. Chaque extrait hérite ainsi d'un cadre éditorial singulier, et les textes plus anciens réimprimés adoptent les titres de section, les commentaires et les orientations de la revue.
Volumes et éditions ultérieurs
Il convient de distinguer le premier volume original du Volume III numéro 1, paru en 1919, ainsi que des publications ultérieures qui ont repris le titre Equinox. L'Online Books Page signale qu'aucun Volume II n'a vu le jour dans la série d'origine. Ce titre familier recouvre ainsi une parution en série marquée par des lacunes et des changements de cadre éditorial, et non un livre unique mené à bien à une date précise. Une édition d'œuvres complètes peut réorganiser ou réimprimer des textes, masquant leur agencement premier et leurs attributions d'origine. Elle peut juxtaposer un article de jeunesse à un commentaire tardif, donnant l'illusion d'une continuité entre des phases distinctes des travaux de Crowley. Un paragraphe extrait d'une anthologie tardive ne peut dès lors être considéré d'office comme la pensée définitive de Crowley ni comme une preuve de la véracité d'une allégation cérémonielle.
Au cœur d'un numéro : Volume I, numéro 1
Le premier numéro montre avec quel soin la revue entremêlait les registres. Un éditorial ainsi que « An Account of A∴A∴ » présentent l'institution et sa voix publique. Le Liber Librae fournit une règle éthique synthétique, tandis que le Liber Exercitiorum aborde des exercices tels que la posture, la respiration, la concentration et la tenue d'un journal. Ces pièces d'instruction côtoient des poèmes, des fictions dont « The Wizard Way », des recensions critiques et des essais argumentatifs, de sorte que le lecteur navigue continuellement entre cursus officiel et expérimentation littéraire. « The Temple of Solomon the King » inaugure une chronique en feuilleton qui interprète la lignée initiatique de Crowley; il ne s'agit pas du même genre d'écrit qu'un exercice numéroté. « The Herb Dangerous » ouvre une série consacrée aux substances psychotropes et aux états modifiés de conscience, introduisant un registre médical et culturel qui appelle son propre recul critique. Le supplément publié séparément, John St. John, expose un journal magique daté et fait de la discipline de consignation un élément central de l'identité de ce numéro. Lu dans l'ordre, ce fascicule bâtit un véritable écosystème: l'autorité institutionnelle structure les exercices, la littérature propose des modèles d'identité, l'histoire feuilletonesque procure un passé et le journal met l'expérimentation en scène. Isoler le Liber E ou une unique entrée de journal comme s'il représentait à lui seul The Equinox dissimule la dialectique éditoriale façonnée par les textes environnants.
Questions à explorer
- Comment la revue a-t-elle réuni instructions rituelles, poésie et nouvelles de l'organisation ?
- Pourquoi le deuxième volume manquant a-t-il rendu la numérotation ultérieure déroutante ?
- Comment un recueil moderne peut-il modifier l'ordre original des numéros ?
