Grimoires
Le second livre du Lemegeton classe les esprits aériens selon leur direction, leur rang, leur mobilité et leur sceau, tout en empruntant à la Steganographia de Trithème.
Un catalogue différent après la Goetia
Theurgia-Goetia est la deuxième partie du recueil aujourd'hui nommé la Petite Clé de Salomon ou Lemegeton. Son titre réunit des termes que les lecteurs contemporains traitent parfois comme opposés : le texte présente des esprits aériens décrits selon des nuances morales variées, plutôt qu'une nouvelle liste calquée sur les soixante-douze figures goétiques. L'ouverture de la version du manuscrit Sloane 3825 de la British Library organise les esprits principaux et leurs ministres, leur attribuant des noms, des directions et des sceaux. C'est un catalogue doté d'un cadre opératoire, mais ses entités, ses dénombrements et ses signes graphiques relèvent d'une tradition textuelle précise. Il ne s'agit pas d'êtres historiquement documentés de manière indépendante. Qualifier cette œuvre de « Livre Deux » décrit son rang dans une compilation du dix-septième siècle, et non la date à laquelle l'ensemble de ses noms constitutifs a été inventé. Des ministres manquants et des sceaux modifiés peuvent résulter d'écarts entre manuscrits et éditions plutôt que d'une simple erreur de copie.
Ce qu'elle a emprunté à Trithème
L'édition de Joseph H. Peterson compare les noms et certains sceaux avec la Steganographia de Johannes Trithemius (Trithème), rédigée vers 1500 et imprimée pour la première fois au début du dix-septième siècle. Trithème présentait son langage d'esprits au sein d'un ouvrage consacré à la communication secrète. Le compilateur de Theurgia-Goetia a réemployé des éléments de ce matériau dans un nouveau cadre cérémoniel. Cette mutation compte davantage qu'une ressemblance de surface. Un nom emprunté peut conserver son orthographe alors même que sa fonction, son cadre et les instructions qui l'accompagnent se transforment. Peterson identifie le manuscrit Sloane 3824, folios 53r–71v, comme une forme antérieure apparentée, intitulée « The Second Parte of the Art of King Solomon »; il est dépourvu de la profusion de sceaux apparue plus tard. Le manuscrit Sloane 3825 témoigne ensuite d'une version plus complète. C'est un exemple concret de la manière dont s'accroissent les compilations de grimoires : la présence d'une figure dans un livre ne prouve pas que chaque détail qui la côtoie remonte à la même période.
Noms, sceaux et sources du deuxième livre
Le nom de l'esprit principal, le nombre de ses subordonnés et les sceaux dessinés peuvent diverger selon les manuscrits et les éditions. Certaines séries modernes proposent des symboles soignés et d'apparence identique là où un témoin ne présente qu'un tracé endommagé ou aucun dessin. Le parallèle avec la Steganographia permet d'expliquer les noms empruntés, mais il ne prouve pas l'existence d'un rituel identique chez Trithème : Peterson distingue nettement ses exemples d'écriture secrète des conjurations plus tardives de Theurgia-Goetia. Le deuxième livre du Lemegeton voisine également avec la Goetia et l'Ars Paulina, où des matériaux hétérogènes ont été réunis sous une seule autorité tutélaire. Leur relation met en lumière la façon dont une compilation s'est élaborée, et non la véracité des effets attribués à ses opérations. Les indications de directions et les listes de ministres aident à révéler ce travail d'assemblage. Quand un témoin abrège une liste et qu'un autre l'enrichit de sceaux, cet écart témoigne de retouches rédactionnelles successives plutôt que d'un catalogue unique copié sans altération.
Comment les trente et un souverains organisent la direction, le temps et la fonction
Les trente et un princes régnants de ce catalogue forment une véritable hiérarchie plutôt qu'une simple liste de noms indistincts. Quatre empereurs gouvernent les directions cardinales : Carnesiel à l'est, Caspiel au sud, Amenadiel à l'ouest et Demoriel au nord. Les rois et les princes occupent ensuite des positions directionnelles subordonnées, de sorte qu'un titre indique au lecteur le rang d'un souverain ainsi que son orientation spatiale. Le texte établit une autre distinction entre vingt chefs stationnaires, assignés à des points fixes de la boussole, et onze chefs errants censés se déplacer d'un lieu à un autre. Leurs ministres apportent un troisième niveau d'organisation. Certains servent de jour et d'autres de nuit, tandis que les heures planétaires déterminent quel ministre particulier est sollicité au cours de ces plages temporelles. Les attributions dévolues aux chefs se recoupent fréquemment (découvrir des secrets, porter des messages ou transporter des objets), mais l'accès à chacun varie selon la direction, le mouvement, l'heure, le sceau et la description morale fournie par l'ouvrage. Cela éclaire la récurrence de ces listes. Il s'agit de coordonnées destinées à désigner un titulaire d'office précis au sein de l'administration aérienne conçue par le compilateur, et non de trente et une biographies disparates. Un répertoire moderne alphabétique des esprits en conserve les notices mais supprime le système directionnel et horaire qui rendait leur enchaînement intelligible.
Questions à explorer
- Quel manuscrit fournit réellement le sceau reproduit dans une édition ?
- Qu'est-ce qui s'est trouvé modifié lorsque les noms de Trithème sont entrés dans une compilation cérémonielle ?
- Le décompte des esprits inclut-il les ministres en plus des chefs ?
