LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVA-VÉDA · LIVRE V EN GROS PLAN
Au tambour de guerre
Le tambour au bruit retentissant, pareil au guerrier, fait du bois de la forêt, réuni (sámbhṛta) aux [bêtes] rousses, aiguisant la voix, dominant nos rivaux; tonne avec force contre [eux] comme un lion, prêt à vaincre.
Comme un lion a tonné celui de bois, tendu (vi-bandh), tel un taureau mugissant vers une vache désirante; viril (vṛ́ṣan) [es]-tu, impuissants sont tes rivaux; pareille à celle d'Indra [est] ta fougue (çúṣma), terrassant les conspirateurs ennemis.
Trouvé (vidāná) soudainement (sáhasā) comme un taureau dans un troupeau, toi qui cherches du bétail, rugis (ru) contre [eux] en remportant le butin; transperce de douleur le cœur de nos adversaires; que nos ennemis, quittant leurs villages, s'en aillent poussés en avant (pra-cyu).
Vainquant entièrement les combattants, poussant un cri perçant, toi qui saisis ceux qui doivent être saisis, regarde au loin de multiples côtés; réponds (? ā-gur), ô tambour, dévot, à la voix des dieux; apporte les biens de nos ennemis.
Lire les 8 versets restants de V.20
Entendant la voix poussée (pra-yam) du tambour qui parle, que la femme, suppliante, réveillée par le vacarme, coure vers son fils en lui prenant la main, notre ennemie, effrayée dans le conflit d'armes meurtrières.
Puisses-tu d'abord (pū́rva), ô tambour, faire retentir ta voix; sur le dos de la terre parle, étincelant (ruc); ouvrant largement les mâchoires (jabh) sur l'armée de nos ennemis, parle avec netteté, ô tambour, agréablement (sūnṛ́tāvat).
Qu'il y ait du fracas entre ces deux firmaments (nábhas); que tes sons (dhvaní) aillent promptement et séparément; rugis contre [eux], tonne, menaçant (?), retentissant (çlokakṛ́t) pour la victoire de nos amis, bon partisan.
Façonné par des artifices (dhī́), puisse-t-il faire entendre sa voix; excite les armes des guerriers; allié à Indra, convoque les guerriers; par des amis, terrasse puissamment les ennemis.
Héraut vociférant (? pravadá), à l'armée audacieuse, faisant proclamer en de nombreux lieux, résonnant à travers les villages, gagnant l'avantage, connaissant les voies, dispense (vi-hṛ) la renommée à un grand nombre dans la [bataille] de deux rois.
Visant l'avantage, conquérant les bonnes choses, très puissant, conquérant une troupe, tu es aiguisé par le bráhman; telle la pierre à presser sur les tiges [de soma] dans le pressoir, ô tambour, danse sur [leurs] possessions, en quête de butin (gavyán).
Terrassant les ennemis, terrassant et abattant, terrassant les conspirateurs hostiles, cherchant du bétail, subjuguant, jaillissant vers le haut, fais entendre ta voix comme un orateur (vāgvín) son discours (mántra); proclame la force (? íṣ) ici afin de vaincre l'armée.
Ébranlant (cyu) ce qui n'est point ébranlé, allant le plus souvent dans les luttes, vainquant les railleurs, marchant en tête, indomptable, mis en sécurité par Indra, attentif aux conseils (? vidátha), brûlant le cœur de nos adversaires, va promptement.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter V.20 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE V ÉGALEMENT CITÉ
Au tambour de guerre
Lire l'hymne de comparaison V.21 (12 versets)
Proclame la division des cœurs, la division des esprits parmi nos ennemis, ô tambour; haine mutuelle, désarroi, frayeur, voilà ce que nous instillons en nos ennemis: abats-les, ô tambour.
Tremblants d'esprit, de vue et de cœur, que nos ennemis s'enfuient, épouvantés d'effroi (pratrāsá) lorsque le beurre sacrificiel est offert.
Fait d'un arbre de la forêt, assemblé avec le [bétail] roux, appartenant à toutes les familles (-gotrá-), proclame l'alarme pour nos ennemis, étant frotté de beurre sacrificiel.
De même que les bêtes sauvages de la forêt tremblent toutes devant l'homme, ainsi, ô tambour, rugis contre nos ennemis et épouvante-les, puis confonds leurs desseins.
De même que chèvres et brebis fuient, grandement effrayées par le loup, ainsi agis, ô tambour, etc. etc.
De même que les oiseaux (patatrín) tremblent tous devant le faucon, jour après jour; de même qu'au grondement du lion, ainsi agis, ô tambour, etc. etc.
Au loin tous les dieux ont effrayé nos ennemis par le tambour et la peau de la gazelle, [les dieux] qui sont maîtres de l'armée.
Par les bruits de pas avec lesquels Indra se joue de l'ombre, que soient effrayés nos ennemis qui avancent là-bas par troupes (anīkaçás).
Que les tambours, avec les bruits de cordes d'arcs, hurlent vers toutes (yā́s) les directions, tandis que les armées de nos ennemis s'en vont, vaincues, par troupes.
Ô Āditya, retire-[leur la] vue; vous, rayons, poursuivez-les; que ceux qui ont des entraves aux pieds s'y attachent, la vigueur des bras (-vīryà) s'en étant allée.
Vous [qui êtes] redoutables, ô Maruts, fils de la mère tachetée, avec Indra pour allié, massacrez nos ennemis.
Que ces armées des dieux, aux bannières solaires, unanimes, conquièrent nos ennemis: hommage !
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter V.21 sur Wikisource ↗
Un objet façonné reçoit une voix animale
Le verset 1 introduit le bois d'un arbre de la forêt et la peau d'une vache rougeâtre, puis appelle le tambour à tonner comme un lion. Le verset 2 répète l'image du lion et ajoute un taureau mugissant vers une vache. Les faits matériels ancrent le son dans le concret : il s'agit d'un objet assemblé par des mains humaines, et pourtant le poème lui accorde la force d'animaux dangereux. Ces comparaisons ne sont pas de simples qualificatifs décoratifs. Elles font paraître un son percussif capable de dominer un terrain disputé et de projeter de la virilité vers le camp adverse. Whitney observe que le témoin Pāippalāda modifie l'ordre de certains versets initiaux ; l'agencement reçu constitue donc une disposition textuelle parmi d'autres. Le rôle de prise de parole du tambour survit à cette variation.
L'effroi recherché s'inscrit dans un cadre social
Le verset 3 demande au tambour de blesser le cœur des opposants et d'amener les ennemis à quitter leurs villages. Le verset 5 imagine une femme ennemie effrayée par sa voix et se précipitant vers son fils. Ce détail étend les conséquences de la bataille bien au-delà des hommes armés. Le poème veut que le fracas perturbe le foyer ennemi et rende la retraite urgente. Le verset 6 place ensuite la parole du tambour sur la vaste terre et l'imagine ouvrant ses mâchoires vers une armée. L'image d'une bouche qui parle fait du son un assaillant à part entière. Ces lignes offrent un tableau dramatique de la peur, non la preuve qu'une communauté donnée ait pris la fuite au retentissement d'un tambour.
Le son structure également le camp du locuteur
Le tambour est appelé à rassembler les guerriers alliés, à stimuler leurs armes et à les soutenir aux côtés d'Indra. Le verset 9 imagine sa proclamation voyageant de village en village lors d'un affrontement entre deux rois. Les versets suivants lui demandent à plusieurs reprises de parler, de proclamer et de faire pencher l'avantage en faveur des amis. L'instrument accomplit ainsi deux tâches sociales opposées à la fois : il disperse les ennemis et synchronise les alliés. La comparaison avec un héraut est révélatrice, car le tambour communique une revendication de victoire avant même que l'issue ne soit assurée. Sa puissance sonore donne au camp de l'orateur l'apparence d'être plus vaste et plus confiant. Cette communication publique constitue un éclairage bien plus spécifique que de qualifier l'hymne de simple charme générique pour le courage.
Le V.21 déplace la cible du son
L'hymne contigu au tambour, V.21, commence par demander la division des cœurs et des esprits chez l'ennemi. Il passe moins de temps à faire du tambour un héraut itinérant et davantage à décrire la panique au sein des troupes adverses. La voix complexe de V.20 se déploie sur la terre et à travers les villages ; V.21 traite ce même son comme la cause d'un désarroi interne. Whitney relève une utilisation martiale ultérieure de V.20 avec le texte beaucoup plus court VI.126, et l'ordre Pāippalāda diffère pour plusieurs versets. Ces liens témoignent d'une tradition rituelle du tambour facilement transportable. Ils ne rendent pas chaque hymne au tambour interchangeable : le trait distinctif de V.20 réside dans la manière dont son instrument devient tour à tour orateur, animal, messager et annonciateur de victoire.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
De la matière forestière à la voix publique
Lisez V.20.1 en regard de V.20.9. Le premier nomme le bois et la peau du tambour et lui demande de rugir comme un lion. Au neuvième verset, il résonne à travers les villages et dispense la renommée dans la bataille des rois. Un objet façonné est devenu une voix publique. Comparez avec V.21.1, où l'on ordonne au tambour de diviser l'esprit de l'ennemi. Tous deux emploient le son, mais l'un met en avant un héraut voyageur tandis que l'autre privilégie la confusion au sein d'une formation. Le bois et la peau du premier verset conservent au tambour sa spécificité matérielle, même lorsque la comparaison avec le lion et la scène villageoise amplifient sa voix publique.
