LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE VII EN DÉTAIL
Pour le succès au sein de l'assemblée
Que l'assemblée (sabhā́) et le rassemblement (sámiti), les deux filles de Prajāpati, en parfait accord, me soient favorables ; que celui avec qui je me réunirai désire me venir en aide (? upa-çikṣ) ; puissé-je tenir des propos agréables parmi ceux qui se sont rassemblés, ô Pères.
Nous connaissons ton nom, ô assemblée ; en vérité, jeu (naríṣṭā) est ton nom ; quels que soient ceux qui siègent dans ton assemblée, qu'ils parlent d'une même voix avec moi.
De ceux qui siègent ensemble, je m'approprie l'éclat, le discernement (vijñā́na) ; de toute cette assemblée (saṁsád), fais de moi, ô Indra, le détenteur de la fortune (bhagín).
Votre esprit qui s'est égaré, qui est attaché ici ou là, nous le faisons revenir vers ce lieu ; qu'en moi repose votre esprit.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.12 (13) sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE
Pour commander l'amour d'une femme
Que le propulseur te pousse (tud) vers le haut ; ne demeure pas (dhṛ) dans ton propre gîte ; par la terrible flèche de l'amour (kā́ma), je te transperce le cœur.
La flèche empennée de nostalgie (ādhī́), armée d'amour à sa pointe, pourvue de détermination en son collet (? saṁkalpá-), rendue bien droite, que l'amour en transperce ton cœur.
La flèche d'amour bien affilée qui dessèche la rate, aux pennes orientées vers l'avant, dévorante (vyòṣa), par elle je te transperce le cœur.
Transpercée d'une douleur ardente (çúc), la gorge desséchée, viens en rampant vers moi, docile, ta fureur apaisée, tout entière à [moi], aux douces paroles, soumise.
Lire les 2 versets restants de III.25
Je te pousse vers moi avec un aiguillon (ā́janī), loin de ta mère, de même que de ton père, afin que tu sois en mon pouvoir (krátu), que tu te plies à mon dessein.
Ô Mitra et Varuṇa, chassez les desseins de son cœur ; puis, la rendant impuissante, soumettez-la à mon autorité.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.25 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE I ÉGALEMENT CITÉ
Un sortilège d'amour : avec une herbe douce
Lire l'hymne comparatif I.34 (5 versets)
Cette plante est née du miel (mádhu-) ; avec du miel nous te déterrons ; c'est du miel que tu es engendrée ; ⌊ainsi⌋ fais que nous soyons pourvus de miel.
Au bout de ma langue le miel, à la racine de ma langue la douceur du miel ; puisses-tu être tout entière sous mon pouvoir (krátu), puisses-tu adhérer à mon dessein (cittá).
Empreinte de miel (mádhumant) [est] mon entrée, empreinte de miel ma sortie ; de ma voix je dis ce qui est miellé ; puissé-je être à l'image du miel.
Plus doux que le miel suis-je (mádhu), plus miellé que la plante à miel ; de moi en vérité tu seras éprise (? van), comme d'une branche chargée de miel.
Autour de toi avec une canne à sucre enlacée (paritatnú) j'ai marché, afin d'écarter toute haine mutuelle ; pour que tu sois celle qui m'aime, pour que tu sois celle qui ne s'éloigne pas de moi.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.34 sur Wikisource ↗
L'auditoire public de VII.12
L'Atharvaveda VII.12 (numéroté 13 dans un autre agencement) s'adresse à une assemblée et à un rassemblement comme à des puissances dont la voix cherche à obtenir la faveur. Le cadre est un espace délibératif public : l'acceptation dépend de la manière dont une personne est accueillie parmi les autres. Cela diffère d'un charme d'attraction intime visant une femme en particulier. Il serait anachronique de qualifier l'assemblée antique de fête, mais l'hymne aide à cerner l'une des composantes d'un souhait moderne de rassemblement : être entendu ou bienvenu au sein d'un groupe avant qu'un échange privé n'ait lieu. Son échelle sociale importe. Il s'agit d'un auditoire collectif, non d'un mécanisme destiné à contraindre un invité précis à traverser la pièce.
III.25 resserre la cible visée
Dans III.25, l'attention de la voix se resserre sur le cœur et les intentions d'une seule femme. La métaphore de la flèche parcourt les trois premiers versets, tandis que les versets suivants l'imaginent affaiblie, arrachée à sa famille et soumise au contrôle de la personne qui parle. Aucune foule ne s'interpose dans la rencontre, et aucun choix réciproque n'est sollicité. Un titre tel que « charme d'amour » ne peut édulcorer cette construction. Lorsqu'on l'applique en comparaison avec la recherche d'attention lors d'une réunion mondaine, III.25 met en lumière la différence entre souhaiter une chance de rencontre et exiger qu'une autre personne ressente et agisse selon son propre dessein. C'est là le projet coercitif de l'hymne historique.
Une douce apparence a une plus grande portée
I.34 répand le miel sur la langue, les mots, l'approche, le départ et le regard de la voix parlante. Les notes de Whitney indiquent qu'un manuel rituel plus tardif utilisait cet hymne pour obtenir la supériorité lors d'une dispute oratoire ainsi que durant les cérémonies de mariage. Une dispute oratoire est plus proche d'un auditoire public que la flèche intime de III.25, bien qu'il ne s'agisse toujours pas d'une soirée mondaine. L'amplitude de l'hymne explique comment les mêmes images ont pu circuler entre contextes institutionnels et matrimoniaux dans des applications ultérieures. Le miel n'est pas un simple ingrédient amoureux. Il décrit une présentation séduisante ou efficace à travers diverses rencontres, ce qui peut inclure la prise de parole devant un groupe.
Ce que la lanterne de rassemblement invente
Le souhait élaboré pour le projet, « Faire en sorte qu'une personne ciblée vienne à ma rencontre lors d'un rassemblement », appartient à La Lanterne du Rassemblement, une pratique moderne originale. Ni VII.12 ni III.25 ne rapportent une rencontre ciblée lors d'une fête, et les usages ultérieurs de I.34 ne comblent pas cette lacune. Un lecteur contemporain peut s'imaginer entrer dans une pièce avec assurance, converser avec aisance et laisser à autrui la liberté de s'approcher ou de passer son chemin. Ce sont là des choix relationnels actuels, et non des détails dissimulés dans un verset de l'Atharvaveda. Les textes anciens sont précieux précisément parce qu'ils empêchent de réduire la faveur d'une assemblée, la parole persuasive et la domination exercée sur autrui à une seule formule indistincte nommée attraction.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Changez d'auditoire et observez le dessein se transformer
Comparez les puissances interpellées dans VII.12 avec la femme visée dans III.25. Le premier demande à une assemblée d'accueillir favorablement la personne qui parle ; le second décoche une flèche vers un cœur précis. Lisez ensuite I.34.3, où la voix souhaite que ses propres allées et venues soient douces. Ces versets situent l'influence respectivement au sein d'un corps public, chez une personne ciblée et dans la conduite de la voix qui s'exprime. Une scène de réception moderne recèle ces trois possibilités, mais les textes hymniques n'autorisent pas à les assimiler à une seule et même action. Tout particulièrement dans III.25, l'attention est envisagée comme un contrôle plutôt que comme une salutation volontaire.
