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Atharvaveda · Malédictions et ennemis

Varaṇa : de l'arbre protecteur à l'amulette briseuse de rivaux

Un disque lunaire décoratif en argent, des anneaux en laiton non gradués et un livre indigo.

L'Atharvaveda X.3 célèbre une amulette d'arbre varaṇa tout au long de vingt-cinq vers. Elle écarte un acte complexe de sorcellerie, les mauvais songes, la maladie et la crainte, tout en réclamant que les rivaux soient brisés et abattus. Le glissement du poème du bouclier vers la domination est essentiel à son identité. Whitney relève un jeu de mots entre varaṇa et un verbe signifiant repousser ou protéger; le Pāippalāda lit en revanche fréquemment varuṇa et modifie l'ordonnancement des vers. Ce texte est un hymne historique d'amulette, non la preuve qu'un arbre quelconque ait guéri une maladie ou vaincu quiconque.

LE TEXTE · ATHARVAVEDA

Hymnes abordés dans cet article

Ces versets fournissent la formulation et la séquence examinées dans l'article ci-dessous.

X.3

ATHARVAVEDA · LIVRE X EN DÉTAIL

Avec une amulette de varaṇá

  1. Ce varaṇá [est] mon amulette virile (vṛ́ṣan), qui détruit mes rivaux ; avec elle, saisis tes ennemis, abats ceux qui te nuisent (durasy-).

  2. Écrase-les, abats-les, saisis-les ; que l'amulette marche en précurseur à ta tête ; par le varaṇá, les dieux repoussèrent la pratique hostile (abhyācārá) des Asuras d'un jour à l'autre.

  3. Cette amulette, le varaṇá, panacée souveraine, aux mille yeux, jaune, dorée, elle précipitera tes ennemis vers le bas ; à leur tête, frappe ceux qui te haïssent.

  4. Ce varaṇá [repoussera] la sorcellerie déployée contre toi ; il te préservera de l'effroi causé par les hommes, il te gardera de tout mal.

Lire les 21 versets restants de X.3
  1. Le varaṇá, cet arbre divin de la forêt, repoussera le péril ; le yákṣma qui a pénétré en cet homme, voilà ce que les dieux ont écarté.

  2. Si, endormi, tu fais un mauvais rêve ; si une bête fauve (mṛgá) suit une course néfaste ; contre l'éternuement excessif (? pari-), contre le cri funeste d'un oiseau (çakúni), cette amulette, le varaṇá, te protègera.

  3. De l'avare, de la perdition, de la sorcellerie, de la peur également, et de l'arme mortelle et acharnée du trépas, le varaṇá te protégera.

  4. La faute commise par ma mère, celle de mon père, celle de mes propres frères, celle que nous avons commise nous-mêmes, de tout cela cet arbre divin de la forêt nous protégera.

  5. Chassés (vyath) par le varaṇá, mes ennemis (bhrā́tṛvya) [issus de mes] proches sont partis vers l'espace (rájas) sans lumière (? asū́rta) ; qu'ils aillent dans les ténèbres les plus profondes.

  6. Indemne [suis]-je, possédant des vaches indemnes, doté d'une longue vie, entouré de tous mes hommes ; que cette amulette, le varaṇá, me garde ainsi préservé de tous les orients.

  7. Ce varaṇá sur ma poitrine, souverain, arbre divin de la forêt, qu'il repousse (bādh) mes ennemis, comme Indra repoussa les barbares, les Asuras.

  8. Je porte ce varaṇá en vivant de longs jours, jusqu'à cent automnes ; puisse-t-il m'accorder à la fois la royauté et l'autorité, me dispenser le bétail et la puissance.

  9. Comme le vent brise avec force les arbres, les arbres de la forêt, brise ainsi mes rivaux, ceux qui sont nés avant et ceux d'après ; que le varaṇá te défende.

  10. Comme le vent et le feu dévorent (psā) tous deux les arbres, les arbres de la forêt, dévore ainsi mes rivaux, ceux qui sont nés, etc. etc.

  11. Comme, abattus par le vent, les arbres gisent à terre (nyàrpita), abats de même et renverse mes rivaux, ceux qui sont nés, etc. etc.

  12. Tranche-les (pra-chid), ô varaṇá, avant l'heure fixée (diṣṭá), avant [le terme de] leur existence, eux qui s'efforcent de lui nuire quant à son bétail, et qui complotent d'abattre sa royauté.

  13. Comme le soleil brille d'un vif éclat, comme en lui réside la splendeur, qu'ainsi l'amulette de varaṇá fixe (ni-yam) en moi le renom [et] la prospérité ; qu'elle m'arrose d'éclat ; qu'elle m'oigne de gloire.

  14. Comme la gloire [est] dans la lune et dans l'Āditya contemplant les hommes, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

  15. Comme la gloire [est] sur la terre, comme elle réside en ce Jātavedas, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

  16. Comme la splendeur [est] chez la jeune fille, comme elle réside en ce char façonné (sámbhṛta), qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

  17. Comme la gloire [est] dans le breuvage de Soma, comme dans le mélange miellé [réside] la splendeur, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

  18. Comme la gloire [est] dans l'agnihotrá, comme dans l'exclamation váṣaṭ [réside] la splendeur, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

  19. Comme la gloire [est] déposée dans le sacrifiant, comme elle réside en ce sacrifice, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

  20. Comme la gloire [est] en Prajāpati, comme elle réside en cet être suprême, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

  21. Comme chez les dieux [réside] l'immortalité (amṛ́ta), comme en eux est établie la vérité, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.

Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire X.3 sur Wikisource ↗

X.6

ATHARVAVEDA · LIVRE X EN DÉTAIL

Avec une amulette

  1. La tête du cousin avare (arātīyú), de l'ennemi au cœur mauvais, je la tranche avec force.

  2. Cette amulette, née du soc de la charrue, me servira de protection (várman) ; elle est venue à moi emplie de bouillie, de sève, avec splendeur.

  3. Puisque l'habile artisan (tákṣan) t'a façonné de sa main avec une lame, que de cela les eaux vives et pures (çúci) te purifient, toi qui es pur.

  4. Que cette amulette parée de guirlandes d'or, dispensant (dhā) la foi, le sacrifice, la grandeur, demeure en hôte dans notre maison.

Lire les 31 versets restants de X.6
  1. À elle nous distribuons (kṣad) ghee, boisson forte, miel, aliment après aliment ; pour nous, comme un père pour ses fils, qu'elle procure (cikits-) le meilleur et le meilleur encore, toujours plus, jour après jour : l'amulette, issue des dieux.

  2. Cette amulette, ce soc de charrue, dégoulinant de ghee, redoutable khadirá, que Brihaspati a liée en vue de la force : voilà ce qu'Agni a attaché ; elle lui procure (duh) du beurre sacrificiel, toujours plus, jour après jour ; avec cela, massacre tes ennemis.

  3. Cette amulette, etc. etc. : voilà ce qu'Indra a attaché, en vue de la force, de l'héroïsme ; elle lui procure de la puissance, toujours plus, etc. etc.

  4. Cette amulette, etc. etc. : voilà ce que Soma a attaché, en vue d'une ouïe (çrótra) [et] d'une vue (cákṣas) supérieures ; elle lui procure de la splendeur, toujours plus, etc. etc.

  5. Cette amulette, etc. etc. : voilà ce que le soleil a attaché ; avec elle il a conquis ces contrées ; elle lui procure la prospérité (bhū́ti), toujours plus, etc. etc.

  6. Cette amulette, etc. etc. : portant cette amulette, la lune a conquis les forteresses des Asuras, les [forteresses] d'or des Dānavas ; elle lui procure la fortune, toujours plus, etc. etc.

  7. Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, elle lui procure la vigueur (vā́jina), toujours plus, etc. etc.

  8. Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, avec cette amulette les Açvins défendent ce labourage (kṛṣí) ; elle procure aux deux médecins la grandeur, toujours plus, etc. etc.

  9. Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, Savitar, portant cette amulette, a conquis par elle ce ciel (svàr) ; elle lui procure la grâce féconde (sūnṛ́tā), toujours plus, etc. etc.

  10. Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, portant cette amulette les eaux coulent à jamais inépuisées ; elle leur procure l'immortalité (amṛ́ta), toujours plus, etc. etc.

  11. Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, cette amulette salutaire, le roi Varuṇa l'a attachée ; elle lui procure la vérité, toujours plus, etc. etc.

  12. Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, portant cette amulette, les dieux ont conquis par le combat tous les mondes ; elle leur procure la conquête, toujours plus, etc. etc.

  13. Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, cette amulette salutaire, les déités ici présentes l'ont attachée ; elle leur procure toute chose, toujours plus, etc. etc.

  14. Les saisons l'ont liée ; ceux des saisons l'ont liée ; l'année, l'ayant liée, défend toute l'existence.

  15. Les points intermédiaires l'ont liée ; les directions l'ont liée ; l'amulette créée par Prajāpati a placé mes ennemis au-dessous de moi (ádhara).

  16. Les Atharvans l'ont liée ; les descendants d'Atharvan l'ont liée ; alliés (medín) à eux, les An̄girases ont brisé les forteresses des barbares ; avec elle, massacre tes ennemis.

  17. Dhātar l'a attachée ; il a ordonné (vi-kḷp) [toute] l'existence ; avec elle, massacre tes ennemis.

  18. Cette [amulette] que Brihaspati a liée pour les dieux, perte pour les Asuras : cette amulette est venue ici à moi, avec la sève, avec la splendeur.

  19. Cette [amulette] etc. etc., avec les vaches, avec les chèvres et les brebis, avec la nourriture, avec la descendance.

  20. Cette [amulette] etc. etc., avec le riz et l'orge, avec la grandeur, la prospérité.

  21. Cette [amulette] etc. etc., avec un flot de miel, de ghee, avec la douce boisson : l'amulette.

  22. Cette [amulette] etc. etc., avec le rafraîchissement, avec le lait, avec les biens, avec la fortune.

  23. Cette [amulette] etc. etc., avec l'éclat, avec la brillance, avec la gloire, avec le renom.

  24. Cette [amulette] etc. etc., avec toutes les floraisons.

  25. Que les déités me donnent ici cette amulette en vue de la prospérité : l'amulette souveraine, qui accroît l'autorité et terrasse les rivaux.

  26. Avec le bráhman, avec la clarté, j'attache sur moi la bienfaisante ; exempte de rivaux, destructrice de rivaux, elle a mis mes adversaires sous mes pieds.

  27. Que cette amulette née des dieux me rende supérieur à mon ennemi ; celle dont les trois mondes vénèrent le lait extrait, que cette amulette monte ici sur moi, pour la suprématie, à la tête.

  28. Ce dont les dieux, les Pères, les hommes se nourrissent sans cesse, que cette amulette monte ici sur moi, pour la suprématie, à la tête.

  29. Comme la semence dans un champ cultivé (urvárā) grandit là où passe le soc, qu'en moi croissent descendance, bétail et subsistance après subsistance.

  30. Sur celui à qui je t'ai attachée, propice, ô amulette qui accroît le sacrifice, ranime-le vers la suprématie, ô amulette aux cent présents sacrificiels.

  31. Ce combustible disposé en commun, ô Agni, savoure-le et accueille-le par des oblations ; puissions-nous trouver en lui faveur, bien-être, descendance, vue, bétail, en Jātavedas embrasé par le culte (bráhman).

Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire X.6 sur Wikisource ↗

Un arbre expressément désigné sert de protection

L'ouverture qualifie le varaṇa d'amulette virile et destructrice de rivaux, mais le verset 4 s'oriente sans détours vers la défense contre la sorcellerie dirigée vers une personne, contre la peur humaine et le mal. Le verset 5 nomme la maladie entrée dans un homme ; le verset 6 ajoute les mauvais rêves et les présages tirés du comportement des bêtes ou des oiseaux. La diversité des menaces permet d'expliquer pourquoi l'amulette est célébrée comme panacée au verset 3. Ce statut universellement guérisseur relève de l'affirmation du poème, non d'un constat médical. Le nom de l'arbre permet en outre un jeu de mots sur l'action d'écarter, si bien que l'objet semble prédisposé par sa sonorité même à protéger. Cette logique sonore relève de la poésie et du langage rituel.

Le bouclier devient une arme hiérarchisée

Les versets 9 à 16 réorientent l'attention vers les ennemis, y compris les proches parents. L'amulette est imaginée sur la poitrine, protégeant le porteur dans toutes les directions tandis que les factions rivales sont écrasées. Les versets 13 à 15 convoquent le vent et le feu brisant les arbres comme modèles pour abattre les rivaux nés avant et après l'orateur. Le poème passe ainsi d'une barrière arrêtant le danger à une puissance qui réorganise la hiérarchie. Au verset 16, les adversaires cherchant à nuire au bétail ou au royaume sont directement pris pour cibles. Ces vers sont virulents, et le texte n'apporte pas la preuve que les personnes incriminées aient réellement attaqué l'un ou l'autre de ces biens. Il consigne l'avantage souhaité par le porteur.

L'éclat et la croissance rejoignent le refrain ultérieur

Les versets 17 à 25 déploient une analogie récurrente : de même que la gloire réside dans le soleil, la lune, la terre, le feu, le sacrifice et les dieux, l'amulette doit déposer renommée et essor dans le porteur. La fin de l'hymne ne vise pas seulement à écarter une malédiction. Elle concentre dans l'objet des attributs lumineux et sociaux. La Pāippalāda propose un refrain apparenté mais réorganise plusieurs versets antérieurs et omet les versets 23 et 25 selon le résumé de Whitney. Cet agencement fluctuant modifie le bienfait qui paraît découler de chaque image précédente. Une lecture de la séquence de Śaunaka doit préserver sa progression de la protection à l'éclat en passant par la domination, au lieu de réduire l'ensemble des vingt-cinq lignes à la formule « vaincre la magie hostile ».

Un second hymne d'amulette opère par le biais de l'abondance

X.6 décrit une amulette issue d'un soc de charrue procurant nourriture, sève, bétail et autorité, tout en plaçant les ennemis sous les pieds du porteur. Les deux hymnes partagent le lexique des amulettes mais diffèrent dans leurs représentations d'origine : X.3 repose sur un arbre nommément désigné et sur un jeu de mots apotropaïque ; X.6 s'ouvre sur le métal ou le bois ouvré et la mention réitérée d'un rendement toujours croissant. L'association rituelle ultérieure avec la fixation d'amulettes éclaire le contexte historique de X.3, mais ne confirme en rien ses promesses. Une pratique contemporaine du varaṇa constituerait une création inédite inspirée par l'hymne de l'arbre, et non la redécouverte d'une méthode pour priver un ennemi de pouvoir.

Une comparaison développée

Lisez X.3.4 aux côtés de X.3.13 et X.3.17. D'abord, le varaṇa repousse la sorcellerie et la peur ; puis le vent brisant les arbres sert de modèle pour briser les rivaux ; enfin, l'éclat solaire offre le modèle de la renommée accordée au porteur. Ces trois points dessinent une trajectoire orientée, allant de la défense à la gloire en passant par la domination. Comparez avec X.6.2, où une amulette en soc de charrue est qualifiée d'armure. Le vocabulaire partagé de la protection est incontestable, mais les images qui fondent l'autorité de chaque objet diffèrent. L'arbre rompu par le vent est une comparaison naturelle mobilisée au profit de la rivalité, tandis que l'éclat solaire oriente l'issue recherchée vers le statut public.

Textes sources et études

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