LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Ces versets fournissent la formulation et la séquence examinées dans l'article ci-dessous.
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Aux divins gardiens des contrées
Aux quatre gardiens immortels des régions (áçā), aux surveillants de l'existence (bhūtá), nous voudrions maintenant rendre un culte (vidh) par des oblations.
Vous, ô dieux, qui êtes les quatre gardiens régionaux des régions, délivrez-nous des liens (pā́ça) de la perdition (nírṛti), de toute détresse (áṅhas).
Sans défaillance je te sacrifie par l'oblation ; sans mutilation je t'offre l'oblation de ghee ; le dieu qui est le quatrième gardien régional des régions, qu'il nous apporte ici la prospérité (subhūtá).
Que le salut (svastí) soit pour notre mère et notre père, le salut pour les bêtes à cornes, pour les créatures (jágat), pour les hommes (púruṣa) ; que tout bien-être [et] toute bienfaisance (? suvidátra) nous appartiennent ; puissions-nous longtemps contempler le soleil.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.31 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE
Hommage aux dieux des orients etc. ⌊charmes contre les serpents ?⌋
Ô vous, dieux qui résidez dans cette région de l'est, dont le nom est projectiles, et dont les flèches sont de feu : soyez-nous propices, bénissez-nous (adhi-brū) ; hommage à vous là-bas, salut à vous là-bas !
Ô vous, dieux qui résidez dans cette région du sud, dont le nom est impétueux (? aviṣyú), et dont les flèches sont l'amour (kā́ma) : soyez-nous etc. etc.
Ô vous, dieux qui résidez dans cette région de l'ouest, dont le nom est vāirājás, et dont les flèches sont les eaux : soyez-nous etc. etc.
Ô vous, dieux qui résidez dans cette région du nord, dont le nom est perçants, et dont les flèches sont le vent : soyez-nous etc. etc.
Lire les 2 versets restants de III.26
Ô vous, dieux qui résidez dans cette région fixe, dont le nom est enducteurs (nilimpá), et dont les flèches sont les herbes : soyez-nous etc. etc.
Ô vous, dieux qui résidez dans cette région d'en haut, dont le nom est secourables (ávasvant), et dont les flèches sont Brihaspati : soyez-nous etc. etc.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.26 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE IV EN LUMIÈRE
Contre les ennemis venus des différentes contrées
Ceux qui font oblation par devant, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis la contrée de l'est, s'étant heurtés (ṛ) à Agni, qu'ils chancellent (vyath) au loin ; je les repousse avec le renvoyeur (pratisará).
Ceux qui font oblation depuis la droite, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis la contrée du sud, s'étant heurtés à Yama, qu'ils etc. etc.
Ceux qui font oblation par derrière, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis la contrée de l'ouest, s'étant heurtés à Varuṇa, qu'ils etc. etc.
Ceux qui font oblation par en haut, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis la contrée du nord, s'étant heurtés à Soma, qu'ils etc. etc.
Lire les 4 versets restants de IV.40
Ceux qui font oblation par en bas, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis la contrée fixe, s'étant heurtés à la Terre, qu'ils etc. etc.
Ceux qui font oblation depuis l'atmosphère, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis la contrée médiane (vyadhvá), s'étant heurtés à Vāyu, qu'ils etc. etc.
Ceux qui font oblation depuis les hauteurs, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis la contrée ascendante, s'étant heurtés à Sūrya, qu'ils etc. etc.
Ceux qui font oblation depuis les directions intermédiaires des contrées, ô Jātavedas, [qui] nous tourmentent depuis toutes les contrées, s'étant heurtés au bráhman, qu'ils etc. etc.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire IV.40 sur Wikisource ↗
Les orients sont nommés
Le Soleil et les directions offrent des moyens de situer une préoccupation humaine dans le temps et l'espace. Une supplique matinale s'inscrit dans un contexte différent d'un appel corporel empruntant l'imagerie solaire ; une brève invocation aux gardiens des contrées se distingue d'un inventaire directionnel plus étendu. Un court appel aux gardiens des orients et un catalogue directionnel plus vaste cartographient l'espace à des échelles différentes.
I.31 invoque les directions autour d'un officiant ; III.26 élargit et affine l'espace directionnel. Une contrée prend son sens selon l'endroit où la personne se tient et la protection recherchée de ce côté. Les poèmes orientent un corps vulnérable au lieu de fournir un schéma universel valable pour toutes les circonstances.
Un espace acquiert des limites protectrices
Nommer les contrées transforme l'espace environnant en un champ d'attention ordonné. Ces hymnes orientent l'officiant en désignant un moment, un horizon, une région ou une puissance liée à un lieu. Le cadre ainsi défini structure la demande ; il ne s'agit pas d'un principe absolu selon lequel chaque direction ou chaque heure aurait un effet immuable. Dès lors que les directions deviennent des relations nommées, une simple rose des vents apparaît bien trop réductrice.
I.31 en regard de III.26
I.31 sollicite directement les gardiens. III.26 déploie le répertoire directionnel au sein d'un cadre plus élaboré. La comparaison repose sur l'évolution du décor et du destinataire. L'aube peut entourer l'espérance d'une opportunité, tandis qu'une supplique directionnelle structure l'espace alentour et qu'un appel lié au corps confère un tout autre rôle aux images solaires.
IV.40 nomme l'action hostile venue de chaque point cardinal
I.31 et III.26 aident le lecteur à cartographier les puissances protectrices autour d'une personne. IV.40 y ajoute la menace précise du bienfait associé : des personnes pratiquant des oblations hostiles depuis l'est, le sud, l'ouest, le nord, le bas, l'atmosphère, le haut et les directions intermédiaires. Chaque vers demande que le tort soit repoussé par un renvoyeur. La formule itérative appréhende l'espace comme une suite d'accès par lesquels une attaque pourrait surgir. Son objet d'inquiétude concerne l'acte rituel hostile, et non la simple présence d'un point cardinal.
L'hymne est absent de la recension Pāippalāda selon les relevés de Whitney. Des formules comparables dans d'autres sources védiques assignent des puissances différentes à certaines directions et omettent certaines orientations supplémentaires de l'Atharvaveda. À titre d'exemple, le gardien du sud peut être Yama ici, tandis qu'une autre version désigne Indra. Ce sont là des divergences fondamentales dans la structure spatiale. Un schéma moderne qui attribuerait une divinité universelle à chaque direction masquerait la nature éminemment circonstanciée des agencements textuels.
Un périmètre s'édifie par renversements successifs
IV.40.1 débute par une menace venant de l'est et invoque Agni ; chaque vers suivant change d'orientation et de gardien tout en répétant le vœu que l'action néfaste se retourne contre son auteur. Cette structure permet à l'officiant d'imaginer chaque côté neutralisé tour à tour. Le vers 8 rassemble les directions intermédiaires et l'ensemble des contrées pour conclure. L'inventaire s'étend donc bien au-delà de quatre simples points cardinaux. C'est cet élargissement qui justifie le titre de bienfait associé « toutes les directions ».
L'emploi ultérieur de IV.40 dans le Kauśikasūtra pour neutraliser la sorcellerie confirme qu'on y voyait bien plus qu'une bénédiction géographique générale. Le travail rituel moderne en six phases réservé aux membres demeure une création symbolique inédite et ne saurait prétendre reproduire la préparation d'eau mentionnée par Whitney. Le parallèle déjà établi entre I.31 et III.26 reste utile en tant que contraste : ces derniers organisent l'espace au moyen de gardiens, tandis que IV.40 l'ordonne autour d'une action ennemie à renvoyer.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture guidée : des gardiens au périmètre hostile
Lisez I.31 comme un appel concis aux gardiens et III.26 comme un ordonnancement élargi des puissances directionnelles. Poursuivez avec IV.40.1–3. La même formule traque les offrandes malveillantes venant de l'est, du sud et de l'ouest, un gardien distinct étant rencontré à chaque point. Continuez jusqu'au vers 8, qui englobe les contrées intermédiaires ainsi que l'ensemble des orients. La différence tient au problème rituel posé : les deux premiers poèmes installent l'individu dans un espace protégé, tandis que IV.40 imagine une magie hostile s'avançant dans cet espace avant d'être retournée. La remarque de Whitney signalant que les sources parallèles attribuent certains gardiens différemment montre pourquoi la carte obtenue relève d'une construction textuelle, et non d'une boussole universelle et immuable.
