Une nota est bien plus qu'un sceau ornemental. Dans les ouvrages parvenus jusqu'à nous, elle réunit sur une même page des mots, des figures graphiques et un domaine d'apprentissage désigné.
Un cursus réorganisé sous forme de dévotion
Les arts libéraux offraient un plan familier pour l'instruction : grammaire, rhétorique et dialectique constituaient les arts du langage, tandis qu'arithmétique, géométrie, musique et astronomie formaient les arts mathématiques. L'Ars Notoria ne se contente pas de dupliquer ce schéma scolaire. Elle assigne des prières et des notae spécifiques à des formes particulières de savoir, transformant ainsi le programme en une succession de rencontres dévotionnelles. Le manuscrit Sloane 1712 de la British Library attribue des figures à la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la géométrie, l'astronomie et la théologie. Le Clm 30010 de Munich est répertorié avec des présentations schématiques des arts libéraux, à l'exception de la musique. Ces choix éditoriaux comptent. Ils démontrent qu'une copie pouvait mettre l'accent sur certaines disciplines, introduire la théologie ou écarter l'un des sept arts traditionnels sans rien perdre de son identité d'Art notoire. Le système promet les aptitudes intellectuelles comme un don divin, mais son organisation demeure nettement scolastique : le savoir est subdivisé en domaines, chacun abordé à travers une section délimitée du livre.
Prière, noms sacrés et figure forment une seule et même unité
Une nota ne saurait être comprise comme un emblème isolé. Les descriptions subsistantes placent les figures aux côtés de prières, de noms sacrés et de gloses explicatives. Les paroles prononcées ou lues dirigent l'attention vers une discipline désignée ; la forme tracée offre à cette attention un champ visuel ; l'ordre prescrit indique au lecteur le moment où un dessein intellectuel cède le pas au suivant. Dans le Sloane 1712, des figures en pleine page interrompent une prose gothique sur deux colonnes, instaurant une rupture dans le rythme de lecture tout autant que dans la présentation. Dans le Clm 30010, des réglures rouges organisent le texte en compartiments et en ramifications. Le diagramme fait donc bien plus qu'illustrer un paragraphe qui se suffirait à lui-même. Il redéfinit la manière dont les mots occupent le feuillet. Le va-et-vient répété entre prière et image constitue la grammaire opératoire du manuscrit, quand bien même un livre préservé ne peut prouver que la prescription de cette méthode, et non l'obtention effective des savoirs extraordinaires qu'elle promettait.
Différentes disciplines reçoivent un traitement visuel distinct
Le catalogue du fonds Sloane relève trois notae pour la grammaire sur les feuillets 14v–15v, deux notae pour la dialectique sur 16v–17v et quatre notae pour la rhétorique sur 18r–19r. La géométrie débute dans la colonne de droite du feuillet 19r et s'étend à travers des figures géométriques sur 19v–21v ; la cinquième figure théologique occupe entièrement le feuillet 22r avec des épées, des oiseaux et des serpents. Il ne s'agit pas d'un modèle répété dont on modifierait seulement l'étiquette supérieure de la discipline. La quantité, l'échelle et l'imagerie changent selon la matière. La grammaire bénéficie d'une série compacte, la rhétorique d'un ensemble plus étendu, et la théologie d'un couronnement dense en symboles. Plus loin dans le même recueil, l'Opus operum redistribue une fois de plus le cursus : ses six figures regroupent la grammaire, la dialectique, la rhétorique, l'arithmétique, la géométrie et un cercle signifiant vers la fin du volume. Une nota s'inscrit dans cette suite locale, de sorte que deux figures consacrées à la géométrie dans des traités distincts ne sont pas nécessairement deux variantes d'un dessin universel.
Lecture d'une page étudiée : Clm 30010, feuillet 34
Le feuillet munichois reproduit rend perceptible la relation entre texte et diagramme avant même la transcription de chaque mot. Un vaste encadrement rouge régit la moitié supérieure de la page. En dessous, une tige médiane se subdivise en cadres plus petits, tandis qu'une écriture noire occupe à la fois les branches et les espaces laissés libres autour d'elles. L'encre rouge installe une hiérarchie : l'œil appréhende la structure d'ensemble, suit les tracés ramifiés, puis revient aux unités discursives plus compactes. Le parchemin vierge sépare les éléments au lieu de constituer un simple espace inemployé. Cette composition s'apparente à une analyse visuelle de domaines connexes, mais elle reste insérée dans la prière et l'explication au lieu de devenir un tableau moderne de disciplines. L'encrage irrégulier de la page et ses alignements tracés à la main importent tout autant. Ils témoignent d'une surface manuscrite structurée dont les divisions ont été conçues par un copiste, et non d'un emblème géométrique parfait que l'on pourrait isoler, épurer et assimiler à la nota intégrale. Sa géométrie régit aussi l'échelle. Le plus grand encadrement retient l'attention avant les subdivisions secondaires, tandis que le texte situé hors du cadre demeure visiblement solidaire du même feuillet. La page articule ainsi inclusion et commentaire : les mots se trouvent à l'intérieur d'un diagramme, à côté de lui ou reliés par une tige. Cette disposition stratifiée s'efface dès lors que l'on ne reproduit que le tracé rouge.
Trois témoins modifient l'équilibre entre texte et image
Le Sloane 1712, le Clm 30010 et l'imprimé de Turner de 1657 offrent trois expériences de lecture distinctes. Le Sloane propose de longues suites de figures consacrées à des disciplines particulières, parfois en pleine page, réparties au sein de deux textes apparentés. Le bref codex de Munich rassemble des pages schématiques rubriquées aux côtés de prières et d'explications en latin. Turner présente aux lecteurs anglophones une suite discursive imprimée accompagnée d'un catéchisme astrologique en annexe, sans cycle comparable de notae manuscrites. Le titre et la promesse du savoir subsistent, alors que le dispositif visuel se transforme. Ce constat montre pourquoi l'expression « Ars Notoria » ne saurait désigner un inventaire immuable de figures. Le lecteur médiéval pouvait passer physiquement de colonnes de prose à un champ figuré, puis revenir au texte. Le lecteur de Turner découvre des caractères mobiles, des prières traduites, des sous-titres et des pièces annexées plus tardives. Ces ouvrages appartiennent tous à la tradition, mais seuls les témoins manuscrits préservent les articulations visuelles sur lesquelles reposent de nombreuses instructions.

