Soixante-neuf et soixante-douze correspondent aux décomptes de différents textes parvenus jusqu'à nous. Il ne s'agit pas de deux mesures rivales d'une même population fixe. Quelques variantes repérables montrent comment un catalogue a pu évoluer au fil de ses traductions et compilations.
Les décomptes renvoient aux listes imprimées et manuscrites
L'annexe de Weyer de 1577 compte soixante-neuf entrées. Le récit qu'il rattache à Bélial évoque néanmoins soixante-douze rois enfermés dans un récipient. Scot a traduit ce catalogue en anglais dans The Discoverie of Witchcraft en 1584, avec des modifications et des omissions. La Goetia, plus tardive, compte soixante-douze entrées, enrichit le rituel environnant et fournit des sceaux individuels. Une correspondance numérique entre l'histoire de Bélial et le décompte final de la Goetia ne prouve pas que Weyer ait imprimé secrètement une liste de soixante-douze entrées. Les unités comptabilisées diffèrent : l'une est un catalogue tel qu'imprimé, l'autre est un nombre au sein de sa narration. Considérez les soixante-douze entrées de la Goetia comme un état éditorial possédant sa propre tradition testimoniale.
Pruflas disparaît tandis que Vassago apparaît
La quatrième entrée de Weyer est Pruflas, également nommé Bufas dans sa liste. Peterson observe que Pruflas est absent de la version anglaise de Scot et ne possède aucune entrée correspondante dans la Goetia. Cette absence peut provenir de l'exemplaire de Weyer utilisé par Scot ou du travail de traduction de ce dernier ; la comparaison disponible ne permet pas de trancher. Vassago, en revanche, est le troisième esprit de la Goetia et n'apparaît pas dans la liste numérotée de Weyer. Trois autres figures de la Goetia figurent à la fin sans équivalent chez Weyer. C'est la manière la plus claire de comprendre cette arithmétique : quatre entrées supplémentaires dans la Goetia et une entrée de Weyer non retenue produisent une différence nette de trois.
L'ordre peut changer sans effacer un office
Les deux premiers noms, Bael et Agares, occupent des positions initiales concordantes chez Weyer et dans la Goetia. Plus loin, une description familière peut être déplacée. Gamygyn chez Weyer constitue sa quarante-septième entrée mais apparaît au quatrième rang de la Goetia, généralement orthographié Gamigin. Weyer place Bélial en vingt-troisième position ; la Goetia le situe au numéro soixante-huit. Un tel déplacement rend peu fiable un simple rapprochement fondé sur les numéros. Des variantes de noms et des fonctions attribuées permettent de relier les entrées, tandis que chaque ouvrage conserve sa propre numérotation. Le tableau comparatif de Peterson est un outil éditorial destiné à mettre en évidence ces relations, et non une affirmation selon laquelle chaque graphie ou rang serait identique dans les deux textes.

Un récipient change de matière selon la traduction
Dans le récit latin de Bélial par Weyer, le récipient est en verre : l'expression est « vase vitreo ». Le texte anglais de Scot indique un vase d'airain. La Goetia, plus tardive, reprend l'histoire du vase d'airain en y ajoutant son propre cadre rituel et graphique. Cette légère nuance matérielle constitue un marqueur textuel marquant, car un choix de traduction ou une leçon peut être reconduit dans une nouvelle compilation tandis que le texte latin antérieur demeure disponible pour comparaison. Il ne s'agit pas de la preuve matérielle de la découverte d'un récipient. C'est la preuve que les réécritures et les réemplois successifs ont transformé un objet de la légende. Cette locution latine de deux mots n'est citée que pour rendre cette comparaison ponctuelle vérifiable.
Les sceaux sont propres à leur témoin
La Pseudomonarchia imprimée de Weyer n'attribue pas de sceau individuel à chaque esprit répertorié. La tradition manuscrite de la Goetia le fait. Peterson relève des manuscrits antérieurs comportant des signes d'esprits, notamment un témoin florentin, mais ces signes ne correspondent pas à l'ensemble de la Goetia. Un tableau moderne associant chaque nom de Weyer à un sceau familier de la Goetia relève donc d'une reconstitution croisée entre plusieurs sources, et non d'une reproduction fidèle de l'annexe de Weyer. Cette distinction est essentielle pour la référence aux 72 profils sur ce site : les sceaux bien connus proviennent des témoins manuscrits et des éditions ultérieures de la Goetia, plutôt que de l'annexe de Weyer. La description d'un esprit et son sceau peuvent relever de traditions documentaires distinctes, même lorsqu'ils sont réunis sur une même fiche.
Noms et caractéristiques sélectionnés par témoin
Ce tableau résume des éditions identifiées et une tradition manuscrite ultérieure ; il constitue une aide à la lecture et non une collation diplomatique exhaustive.
| Thème | Weyer, 1577 | Scot, 1584 | Manuscrit de la Goetia |
|---|---|---|---|
| Catalogue numéroté | 69 entrées dans l'annexe de 1577 | Adaptation anglaise de Weyer ; Pruflas absent | 72 entrées numérotées |
| Pruflas / Bufas | N° 4 | Absent du texte édité de 1584 | Aucune entrée correspondante |
| Vassago | Absent | Absent du catalogue dérivé de Weyer | N° 3 |
| Gamygyn / Gamigin | N° 47 | Gamigin dans le catalogue anglais | N° 4 |
| Bélial | N° 23 ; récipient de verre en latin | Vase d'airain en anglais | N° 68 ; tradition du vase d'airain |
| Sceaux individuels d'esprits | Non renseigné | Non fourni avec ce catalogue | Fourni dans la tradition manuscrite |
Références
Les catalogues identifient les témoins parvenus jusqu'à nous, tandis que les transcriptions modernes révèlent des formulations et des développements éditoriaux absents de certains témoins.
