La gravure de Le Breton de 1863 transforme le simple mot « monstre » en un Ronwe hybride et accroupi ; l'esprit 27 de l'Ars Goetia s'orthographie Ronove et lui attribue rhétorique, langues, serviteurs et faveurs.
- Vedette 1863
- Ronwe
- Ars Goetia
- N° 27 · Marquis et comte
- Légions
- Dictionnaire 19 · Goetia 19
Ce qu'énonce l'article Ronwe de Collin de Plancy
Ronwe est un marquis et comte qui apparaît simplement sous la forme d'un monstre. Il dispense la connaissance des langues et la bienveillance de chacun, et dix-neuf cohortes infernales sont sous ses ordres. L'article est si concis que ses omissions prennent tout leur sens : aucune espèce animale, aucun attribut vestimentaire, aucune métamorphose, aucune orientation cardinale ni anecdote n'en vient expliciter le corps. L'illustrateur disposait ainsi d'une latitude exceptionnelle à partir du seul vocable « monstre ».
Deux aptitudes sociales se dissimulent derrière cette allure grotesque. Les langues rendent la communication possible, tandis que la bienveillance générale modifie la disposition d'autrui à son égard. Collin de Plancy n'explique nulle part le lien unissant ces fonctions à une telle anatomie, laissant un intervalle calculé entre l'apparence et l'office.
Analyse du portrait de 1863 par Louis Le Breton


Le Breton comble cette lacune par une créature basse aux longs membres dont l'anatomie associe la corpulence d'un mammifère, des pattes griffues, une face saillante et des courbes ornementales. La silhouette est accroupie plutôt que dressée, adoptant un format compact qui s'insère sous le mot d'entrée. Dès lors que le texte ne spécifie aucun trait, presque chaque choix anatomique relève de l'interprétation graphique.
Cela fait de Ronwe un cas témoin fort utile pour cette série. D'autres gravures peuvent être vérifiées trait pour trait à la lumière d'amples descriptions ; ici, la source ne pose pour condition que la monstruosité. Le sceau goétique de Ronove est abstrait comme de coutume, mais le portrait se révèle lui aussi particulièrement affranchi de toute contrainte textuelle.
Ronwe et l'esprit 27 de l'Ars Goetia
L'esprit 27 de l'Ars Goetia définit pareillement son apparence comme celle d'un monstre, cumule les titres de marquis et de comte, enseigne la rhétorique et les langues, confère la faveur des amis comme des ennemis, procure de bons serviteurs et commande dix-neuf légions. La notice française condense l'ensemble de ces prérogatives sociales et pédagogiques.
Le Dictionnaire passe sous silence la rhétorique, les serviteurs et la distinction entre amis et ennemis, étendant la faveur à une bienveillance universelle. Il orthographie Ronwe et dénombre des cohortes plutôt que des légions. L'orthographe goétique Ronové ou Ronove et ses attributions plus détaillées autorisent un profil textuel plus spécifique, quand bien même le corps demeure indéterminé.
Comparaison raisonnée : évaluer la liberté d'un illustrateur
Tentez de rattacher chaque élément visible à la phrase française. Le terme « monstre » valide la catégorie d'ensemble, mais ne dicte nullement le museau, les oreilles, les pattes, la posture ou la queue. Répétez l'exercice avec Buer ou Stolas et bien plus de particularités trouveront leur pendant. Cet écart mesure précisément ce que Le Breton a dû inventer pour Ronwe.
Ce portrait est historiquement précieux précisément parce qu'il ne constitue pas une fidèle décalque textuelle. Il consigne une réponse graphique de 1863 à une notice sous-déterminée. Le sceau goétique et les attributions enrichies aident à identifier l'esprit de catalogue correspondant, sans pour autant entériner l'anatomie inventée. L'enseignement des langues et la faveur sociale n'offrent d'ailleurs aucun attribut visuel évident, ce qui explique pourquoi le corps, plutôt que la fonction, assume toute la charge identificatoire de l'image.
