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Rituels, significations et traditions magiques

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COLLIN DE PLANCY · PARIS · 1818–1863

Dictionnaire Infernal : histoire et éditions

Ouvrages de référence indigo, une page vierge ouverte et une loupe.

Le Dictionnaire Infernal de Collin de Plancy a évolué depuis la première édition de 1818 jusqu'à la sixième édition augmentée et illustrée de 1863.

Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy a publié le Dictionnaire Infernal pour la première fois à Paris en 1818. L'ouvrage était conçu sous la forme d'un dictionnaire plutôt que d'un grimoire suivi: les lecteurs pouvaient naviguer par ordre alphabétique entre démons, divination, apparitions, procès, folklore, livres de magie et personnages historiques. Si le titre est resté le même, le contenu a profondément changé tout au long du dix-neuvième siècle.

Première édition
Paris, 1818
Témoin ultérieur
Sixième édition, 1863
Volume de 1863
VIII + 723 pages
Gravure par Louis Le Breton d'un Astaroth ailé et couronné, chevauchant un dragon et tenant un serpent
Astaroth, 1863. Illustration de Louis Le Breton issue de la sixième édition ; domaine public. Voir la notice de l’image ↗

Une encyclopédie du monde infernal

Le mot « dictionnaire » décrit l'expérience de lecture. Une entrée peut définir un esprit d'après une source démonologique savante, résumer un récit de hantise, expliciter une méthode divinatoire ou rapporter une allégation de sorcellerie. Des notices voisines peuvent être issues de siècles et de genres fort distincts. Cette disposition a transformé un ensemble épars de traditions en un ouvrage de référence accessible au public francophone cultivé.

Ce format explique également pourquoi le livre ne saurait se réduire à une liste de démons. Son long sous-titre annonce un répertoire universel des êtres, des personnages, des livres, des faits et des choses qui tiennent aux esprits, aux démons, aux sorciers, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences occultes, aux grimoires, à la cabale et aux erreurs populaires. Les articles reflètent les choix et la voix éditoriale de Collin de Plancy; ils ne constituent pas une tradition historique unique pour la seule raison qu'ils partagent un même alphabet.

Le point de départ de 1818

La première édition parut à Paris chez P. Mongie aîné en 1818. Cette ancienneté est déterminante, car les célèbres portraits de démons répandus sur la toile proviennent d'un état beaucoup plus tardif de l'ouvrage. Une numérisation ou une notice portant la seule mention « Dictionnaire Infernal » peut donc renvoyer à des contenus sensiblement divergents selon l'édition concernée.

La sensibilité religieuse de Collin de Plancy a également évolué au cours des décennies de remaniement de l'ouvrage. Les premières versions abordent souvent les prodiges et les affirmations ecclésiastiques avec ironie ou scepticisme. Les rééditions ultérieures furent refondues après son retour au catholicisme pour s'accorder plus étroitement au magistère orthodoxe. Ce changement de ton relève pleinement de l'histoire éditoriale et ne se limite pas à de simples retouches orthographiques.

Développement au fil des éditions ultérieures

L'ouvrage a fait l'objet de remaniements constants plutôt que de simples réimpressions à l'identique. La Bibliothèque du Congrès recense une édition de 1844 comptant 582 pages, tandis que la Bibliothèque nationale de France décrit la sixième édition, publiée par Henri Plon en 1863, comme comprenant VIII plus 723 pages. La seule pagination ne dit pas tout des modifications apportées à chaque notice, mais elle rend concrète l'expansion matérielle du texte.

La page de titre de 1863 annonce une sixième édition augmentée de 800 nouveaux articles et illustrée de 550 gravures. Ces mentions précisent l'offre éditoriale enrichie: une encyclopédie plus dense dotée d'un vaste programme visuel. C'est ce volume qui demeure aujourd'hui le plus immédiatement identifiable, bien qu'il ait vu le jour quarante-cinq ans après la première édition.

Comparaison pratique : Astaroth en 1818 et 1863

L'entrée Astaroth illustre à quel point un article pouvait être profondément remanié. À la page 56 du premier tome de 1818, Astaroth n'occupe que quatre brèves lignes: il y est présenté comme le démon des richesses et le grand trésorier de l'enfer, habilité à donner son avis sur les nouvelles lois sans pour autant siéger au conseil infernal. L'entrée suivante, Astarté, interprète ensuite Astaroth comme le soleil et Astarté comme la lune, rangeant ces récits parmi des allégories semblables à celles de la mythologie antique. Cette articulation réduit la charge infernale à une ironie bureaucratique avant de proposer une explication rationalisante.

La notice de 1863 conserve la charge de trésorier mais édifie autour d'elle un dossier bien plus étoffé. Astaroth devient un puissant grand-duc prenant les traits d'un ange difforme, chevauchant un dragon infernal et tenant une vipère. La notice ajoute l'occident, le mercredi, l'amitié des grands seigneurs, quarante légions, la connaissance du passé et de l'avenir, l'enseignement des arts libéraux, l'affirmation selon laquelle son supplice fut injuste, le péril de sa puanteur, des récits de possession et la forme serpentine que lui prête une tradition anglaise de Faust. Collin de Plancy cite Wierus pour la majeure partie de ces éléments. Loin de ramener la figure à une allégorie solaire, l'article tardif réunit rang, silhouette, pouvoirs, précautions rituelles et réception littéraire dans un dossier documentaire unique.

La gravure de Le Breton confère à cette accumulation l'apparence d'une créature cohérente. Couronne, ailes, buste humain, vipère et monture draconique se révèlent d'un seul regard, alors que la prose imprimée les avait rassemblés par propositions distinctes empruntées à diverses traditions. L'image met l'accent sur le rang et le corps mais laisse hors cadre les fonctions invisibles et les prétentions mentionnées dans l'article; trésorier, précepteur, gardien des secrets, commandant de quarante légions. Elle fait ainsi bien plus qu'orner la page: elle procure à ce dossier composite un visage durable, aisé à mémoriser et susceptible d'être extrait du dictionnaire d'origine.

Cette synthèse visuelle explique en grande partie la prédominance de la sixième édition dans la réception contemporaine. Un lecteur de 1818 fait face à un dignitaire satirique succinct dont l'histoire est aussitôt allégorisée; un lecteur de 1863 découvre un profil démonologique illustré, doté de suffisamment d'attributs pour exister comme un personnage autonome. Les reproductions du portrait conservent la couronne, la vipère, les ailes et le dragon, même lorsque les sources textuelles et les strates contradictoires de la notice s'effacent. L'Astaroth familier du web est par conséquent le fruit des choix éditoriaux et de la mise en page de la sixième édition, et non une image transmise à l'identique depuis la toute première parution.

Notices de sources et éditions numérisées

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