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WitchcraftDaily

Rituels, significations et traditions magiques

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MANUSCRITS · LIVRES IMPRIMÉS · SOURCES MATÉRIELLES

Scot et la Daemonologie : deux thèses sur la sorcellerie

Ouvrages de référence indigo, une page vierge ouverte et une loupe.

La Discoverie sceptique de Scot et la Daemonologie accusatoire de Jacques VI s'opposent sur les preuves, les accusés et la réalité de la sorcellerie.

The Discoverie of Witchcraft de Reginald Scot et la Daemonologie de Jacques VI adoptent des postures opposées au sein d'une controverse du début de l'ère moderne. Leur désaccord porte sur la nature des preuves recevables, la manière d'interpréter les allégations extraordinaires et le sort réservé aux personnes accusées de sorcellerie. Si leurs thématiques coïncident, ces ouvrages ne sauraient former une paire de manuels rituels impartiaux.

Période
Scot 1584 ; Jacques 1597 ; édition ultérieure 1603
Forme
Confrontation entre pamphlet imprimé et dialogue royal
Témoin de référence
Éditions Wellcome et Folger V.a.185

Un même monde observé produit deux livres opposés

Scot et Jacques dissertent tous deux des pactes, des esprits, des marques corporelles, des aveux et des maléfices surnaturels, mais ils ordonnent ces données vers des conclusions inconciliables. La Discoverie expose sans relâche les dires des inquisiteurs et des théoriciens de la démonologie pour en révéler les contradictions, la fraude, la contrainte, la maladie ou la méprise scripturaire. Ses inventaires et ses textes d'évocation s'inscrivent dans une dénonciation en règle de la crédulité et des persécutions. La Daemonologie recourt à un échange entre maître et disciple afin de poser des catégories, d'aplanir les contestations et de faire admettre la foi en la sorcellerie comme une exigence de l'Écriture et de l'expérience.

Aucun des deux auteurs ne se limite à relater des faits bruts. Scot retient des exemples dont le caractère absurde ou féroce sert sa démonstration critique ; Jacques choisit des définitions et des ripostes destinées à muer le doute en adhésion. Leur divergence relève donc autant de la méthode que du dogme. Lorsqu'un même signe prétendu figure dans les deux écrits, sa portée dépend de l'argumentation qui l'entoure. Une marque peut témoigner de la fabrication d'une inculpation ou prouver un pacte démoniaque, selon l'autorité qui en gouverne l'exégèse.

Ce que chaque auteur admet comme preuve

Le deuxième livre de Scot dresse l'inventaire des présomptions retenues contre les femmes poursuivies : le bruit public, un regard fuyant, l'impossibilité de pleurer, la renommée familiale, le trépas soudain d'un animal ou la proximité avec une personne déjà condamnée. L'usage récurrent de la mention « Item » calque la nomenclature des tribunaux, accumulant les règles jusqu'à en dévoiler l'iniquité foncière. Dès l'ouverture du chapitre suivant, il fustige ces agissements tyranniques et déclare qu'en énumérer les aberrations suffit à les réfuter. Ce mode d'exposition permet au lecteur d'observer une machine probatoire condamner par simple sédimentation d'indices, sans qu'aucun grief n'établisse le forfait reproché.

Jacques part d'un principe bien différent. Épistemon affirme à Philomathes que les saintes Écritures attestent l'existence passée des sorcières, tandis que les faits contemporains et les aveux prouvent qu'il en subsiste encore. Il admet plus loin qu'il convient de se méfier d'une allégation isolée et suspecte, mais assimile la sorcellerie à un crime de lèse-majesté contre Dieu, rendant ainsi les complices recevables à témoigner les uns contre les autres. L'aveu intervient aux deux extrémités de sa logique : il sert de preuve à l'existence de la sorcellerie tout en constituant le but poursuivi par l'interrogatoire. Scot analyse ce cercle vicieux comme la marque d'une procédure extorquée ; Jacques voit dans la résistance à avouer un motif légitime de soupçon supplémentaire.

Comparaison pratique : une même marque dissimulée, des verdicts opposés

Au livre II, chapitre 5 de la Discoverie, Scot classe la « marque secrète » parmi les présomptions utilisées pour condamner une femme accusée à mort. Ses emplacements possibles (sous les bras, dans les cheveux, sur la lèvre, les fesses ou les organes génitaux) rendent ce signe presque impossible à infirmer : la fouille peut toujours se porter sur une partie plus cachée. Ce passage côtoie des règles tout aussi élastiques, notamment l'affirmation selon laquelle une présomption incertaine peut être retenue lorsqu'une certitude fait défaut. Le propos de Scot porte sur le système, non sur l'anatomie. Un signe caché, associé à une règle qui tolère l'incertitude, permet au soupçon d'engendrer sa propre confirmation.

Au premier livre, chapitre 6 de la Daemonologie, Jacques place le stigmate au terme de sa description du pacte démoniaque. L'accord peut être rédigé avec le sang du magicien ou scellé par l'attouchement du diable ; Jacques précise qu'une marque peut ne pas subsister chez le magicien, « comme c'est le cas pour toutes les Sorcières ». La marque n'apparaît plus ici comme une déduction arbitraire de magistrat zélé, mais comme une empreinte corporelle justifiée par la doctrine préalable de l'alliance. Son invisibilité ou sa dissimulation ne pose aucune difficulté, dès lors que sa cause première est déjà admise.

Les raisonnements cheminent en sens inverses. Scot part de la pratique judiciaire : fouille, présomption, sentence et culpabilité fabriquée. Jacques part d'un récit surnaturel : contrat, attouchement, marque et fouille intelligible. Scot montre que presque n'importe quelle particularité corporelle peut être retenue contre l'accusée ; Jacques demande quelle trace laisserait un pacte réel. L'affirmation occupe des positions différentes, instrument judiciaire dévoilé dans un cas, effet attendu venant justifier l'accusation dans l'autre.

Le désaccord atteint les prévenus en chair et en os

Le portrait initial que Scot brosse des prévenues emprunte un vocabulaire d'époque rude mais témoigne d'une grande acuité sociale : des femmes indigentes, âgées et isolées peuvent être persuadées d'être la cause d'un sinistre, puis poussées à confesser des maléfices ou des métamorphoses imaginaires. Il dénonce avec force l'asymétrie qui pousse les puissants à se liguer tandis qu'une pauvre veuve reste sans voix. Son scepticisme procède d'une réflexion théologique de la Renaissance et non d'une démarche scientifique moderne, mais son texte détourne le regard du merveilleux accusatoire pour l'orienter vers la misère, la mélancolie, les pressions inquisitoriales et les intérêts des pourfendeurs de sorcières.

Le dialogue royal de Jacques ramène l'attention vers le forfait présumé et sa répression. Sa préface désigne nommément Scot et Weyer comme de dangereux contradicteurs, et sa hiérarchie des preuves élève la sorcellerie au rang de trahison envers Dieu. L'imprimé de Scot de 1584, le manuscrit corrigé de Jacques conservé à la Folger, l'édition d'Édimbourg de 1597 et l'impression londonienne de 1603 jalonnent les étapes d'une controverse publique dont les répercussions n'eurent rien de théorique. Des êtres humains ont pu être fouillés, torturés, condamnés et exécutés sous l'empire des présomptions mêmes dont débattent ces écrits. C'est là la raison impérieuse d'analyser leur démarche probatoire plutôt que de les réduire à de pittoresques recueils de croyances surnaturelles.

Sources et éditions

  1. Wellcome Collection, Discoverie de Scot de 1584 numérisée ↗
  2. Folger Shakespeare Library, manuscrit V.a.185 de la Daemonologie ↗
  3. Folger Shakespeare Library, édition d'Édimbourg de 1597 dans sa collection ↗
  4. Wellcome Collection, Daemonologie de 1603 numérisée ↗
  5. Folger Shakespeare Library, comparaison entre Scot et Jacques dans The Discouerie of Witchcraft in the Vaults ↗
  6. Projet Gutenberg, texte de la première édition de la Discoverie de Scot interrogeable en ligne ↗
  7. Projet Gutenberg, texte de la Daemonologie de Jacques interrogeable en ligne ↗
  8. Estes, la religion de Scot et son opposition à la chasse aux sorcières ↗