LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE
Pour l'abondance du grain
Riches en lait [sont] les herbes, riche en lait ma parole (vácas) ; en conséquence, de celles qui sont riches en lait j'en apporte par milliers.
Je connais celui qui est riche en lait ; il a rendu le grain abondant ; le dieu qui a pour nom « assembleur », c'est lui que nous appelons, où qu'il soit dans la maison de celui qui ne sacrifie point.
Ces cinq directions qui existent, les cinq races (kṛṣṭí) issues de Manu (mānavī́), puissent-elles rassembler ici la fertilité (sphātí), comme les flots [amènent] les alluvions lorsqu'il a plu.
Telle une source aux cent cours d'eau, aux mille cours d'eau, inépuisable, ainsi ce grain qui est le nôtre, en mille flots, inépuisable.
Lire les 3 versets restants de III.24
Ô toi aux cent mains, rassemble ; ô toi aux mille mains, amoncelle ; de ce qui est fait et de ce qui doit être fait, apporte ici la graisse en abondance.
Trois mesures des Gandharvas, quatre de la maîtresse de maison ; de celles-ci, quelle que soit la plus riche en graisse, c'est avec celle-là que nous te touchons.
Celui qui apporte (upohá) et celui qui amasse (samūhá) [sont] tes (deux) distributeurs, ô Prajāpati ; qu'ils apportent ici la graisse, une abondance considérable et inépuisable.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.24 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VI ÉGALEMENT CITÉ
Pour la sagesse
Lire l'hymne comparatif VI.108 (5 versets)
Viens donc en premier à nous, ô sagesse (medhā́), avec les vaches, avec les chevaux, toi accompagnée des rayons du soleil ; tu es pour nous digne d'adoration.
J'appelle d'abord, pour l'aide des dieux, la sagesse emplie de bráhman, animée par le bráhman, louée par les voyants, bue par (?) les étudiants védiques.
La sagesse que connaissent les Ribhus, la sagesse que connaissent les Asuras, l'excellente sagesse que connaissent les voyants, nous la faisons entrer en moi.
La sagesse que connaissent les voyants créateurs d'êtres, doués de sagesse, de cette sagesse-là, rends-moi aujourd'hui pourvu, ô Agni.
La sagesse au soir, la sagesse au matin, la sagesse vers midi, la sagesse par les rayons du soleil, par le sortilège (vácas), nous la faisons entrer en nous.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.108 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VI ÉGALEMENT CITÉ
Pour la délivrance de la faute ou de la dette
Lire l'hymne comparatif VI.117 (3 versets)
Ce que je mange (?) d'emprunté, qui n'est point rendu ; avec quel tribut de Yama je vais et viens, à présent, ô Agni, je deviens quitte (anṛṇá) de cela ; tu sais délier toutes les entraves.
Étant ici même, nous le restituons ; vivants, nous nous en acquittons (ni-hṛ) pour les vivants ; quel que soit le grain que j'ai dévoré après l'avoir emprunté, à présent, ô Agni, je deviens quitte de cela.
Quittes dans ce [monde], quittes dans le monde supérieur, quittes dans le troisième monde puissions-nous être ; les mondes parcourus par les dieux et parcourus par les Pères, sur toutes ces routes puissions-nous demeurer quittes.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.117 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VII ÉGALEMENT CITÉ
Pour le succès au sein de l'assemblée
Lire l'hymne comparatif VII.12 (13) (4 versets)
Que l'assemblée (sabhā́) et le rassemblement (sámiti), les deux filles de Prajāpati, en parfait accord, me soient favorables ; que celui avec qui je me réunirai désire me venir en aide (? upa-çikṣ) ; puissé-je tenir des propos agréables parmi ceux qui se sont rassemblés, ô Pères.
Nous connaissons ton nom, ô assemblée ; en vérité, jeu (naríṣṭā) est ton nom ; quels que soient ceux qui siègent dans ton assemblée, qu'ils parlent d'une même voix avec moi.
De ceux qui siègent ensemble, je m'approprie l'éclat, le discernement (vijñā́na) ; de toute cette assemblée (saṁsád), fais de moi, ô Indra, le détenteur de la fortune (bhagín).
Votre esprit qui s'est égaré, qui est attaché ici ou là, nous le faisons revenir vers ce lieu ; qu'en moi repose votre esprit.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.12 (13) sur Wikisource ↗
La subsistance de III.24 est concrète
L'hymne au grain débute par des herbes opulentes et une parole nourricière, puis déploie la vision d'un grain qui afflue comme des ruisseaux et que de nombreuses mains amassent. La fontaine de grain du vers 4 évoque la continuité et l'abondance, mais nullement une allocation mensuelle. Une bourse d'études ou de recherche est une somme d'argent destinée à libérer du temps pour travailler ou étudier ; son montant et sa durée sont fixés par une organisation actuelle. L'hymne peut expliquer pourquoi un soutien régulier importe à un foyer, tout en maintenant visible son cadre agricole antique. Whitney signale des variantes dans la version Paippalāda sur le passage de la fontaine ; même cette image doit donc être lue comme un témoignage textuel plutôt que comme un calendrier secret de versements.
La sagesse n'est pas le versement
VI.108 invoque la sagesse à plusieurs reprises, notamment en lien avec les étudiants védiques, les voyants et les différents moments de la journée. Si la bourse est destinée à des études, l'hymne offre une analogie limpide pour ce but intellectuel. Il n'affirme pas pour autant que la sagesse s'accompagne d'un salaire ni que l'étude attire automatiquement un financement. Une personne peut être hautement qualifiée sans avoir de soutien matériel ; une autre peut recevoir une aide et avoir encore tout à apprendre. III.24 a trait à la subsistance, tandis que VI.108 concerne les aptitudes que cette subsistance peut rendre possibles. Confondre les deux en un rituel védique de bourse effacerait la spécificité de leurs locuteurs et de leurs desseins. Leur utilité est de montrer pourquoi le soutien financier et la finalité du projet doivent être abordés séparément.
Lorsqu'une allocation est promise, une autre catégorie apparaît
VI.117 s'inquiète des denrées empruntées qui restent impayées et décrit l'action de s'en acquitter de son vivant. Une bourse n'est pas un prêt. Si une institution a formellement promis un versement pour ensuite le retenir, la notion générale d'une dette en souffrance devient une analogie approximative, du point de vue du débiteur. Avant l'approbation, aucune obligation de ce genre n'existe. Cette chronologie importe bien plus que de prétendre simplement que l'argent va arriver. L'assemblée de VII.12 pourrait évoquer une commission d'attribution, mais sa demande de faveur n'est pas un ordre de paiement. Les textes anciens permettent de dissocier l'espoir d'être retenu de l'attente d'un paiement déjà promis.
L'intention inventée de l'allocation
Le travail rituel associé demande à une organisation d'approuver la bourse de l'utilisateur. Cet avantage précis est moderne et original. Aucun hymne cité ne définit de critères d'admissibilité, ne valide de budget ni ne garantit de fonds réguliers. Un article instructif peut plutôt expliquer la fonction d'une bourse : elle transforme des ressources limitées en temps disponible pour une activité choisie. III.24 rend palpable le soutien matériel, VI.108 nomme un objectif d'apprentissage possible, et VI.117 aide à déterminer à quel moment un engagement arrive à échéance. Le dispositif réel relève toujours d'une décision contemporaine soumise à ses propres critères. L'analyse historique gagne en rigueur en refusant de confondre l'activité souhaitée, le versement qui la soutient et la décision d'approbation en un seul et même événement.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Étude de cas : temps de recherche et décision en attente
Un chercheur sollicite une bourse de six mois afin de mener à bien une étude. VI.108 peut éclairer l'objectif intellectuel, tandis que III.24 peut mettre en lumière la nécessité d'un soutien matériel régulier. Si un jury apprécie le projet mais n'a pas validé les crédits, la bourse n'existe pas encore. Si l'approbation est accordée puis qu'un versement prévu prend du retard, VI.117 fournit une analogie limitée pour l'acquittement de ce qui est dû, bien que l'hymne lui-même porte sur du grain emprunté. Cet exemple démontre pourquoi l'obtention de l'accord visée par le sortilège demeure distincte tant de la recherche que du calendrier de versement ultérieur.
