LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE VI EN DÉTAIL
À Indra : pour la victoire
Puisse Indra vaincre, puisse-t-il ne pas être vaincu ; qu'il règne en roi suprême parmi les rois ; sois ici celui qu'il convient de célébrer, de louer, de saluer, de servir et de vénérer.
Toi, ô Indra, es roi suprême, avide de gloire (çravasyú), toi qui soumets les peuples ; règne sur ces clans (viçás) des dieux ; qu'une souveraineté durable et inaltérable (ajára) t'appartienne.
De la contrée orientale, ô Indra, tu es le roi ; de la contrée septentrionale tu l'es aussi, ô pourfendeur de Vritra, destructeur d'ennemis ; là où s'écoulent les fleuves s'étend ta conquête ; au sud, tel un taureau, tu t'avances digne d'invocation.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.98 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ
Pour introniser un roi
Lire l'hymne comparatif III.4 (7 versets)
À toi est échu le royaume ; lève-toi avec éclat ; [comme] seigneur du peuple (víças), souverain unique, exerce l'autorité (vi-rāj) ; que toutes les directions fassent appel à toi, ô roi ; deviens ici l'objet de la déférence, du respect.
Que le peuple (víças) te choisisse pour la royauté (rājyà), ainsi que ces cinq directions divines ; repose (çri) au faîte du pouvoir royal, à son sommet (kakúd) ; et de là, redoutable, dispense-nous les bienfaits.
Que tes pairs viennent à toi en [t']appelant ; Agni marchera comme un prompt messager ; que les épouses, que les fils soient bienveillants ; toi, redoutable, tu verras affluer (prati-paç) un abondant tribut.
Que les (deux) Açvins en premier, que Mitra et Varuṇa tous deux, que tous les dieux, que les Maruts t'appellent ; tourne (kṛ) alors ton esprit vers l'octroi de bienfaits ; et de là, redoutable, dispense-nous les bienfaits.
Accours ici depuis les lointains les plus reculés ; que le ciel et la terre te soient tous deux propices ; ainsi parle ici le roi Varuṇa ; c'est lui qui t'a appelé ici ; ⌊c'est pourquoi (sá)⌋ viens en ce lieu.
Tel un Indra humain, mets-toi en route ; car tu as trouvé accord (sam-jñā) et harmonie avec les castes (?) ; il t'a appelé ici en son propre rang ; il offrira des sacrifices aux dieux et il organisera le peuple (víças).
Les routes prospères, aux formes infiniment variées, réunies en un tout, t'ont ouvert un large chemin ; qu'elles t'appellent toutes d'un commun accord ; jusqu'à la dixième [décennie de la vie], demeure ici redoutable et bienveillant.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.4 sur Wikisource ↗
La conquête devient un rang public
Le premier verset ne s'arrête pas après avoir demandé à Indra de vaincre. Il demande qu'il soit acclamé, loué, salué, entouré et révéré. L'issue du combat est ainsi transposée en une position sociale manifeste pour autrui. Un roi suzerain s'élève au-dessus de ses pairs souverains, mais ce rang exige d'être reconnu. La répétition des termes de reconnaissance dans le verset transforme la réputation en une forme d'autorité. Whitney note qu'une version apparentée de la Taittirīya Saṃhitā présente une seconde moitié sensiblement différente, se concentrant davantage sur les batailles avant d'atteindre l'hommage. Cette variation a son importance, car la forme reçue de l'Atharvaveda met au premier plan la réception publique d'un dirigeant. Sa rhétorique dépasse la défaite immédiate des ennemis.
La souveraineté doit durer
Le verset 2 nomme à nouveau Indra roi suzerain et vainqueur des peuples, puis sollicite la souveraineté sur le peuple divin ainsi qu'un pouvoir qui ne vieillit ni ne s'efface. La victoire requise s'est muée en une institution envisagée comme pérenne. Whitney précise que la version Pāippalāda de ce verset est altérée, tandis qu'un autre parallèle védique conserve une forme apparentée pourvue de variantes. L'état dégradé du témoin restreint une reconstitution rigoureuse mot à mot de ce verset d'une recension à l'autre. Le souhait général est indéniable : la royauté doit être supérieure et durable. L'hymne utilise Indra comme la figure en qui ces qualités se concentrent, tandis que le roi humain qui l'accompagne apparaît au fil de l'application rituelle et des commentaires ultérieurs.
Le troisième verset projette la royauté dans l'espace
Le dernier verset nomme explicitement l'est et le nord, invoque la région où s'écoulent les fleuves, et s'achève au sud avec Indra dépeint sous les traits d'un taureau. Ce parcours étend le règne du rang social à la dimension spatiale. La ligne relative aux fleuves ne constitue pas un relevé géographique fiable ; Whitney fait observer que la direction occidentale qu'elle sous-entend ne concorde pas parfaitement avec l'Inde centrale. L'essentiel est que le poème revendique pour Indra l'univers des points cardinaux plutôt que de décrire un royaume arpenté. L'image du taureau confère force et fécondité à l'espace. En trois versets, la victoire se métamorphose en hommage, en règne durable et en un champ d'orientations sur lequel la divinité peut être imaginée comme roi.
III.4 conçoit un autre chemin vers la fonction
Atharvaveda III.4 appelle un roi à sa charge et demande au peuple ainsi qu'aux points cardinaux de le choisir. Il attend ensuite de lui qu'il distribue des biens. VI.98 débute par la conquête d'Indra et son rang éminent, non par le choix du peuple. Une formule affirmant que le dirigeant est digne d'hommage figure dans les deux contextes, mais les arguments politiques divergent. Whitney mentionne VI.98 parmi des usages guerriers plus tardifs et indique que le Vāitāna y a recours lorsque le roi est armé. Ces applications contribuent à expliquer pourquoi un roi suzerain divin pouvait servir la royauté humaine, sans pour autant qu'il faille y voir la preuve que les trois versets décrivent un couronnement historique singulier. Le texte donne corps par la parole à l'ordre espéré.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Du choix de régner au rang de roi suzerain
Placez VI.98.1 aux côtés de III.4.2. VI.98 demande à Indra de s'élever au-dessus des autres rois par une victoire invaincue et de recevoir l'hommage. III.4 demande au peuple et aux orients de choisir un roi et à celui-ci de partager les biens après avoir pris place sur le siège élevé. Le premier met l'accent sur la supériorité et la reconnaissance ; le second met l'accent sur le choix et l'obligation. Lisez ensuite VI.98.3, où la royauté d'Indra se déploie à travers les directions. La comparaison met en lumière trois dimensions de l'imaginaire royal védique sans les réduire à une seule cérémonie uniforme. Cette conclusion qui embrasse les directions constitue une affirmation d'ordre public après la victoire, et non la preuve qu'un dirigeant en particulier ait jamais atteint une telle envergure.
