LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
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ATHARVAVEDA · LIVRE VI EN DÉTAIL
Au tambour : pour vaincre l'ennemi
Retentis avec force vers le ciel et la terre ; qu'en maints lieux ils conquièrent pour toi les créatures vivantes dispersées (jágat) ; toi, ô tambour, allié à Indra [et] aux dieux, repousse nos ennemis bien plus loin que le lointain.
Résonne contre [eux] ; puisses-tu nous accorder force [et] vigueur ; tonne contre [eux], écartant les périls ; ô tambour, chasse d'ici le malheur ; tu es le poing d'Indra ; sois vaillant.
Triomphe de ceux de là-bas ; que ceux d'ici soient vainqueurs ; que le tambour parle haut ⌊vāvad-⌋ [et] clair ; que nos héros aux ailes de chevaux volent de concert ; qu'Indra mène nos guerriers en char à la victoire.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.126 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE V ÉGALEMENT CITÉ
Au tambour de guerre
Lire l'hymne de comparaison V.20 (12 versets)
Le tambour au bruit retentissant, pareil au guerrier, fait du bois de la forêt, réuni (sámbhṛta) aux [bêtes] rousses, aiguisant la voix, dominant nos rivaux; tonne avec force contre [eux] comme un lion, prêt à vaincre.
Comme un lion a tonné celui de bois, tendu (vi-bandh), tel un taureau mugissant vers une vache désirante; viril (vṛ́ṣan) [es]-tu, impuissants sont tes rivaux; pareille à celle d'Indra [est] ta fougue (çúṣma), terrassant les conspirateurs ennemis.
Trouvé (vidāná) soudainement (sáhasā) comme un taureau dans un troupeau, toi qui cherches du bétail, rugis (ru) contre [eux] en remportant le butin; transperce de douleur le cœur de nos adversaires; que nos ennemis, quittant leurs villages, s'en aillent poussés en avant (pra-cyu).
Vainquant entièrement les combattants, poussant un cri perçant, toi qui saisis ceux qui doivent être saisis, regarde au loin de multiples côtés; réponds (? ā-gur), ô tambour, dévot, à la voix des dieux; apporte les biens de nos ennemis.
Entendant la voix poussée (pra-yam) du tambour qui parle, que la femme, suppliante, réveillée par le vacarme, coure vers son fils en lui prenant la main, notre ennemie, effrayée dans le conflit d'armes meurtrières.
Puisses-tu d'abord (pū́rva), ô tambour, faire retentir ta voix; sur le dos de la terre parle, étincelant (ruc); ouvrant largement les mâchoires (jabh) sur l'armée de nos ennemis, parle avec netteté, ô tambour, agréablement (sūnṛ́tāvat).
Qu'il y ait du fracas entre ces deux firmaments (nábhas); que tes sons (dhvaní) aillent promptement et séparément; rugis contre [eux], tonne, menaçant (?), retentissant (çlokakṛ́t) pour la victoire de nos amis, bon partisan.
Façonné par des artifices (dhī́), puisse-t-il faire entendre sa voix; excite les armes des guerriers; allié à Indra, convoque les guerriers; par des amis, terrasse puissamment les ennemis.
Héraut vociférant (? pravadá), à l'armée audacieuse, faisant proclamer en de nombreux lieux, résonnant à travers les villages, gagnant l'avantage, connaissant les voies, dispense (vi-hṛ) la renommée à un grand nombre dans la [bataille] de deux rois.
Visant l'avantage, conquérant les bonnes choses, très puissant, conquérant une troupe, tu es aiguisé par le bráhman; telle la pierre à presser sur les tiges [de soma] dans le pressoir, ô tambour, danse sur [leurs] possessions, en quête de butin (gavyán).
Terrassant les ennemis, terrassant et abattant, terrassant les conspirateurs hostiles, cherchant du bétail, subjuguant, jaillissant vers le haut, fais entendre ta voix comme un orateur (vāgvín) son discours (mántra); proclame la force (? íṣ) ici afin de vaincre l'armée.
Ébranlant (cyu) ce qui n'est point ébranlé, allant le plus souvent dans les luttes, vainquant les railleurs, marchant en tête, indomptable, mis en sécurité par Indra, attentif aux conseils (? vidátha), brûlant le cœur de nos adversaires, va promptement.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter V.20 sur Wikisource ↗
L'ouverture diffuse le son sur une vaste étendue
Le verset 1 invite le tambour à éclater en direction du ciel et de la terre et à repousser les ennemis plus loin que le lointain, avec Indra et les dieux pour alliés. L'échelle dépasse le champ de bataille visible. Le son porte le souhait de l'orateur dans l'espace avant même qu'aucun combattant ne bouge. Une proposition centrale relative aux créatures vivantes dispersées soulève des difficultés textuelles ; Whitney estime que la leçon reçue est peut-être corrompue au regard des autres témoins. Le contraste certain réside dans le bruit de grande portée du tambour et l'éloignement espéré des ennemis. Le poème ne précise pas à quelle distance un instrument historique pouvait être perçu. Il transforme la portée en une allégorie de puissance, demandant au son de traverser une dimension cosmique pour y refouler les adversaires.
Le tambour donne tout autant qu'il retire
Le second verset commande au tambour de gronder contre les ennemis, de conférer force et vigueur au camp de l'orateur et d'éloigner le malheur. Sa dernière image fait de l'instrument le poing d'Indra et l'exhorte à être vaillant. Le poing convertit la percussion en coup direct, mais les lignes précédentes font de l'instrument bien plus qu'une arme d'intimidation. Il est censé fortifier la troupe alliée tout en chassant le danger. Cette double orientation permet de comprendre pourquoi le verset suivant met en regard deux camps de manière aussi tranchée. Le tambour est un centre d'échange : le son et la force se déploient à partir du camp de l'orateur, tandis que le malheur et les ennemis sont repoussés au loin. Ce sont des affirmations poétiques, non des mesures d'effets observés sur le champ de bataille.
La dernière strophe sépare le proche du lointain
Le verset 3 veut que le tambour terrasse les gens de « là-bas » tandis que « ceux d'ici » l'emportent. Les combattants montés et les guerriers en char rejoignent alors l'évocation de la charge, Indra étant de nouveau imploré pour garantir la victoire. Les démonstratifs rendent le champ de bataille intelligible depuis la place de l'orateur. L'opposition ne pose pas abstraitement le bien contre le mal ; elle confronte leur armée là-bas et nos guerriers ici. La voix claire du tambour proclame quel camp doit l'emporter. Whitney rapporte que d'autres textes védiques proposent une lecture différente de la première ligne, formulant un ordre qui fait reculer les adversaires et avancer les alliés. Cette variante explicite la tension spatiale, tandis que la version de Śaunaka pose plus directement le sort dévolu à chaque camp.
Un court compagnon du V.20
Le poème V.20, bien plus long, dépeint le tambour sous les traits d'un animal, d'un héraut et d'une voix qui parcourt les villages. VI.126 resserre le propos en une division de trois versets entre ennemis éloignés et alliés proches. Whitney note que des textes rituels ultérieurs associent VI.126 à V.20 au moment où résonnent les tambours, et que la Pāippalāda est amputée de passages des deux premiers versets, visiblement par suite d'une erreur de copie. Ces éléments mettent en lumière les liens tout en fixant les limites. Les deux hymnes relèvent d'une tradition attestée du tambour de guerre, mais les recensions subsistantes ne livrent pas un texte identique. La figure la plus marquante de VI.126 n'est point la voix de lion de V.20, mais le poing d'Indra assénant une puissante frappe fraternelle.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Une ligne accorde, une autre expulse
Comparez VI.126.2 avec .3. Le deuxième verset enjoint au tambour d'attribuer de la force à ce camp-ci et de rejeter le malheur au loin ; le troisième désigne les camps opposés comme ceux de là-bas et ceux d'ici. Le son marque une séparation entre eux. V.20.9 imagine plutôt le tambour diffusant la gloire à travers les villages après ou pendant un affrontement entre rois. Tous deux attribuent une fonction publique au bruit, mais VI.126 met particulièrement en évidence la redistribution immédiate de l'énergie de part et d'autre de la ligne d'affrontement. La mention des groupes voisins et lointains au troisième verset confère au son un rôle de démarcation, et non de simple proclamation retentissante de courage.
