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Atharvaveda · Fortune et succès

Cher aux dieux et aux rois : la faveur populaire dans l'Atharvaveda XIX.62

Un disque lunaire décoratif en argent, des anneaux en laiton non gradués et un livre indigo.

L'Atharvaveda XIX.62 est une demande en un seul vers pour être cher aux dieux, aux rois, à quiconque voit, ainsi qu'aux personnes de rangs sociaux distincts. Son ampleur en fait un texte historique concis pour solliciter la faveur, mais le vers est également isolé textuellement : Whitney indique qu'il est absent du Pāippalāda et du commentateur qu'il a consulté. Ses parallèles modifient le destinataire de la requête. Une lecture attentive doit par conséquent éclairer à la fois la portée de ce souhait social et l'incertitude quant à son contexte de transmission.

LE TEXTE · ATHARVAVEDA

Hymnes abordés dans cet article

Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.

XIX.62

ATHARVAVEDA · LIVRE XIX EN LUMIÈRE

Pour la popularité

  1. Rends-moi cher aux dieux, rends-moi cher aux rois, cher à tout ce qui voit, tant au Çūdra qu'à l'Āryan.

Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire XIX.62 sur Wikisource ↗

I.9

ATHARVAVEDA · LIVRE I ÉGALEMENT CITÉ

Pour l'élévation et la réussite de quelqu'un

Lire l'hymne comparatif I.9 (4 versets)
  1. En cet homme, que les Vasus maintiennent de bonnes choses (vásu) : Indra, Pūshan, Varuṇa, Mitra, Agni ; que les Ādityas et aussi tous les dieux le maintiennent dans une lumière souveraine.

  2. Sous ses ordres (pradiç), ô dieux, qu'il y ait lumière, soleil, feu, ou encore de l'or ; que ses rivaux (sapátna) lui soient inférieurs ; jusqu'au plus haut firmament (nā́ka), faites monter cet homme.

  3. Avec le culte suprême (bráhman), ô Jātavedas, par lequel tu as rassemblé les breuvages (páyas) pour Indra, par cela même, ô Agni, fais prospérer cet homme ici présent ; place-le en suprématie (çrāíṣṭhya) au-dessus de ses pairs (sajātá).

  4. Je m'approprie leur sacrifice et leur éclat (várcas), l'abondance de leurs richesses et leurs desseins (cittá), ô Agni ; que ses rivaux lui soient inférieurs ; jusqu'au plus haut firmament, faites monter cet homme.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.9 sur Wikisource ↗

La supplique s'élève à travers différents auditoires

Le verset s'ouvre sur les dieux, passe aux rois, puis s'élargit à quiconque aperçoit le locuteur. Il nomme enfin les publics Śūdra et Āryan. Il ne s'agit pas simplement du désir de plaire à une personne en particulier. Le locuteur recherche une réputation favorable au sein de l'autorité, des rencontres publiques et d'une antique hiérarchie sociale. La requête répétée d'être cher applique à ces différents cercles un seul verbe affectif.

Ce langage gagne à être replacé dans son cadre historique. Les catégories sociales antiques ne correspondent pas à des identités modernes neutres, et l'hymne n'explique pas ce que les membres de ces groupes éprouvaient envers le locuteur. Ce qu'il révèle, c'est l'aspiration à traverser de nombreux cercles sans susciter d'hostilité. La faveur d'un souverain et l'affection d'un passant constituent des atouts différents, mais le verset les rassemble au sein d'une même posture publique.

Le regard est un événement social

La formulation désignant tout ou tous ceux qui voient confère à ce souhait une dimension remarquablement visuelle. La popularité est envisagée dès l'instant de la rencontre, avant même qu'une relation durable ne prenne forme. Le locuteur souhaite que le regard d'autrui l'accueille avec bienveillance. Cela diffère d'Atharvaveda I.9, qui élève le bénéficiaire au-dessus de ses rivaux par l'éclat et le soutien divin. XIX.62 sollicite une bienveillance générale plutôt qu'un abaissement manifeste des concurrents.

Cette nuance compte au moment d'y associer un bénéfice moderne. La faveur auprès des gens et des souverains résume fidèlement XIX.62 ; promettre d'imposer une obéissance universelle irait trop loin. Le poème aspire à susciter une attitude chez de multiples observateurs, et non une succession précise d'actes que ces témoins devraient exécuter. Une lecture occulte peut explorer ce passage supposé de la visibilité à la bienveillance sans le transformer en garantie d'ascendant social.

D'autres témoins déplacent l'accent

Whitney signale des versions presque correspondantes dans un supplément au Rigveda et dans un rituel domestique. L'une modifie la seconde moitié afin que la faveur s'étende parmi les lignages ; une autre déplace une partie de la requête vers le Brahman tout en répétant la faveur royale. Ce sont là des variantes significatives. Un verset visant les rois, un autre le rang sacerdotal, et un troisième un vaste auditoire clanique dessinent des géographies distinctes de l'approbation qui importe.

Le texte de l'Atharvaveda n'a pas d'équivalent Pāippalāda dans le recensement de Whitney, et son commentateur fait également défaut. Cela limite toute certitude quant à une circonstance d'origine stable. Les variantes préservées suffisent à prouver sa mobilité, mais ne permettent pas de reconstituer un rite universel de popularité. La demande pouvait être adaptée à différents publics précisément parce que sa forme brève et répétitive facilitait les substitutions.

Être cher est d'ordre relationnel et non autonome

Un exercice moderne de confiance en soi incite parfois l'individu à modifier sa propre posture. XIX.62 envisage un mécanisme distinct : le rang social réside dans les réactions d'autrui. Le locuteur n'est cher que si les dieux, les rois et ses semblables le considèrent ainsi. Le verset témoigne donc avec franchise du sentiment de dépendance propre à la réputation, même si l'étendue souhaitée demeure démesurée. On ne peut uniformiser le regard de chaque observateur.

Le bénéfice associé conserve la demande de bienveillance du verset ainsi que sa distinction entre le peuple et les dirigeants. La pratique en six phases destinée aux membres est un texte symbolique original, et non la traduction d'une pratique védique de popularité. L'éclairage historique le plus instructif réside dans cette stratification des publics. Le poème aborde la visibilité comme un risque social et cherche à le résoudre sous forme de bienveillance à travers l'ensemble du monde que le locuteur s'attend à côtoyer.

Lecture guidée : changer d'auditoire, changer de bénéfice

Lisez XIX.62 en quatre mouvements : les dieux, les rois, tous ceux qui voient, puis les rangs sociaux explicitement nommés. Le même appel à être cher franchit chaque seuil. Comparez maintenant avec les notes de Whitney sur les versions apparentées, où un supplément au Rigveda introduit les lignages dans la seconde moitié et où un rituel domestique fait intervenir le Brahman. Ces substitutions ne sont pas anodines : elles déterminent si la personne favorisée a besoin d'accéder au souverain, d'obtenir l'estime sacerdotale, d'être reconnue par le clan ou de recevoir un bon accueil général du public. Lisez I.9 en parallèle à ce verset en guise de second contraste. I.9 élève son bénéficiaire au-dessus de ses rivaux ; XIX.62 recherche un accueil chaleureux auprès de multiples cercles. Cette comparaison cerne la promesse précise qui sous-tend le bénéfice associé.

Textes sources et études

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