LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE
Pour la restauration d'un roi
Il a poussé un cri (? krand) ; puisse-t-il être ici le protecteur des siens ; ô Agni, écarte les deux firmaments élargis (ródasī) ; que les Maruts qui possèdent tout t'attellent (yuj) ; conduis ici avec hommage cet homme dont l'oblation a été offerte.
Qu'Indra, l'inspiré, aussi loin soit-il, les roux le mettent en mouvement vers ici (ā-cyāvaya-) en vue de l'amitié, lorsque les dieux risquent (?) pour lui une gāyatrī́, une bṛhatī́, un chant (arká), avec la cérémonie sāutrāmaṇī́.
Pour les eaux, que le roi Varuṇa t'appelle ; que Soma t'appelle pour les montagnes ; qu'Indra t'appelle pour ces sujets (víç) ; devenant un faucon, vole vers ces sujets.
Que le faucon conduise ici de loin (pára) celui qui doit être appelé, vivant en exil sur le territoire d'autrui (kṣétra) ; que les deux Açvins te rendent le chemin aisé à parcourir ; rassemblez-vous autour de cet homme, vous ses compagnons.
Lire les 2 versets restants de III.3
Que tes adversaires t'appellent ; tes amis t'ont choisi contre eux (? práti) ; Indra-et-Agni, tous les dieux, ont maintenu pour toi la sécurité (kṣéma) au sein du peuple (víç).
Quel que soit le compagnon qui conteste ton appel, et quel que soit l'étranger, en le faisant s'éloigner (ápāñc), ô Indra, réintègre (ava-gamaya) alors cet homme ici même.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.3 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ
Pour introniser un roi
Lire l'hymne comparatif III.4 (7 versets)
À toi est échu le royaume ; lève-toi avec éclat ; [comme] seigneur du peuple (víças), souverain unique, exerce l'autorité (vi-rāj) ; que toutes les directions fassent appel à toi, ô roi ; deviens ici l'objet de la déférence, du respect.
Que le peuple (víças) te choisisse pour la royauté (rājyà), ainsi que ces cinq directions divines ; repose (çri) au faîte du pouvoir royal, à son sommet (kakúd) ; et de là, redoutable, dispense-nous les bienfaits.
Que tes pairs viennent à toi en [t']appelant ; Agni marchera comme un prompt messager ; que les épouses, que les fils soient bienveillants ; toi, redoutable, tu verras affluer (prati-paç) un abondant tribut.
Que les (deux) Açvins en premier, que Mitra et Varuṇa tous deux, que tous les dieux, que les Maruts t'appellent ; tourne (kṛ) alors ton esprit vers l'octroi de bienfaits ; et de là, redoutable, dispense-nous les bienfaits.
Accours ici depuis les lointains les plus reculés ; que le ciel et la terre te soient tous deux propices ; ainsi parle ici le roi Varuṇa ; c'est lui qui t'a appelé ici ; ⌊c'est pourquoi (sá)⌋ viens en ce lieu.
Tel un Indra humain, mets-toi en route ; car tu as trouvé accord (sam-jñā) et harmonie avec les castes (?) ; il t'a appelé ici en son propre rang ; il offrira des sacrifices aux dieux et il organisera le peuple (víças).
Les routes prospères, aux formes infiniment variées, réunies en un tout, t'ont ouvert un large chemin ; qu'elles t'appellent toutes d'un commun accord ; jusqu'à la dixième [décennie de la vie], demeure ici redoutable et bienveillant.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.4 sur Wikisource ↗
ATHARVA-VÉDA · LIVRE IV ÉGALEMENT CITÉ
Pour accompagner la consécration d'un roi
Lire l'hymne de comparaison IV.8 (7 versets)
L'être (bhūtá) dépose le lait dans les êtres ; il est devenu le suzerain des êtres ; la Mort assiste (car) à sa consécration royale (rājasū́ya) ; qu'en tant que roi, il agrée cette royauté.
Avance vers [elle] ; ne te détourne pas avec nostalgie (? ven), redresseur sévère (ugrá) (cettár), pourfendeur de rivaux ; approche (ā-sthā), ô protecteur des amis ; puissent les dieux te bénir (adhi-brū).
S'avançant, tous l'ont servi (pari-bhūṣ) ; se revêtant de fortune, il va et vient (car), paré de son propre éclat ; grand est ce nom de l'Asura viril (vṛ́ṣan) ; ayant pris toutes les formes, il s'est approché des choses immortelles.
Tigre, sur la [peau] du tigre, avance à grands pas vers les immenses contrées ; que tous les clans (víças) te désirent, ainsi que les eaux du ciel, riches en lait.
Les eaux du ciel qui abondent en lait, dans l'atmosphère ou bien sur la terre, avec la splendeur de toutes ces eaux, je répands l'onction sur (abhi-sic) toi.
Les eaux célestes, riches en lait, se sont déversées sur toi avec éclat ; afin que tu sois le soutien de tes amis, telle est la condition que Savitar te façonnera.
Ainsi, étreignant le tigre, ils incitent (hi) le lion vers la grande félicité ; comme les êtres prospères (subhū́) devant l'océan qui demeure, ils frictionnent entièrement le léopard au milieu des eaux.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire IV.8 sur Wikisource ↗
III.3 imagine le retour
Ces versets inscrivent l'incertitude dans les cadres pratiques où les personnes construisent et échangent leurs moyens d'existence. Le souhait se veut concret et relationnel, lié à ceux dont dépendent un foyer ou une entreprise. Le roi déchu doit retourner vers un lieu qu'il occupa jadis ; l'intronisation part d'une tout autre posture politique.
Le roi de III.3 n'est pas une figure abstraite de la souveraineté ; le poème exige qu'une charge abandonnée soit reconquise. III.4 contribue à éclairer cette prémisse en décrivant au contraire une investiture. La nuance tient à un infime paramètre temporel : l'un des deux dirigeants a déjà exercé le pouvoir qu'il revendique.
Le statut perdu façonne la supplique
Son point de départ politique est capital : l'hymne ne borne pas son aspiration à la victoire, il envisage un retour vers un rang jadis reconnu. Une affaire pratique restée en suspens devient l'occasion d'un vœu formulé à haute voix. Je maintiens la distinction entre reconquête et reconnaissance bien nette, car chacune appelle un récit public différent.
La restauration aux côtés de l'investiture
III.4 traite au contraire de l'établissement d'un roi, déplaçant le regard du rétablissement vers l'investiture. Une prière pour le foyer et une supplique politique peuvent se ressembler tout en régissant des charges dissemblables. La perte du trône constitue le préalable indispensable du premier hymne, et non un simple arrière-plan pittoresque. Sans elle, le retour n'aurait aucun cap politique. La demande de restauration présuppose un auditoire : les sujets doivent reconnaître le souverain qui revient afin que l'ordre espéré prenne une forme publique. L'hymne d'installation émane d'une tout autre conjoncture sociale et ne saurait répéter purement et simplement le récit d'un recouvrement.
IV.8 établit un souverain plutôt qu'il ne le ramène
L'article consacré à III.3 traite du rappel d'un roi. IV.8 accompagne pour sa part la consécration d'un roi. Son deuxième verset enjoint au candidat d'avancer pour recevoir la bénédiction des dieux, tandis que les versets 4–6 l'entourent d'un imaginaire de tigre, du désir populaire et de l'aspersion des eaux descendues du ciel, de l'atmosphère et de la terre. C'est l'instauration d'une autorité devant son peuple, non la réintégration d'une charge déchue. Le bienfait associé découle donc directement de IV.8.
Le verset initial de IV.8 demeure obscur, y compris pour Whitney, qui rapporte des interprétations très divergentes d'une allusion à la Mort lors de la consécration. Cette part d'ombre doit demeurer apparente. L'agencement le plus solide se déploie plus loin : un candidat s'avance, se trouve comparé à de puissants fauves et reçoit la splendeur des eaux. Le lecteur peut ainsi suivre l'accession à la charge sans prétendre attribuer d'emblée à chaque locution liminaire un sens politique établi.
L'eau rend le règne public et cosmique
Le verset 4 demande à tout le peuple de désirer le souverain et se le représente posant le pied sur une peau de tigre. Le verset 5 verse sur lui la vigueur des eaux, et le verset 6 demande à Savitar d'en faire un multiplicateur d'amis. L'autorité n'est donc pas une couronne flottant dans l'isolement. Elle possède une réception publique, un emblème animal visible et une consécration matérielle. La logique rituelle de l'hymne relie le corps d'un candidat à un ordre plus vaste.
La Pāippalāda réorganise l'ordre des versets, plaçant le verset 7 avant les versets 4-6, tandis que d'autres sources védiques varient la formulation des lignes consacrées à l'eau. Ces différences modifient le déroulement de la séquence, même si l'objectif de consécration demeure reconnaissable. Le travail rituel réservé aux membres est une prose symbolique moderne originale, non un abhiṣeka royal. III.3 et IV.8 doivent rester distincts : l'un demande le retour d'un souverain déplacé, l'autre confère un statut à celui qui accède au pouvoir.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture approfondie : retour et investiture
Lisez d'abord III.3 pour observer le mouvement d'un roi rappelé à sa place. Lisez maintenant IV.8.2, où l'on enjoint à un candidat d'avancer, et IV.8.4-6, où le peuple, l'imagerie du tigre et les eaux versées contribuent à établir son autorité. Les textes répondent à des problèmes politiques différents. Un souverain rétabli a besoin d'un chemin de retour ; un souverain nouvellement consacré a besoin d'une transition dans ses fonctions publiquement intelligible. La mention par Whitney du fait que la Pāippalāda réordonne les derniers versets de IV.8 montre que même cette séquence d'investiture possédait plus d'un arrangement transmis. Le bénéfice associé suit IV.8, tandis que l'article sur III.3 apporte le contraste.
