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Atharvaveda · Malédictions et ennemis

Aiguiser les alliés : la voix du prêtre dans l'Atharvaveda III.19

Un disque lunaire décoratif en argent, des anneaux en laiton non gradués et un livre indigo.

L'Atharvaveda III.19 est un hymne de bataille déclamé à la première personne par un prêtre domestique. Il aiguise son incantation et, du même souffle, la vigueur et l'autorité souveraine de ceux qu'il sert. Cette ouverture fait de la capacité collective des siens le motif primordial, quand bien même le poème voue les troupes adverses au tourment. Plus loin, il met en scène les armes, les cris de guerre, la marche des guerriers et la flèche décochée. L'ardeur de l'hymne irradie depuis les paroles du prêtre vers une campagne militaire d'ensemble. Cette revendication d'efficacité magique relève du monument poétique historique et ne saurait constituer la preuve d'une issue militaire réelle.

LE TEXTE · ATHARVAVEDA

Hymnes abordés dans cet article

Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.

III.19

ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE

Pour soutenir les amis contre les ennemis

  1. Aiguisée est cette incantation (? bráhman) qui est mienne ; aiguisés [mon] héroïsme, ma force ; aiguisée, victorieuse, soit l'autorité impérissable (kṣatrá) [de ceux] dont je suis le prêtre domestique (puróhita).

  2. J'aiguise la royauté de ceux-ci, j'aiguise leur puissance, leur héroïsme, leur vigueur ; je tranche les bras des ennemis par cette oblation.

  3. Vers le bas qu'ils tombent, qu'ils deviennent inférieurs, ceux qui combattront (pṛtany-) notre généreux protecteur (sūrí) ; j'anéantis les ennemis par mon incantation ; je mène nos propres hommes vers le haut.

  4. Plus tranchants qu'une hache, plus tranchants aussi que le feu, plus tranchants que le foudre d'Indra ; [ceux] dont je suis le prêtre domestique.

Lire les 4 versets restants de III.19
  1. Leurs armes, je les aiguise ; leur royauté pourvue de nobles héros, je l'accrois ; que leur autorité soit impérissable, victorieuse ; que tous les dieux favorisent leur dessein.

  2. Que leurs énergies (vā́jina) s'enflamment, ô dieu généreux (maghávan) ; que s'élève le vacarme des héros conquérants ; que montent distinctement les clameurs, les clairs (ketumánt) cris de guerre ; que les divins Maruts, ayant Indra pour chef, s'avancent avec l'armée.

  3. Avancez, vainquez, ô hommes ; redoutables soient vos bras (bāhú) ; armés de flèches acérées, frappez ceux aux arcs faibles ; munis d'armes redoutables, forts de bras redoutables (bāhú), [abattez] les faibles.

  4. Étant décochée, envole-toi au loin, ô volée, toi qui es aiguisée par l'incantation ; triomphe des ennemis ; va de l'avant ; abats parmi eux chacun des plus vaillants ; que nul d'entre eux là-bas n'en réchappe.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.19 sur Wikisource ↗

III.1

ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ

Contre les ennemis

Lire l'hymne comparatif III.1 (6 versets)
  1. Qu'Agni, dans sa clairvoyance, marche contre nos ennemis, brûlant l'imprécateur et l'avare; qu'il sème le trouble (mohaya-) dans l'armée de nos adversaires (pára); et puisse Jātavedas les priver de leurs mains.

  2. Vous, ô Maruts, êtes redoutables dans une telle épreuve; avancez contre [eux], tuez, terrassez! Les Vasus [les] ont abattus; suppliants [sont] ceux-ci; car qu'Agni, leur messager, s'avance contre [leurs ennemis], dans sa clairvoyance.

  3. L'armée ennemie, ô dieu généreux, se dressant hostilement contre nous, puissiez-vous tous deux, ô Indra vainqueur de Vṛtra, et toi aussi Agni, vous consumer contre eux.

  4. Propulsé en avant (? pravátā), ô Indra, par tes deux coursiers bais, que ton foudre s'élance, massacrant (pra-mṛ) les ennemis; frappe ceux qui avancent, ceux qui suivent, ceux qui fuient (párāñc); anéantis leur véritable dessein.

  5. Ô Indra, confonds l'armée de nos ennemis; sous le souffle du feu et du vent, fais-les disparaître dans la débandade.

  6. Qu'Indra plonge l'armée dans la confusion; que les Maruts frappent avec force; qu'Agni lui ravisse la vue; qu'elle rebrousse chemin, vaincue.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.1 sur Wikisource ↗

Un prêtre désigne son propre camp

Le verset 1 répète à maintes reprises le mot aiguisé au sujet de l'incantation, de la force héroïque et de l'autorité inaltérable appartenant à ceux pour qui le locuteur est purohita, le prêtre du foyer. Cette auto-identification est cruciale. Le locuteur n'est pas un individu isolé réglant un différend privé. Il revendique un rôle dans le conflit public d'un mécène. Le verset 2 aiguise à nouveau leur autorité et leur force, et demande que les bras ennemis soient tranchés par une oblation. Le poème envisage la parole, l'offrande et la puissance militaire comme se renforçant mutuellement. L'image de l'affûtage confère au langage l'effet d'une lame, tandis que les références au kṣatra et aux protecteurs l'ancrent dans le monde du pouvoir et de la suite armée.

Le centre du chant balance vers le haut et le bas

Le verset 3 demande que les assaillants tombent tandis que les hommes du locuteur s'élèvent. Le verset 4 qualifie les protecteurs du prêtre de plus affûtés que la hache, le feu et la foudre d'Indra. L'usage répété de tournures comparatives rend visible la hiérarchie relative : les alliés doivent devenir plus capables à mesure que l'ennemi le devient moins. Le verset 5 revient aux armes et à la puissance royale, sollicitant l'aide divine pour le dessein des alliés. L'argument du poème ne repose donc pas sur une seule ligne destructrice. Il construit un champ de trajectoires opposées. Le camp du locuteur est aiguisé, élevé et soutenu ; le camp adverse est tranché, rabaissé et affaibli. C'est pourquoi le bénéfice de l'hymne est mieux décrit comme le renforcement des alliés que comme une malédiction générique contre des adversaires.

L'armée fait enfin retentir sa voix

Au verset 6, la scène devient audible. L'énergie s'accroît, le tumulte héroïque se propage et des cris distincts s'élèvent tandis que les Maruts rejoignent une armée menée par Indra. Le verset 7 s'adresse directement aux hommes pour qu'ils s'élancent et conquièrent, et le verset 8 décoche une volée aiguisée par l'incantation. Le vacarme public constitue une rupture saisissante avec l'affirmation inaugurale à la première personne portée par la parole du prêtre. Le discours est passé d'un unique spécialiste rituel au fracas d'un groupe en marche. Whitney souligne que certaines parties des versets 6 à 8 possèdent des parallèles dans la poésie guerrière du Rigveda et que leur relation avec les versets précédents est textuellement complexe. Le poème reçu rend néanmoins cette progression parfaitement intelligible.

Un autre genre d'hymne pour l'armée

III.1 demande aux dieux de déconcerter une armée ennemie, de lui ôter les yeux et de la forcer à reculer. III.19 consacre davantage de temps à armer et à élever le parti du locuteur avant d'envisager la défaite de l'adversaire. Le témoin de la Pāippalāda pour III.19 modifie également l'ordre de plusieurs versets, et Whitney suggère que les trois derniers ont pu circuler comme un fragment distinct dans cette recension. Ces détails sont importants car ils nuancent l'idée d'un schéma de bataille unique et sans couture. L'imagerie martiale partagée est indéniable, mais le centre de gravité rhétorique diffère : III.1 neutralise le collectif adverse ; III.19 forge la confiance et la puissance au sein du collectif allié.

La parole du prêtre devient une volée

Comparez III.19.1 avec III.19.8. Le premier verset qualifie l'incantation d'aiguisée tout en nommant le lien qui unit le prêtre à ses protecteurs. Le huitième libère une volée aiguisée par l'incantation. L'expression est passée de la propre parole du prêtre à l'arme projetée dans la bataille. Lisez III.1.6 à leurs côtés : cet hymne se conclut sur l'armée ennemie qui bat en retraite, et non sur la force aiguisée des alliés prenant son envol. La distinction met en évidence la construction positive de la puissance alliée dans III.19. Le déplacement de l'image de l'aiguisage fait de la parole sacerdotale un modèle pour le projectile ; le poème présente le discours des alliés comme un composant de l'armement.

Textes sources et études

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