LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Ces versets fournissent la formulation et la séquence examinées dans l'article ci-dessous.
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Pour la rétention du savoir sacré
Les trois fois sept qui vont et viennent, portant toutes les formes, que le seigneur de la parole m'attribue aujourd'hui leurs pouvoirs, [leurs] personnes (tanū́).
Reviens, seigneur de la parole, avec l'esprit divin; seigneur du bien, fais [qu'il] demeure (ni-ram); qu'en moi, qu'en ma personne soit ce qui est entendu.
Ici même, tends-toi, comme les deux extrémités de l'arc avec la corde; que le seigneur de la parole fixe fermement (ni-yam); qu'en moi, qu'en ma personne soit ce qui est entendu.
Invoqué est le seigneur de la parole; que sur nous le seigneur de la parole appelle; puissions-nous être unis à (sam-gam) ce qui est entendu; que je ne sois point séparé de ce qui est entendu.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.1 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Contre la jaunisse
Qu'ils s'élèvent tous deux vers le soleil, ta brûlure interne (-dyota) et ta jaunisse; avec la teinte du taureau rouge, nous t'enveloppons (pari-dhā).
Par des teintes rouges nous t'enveloppons, en vue d'une longue existence; afin que cet homme soit délivré de toute affection (-rápas), et qu'il ne devienne point jaune.
Ceux qui ont l'être rouge pour divinité, et les vaches qui sont rouges, forme après forme, vigueur (váyas) après vigueur, avec elles nous t'enveloppons.
Dans les perroquets, dans les ropaṇā́kas, nous transférons ta jaunisse; de même, dans les hā́ridravas, nous déposons ta jaunisse.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.22 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VII EN DÉTAIL
Pour le succès au sein de l'assemblée
Que l'assemblée (sabhā́) et le rassemblement (sámiti), les deux filles de Prajāpati, en parfait accord, me soient favorables ; que celui avec qui je me réunirai désire me venir en aide (? upa-çikṣ) ; puissé-je tenir des propos agréables parmi ceux qui se sont rassemblés, ô Pères.
Nous connaissons ton nom, ô assemblée ; en vérité, jeu (naríṣṭā) est ton nom ; quels que soient ceux qui siègent dans ton assemblée, qu'ils parlent d'une même voix avec moi.
De ceux qui siègent ensemble, je m'approprie l'éclat, le discernement (vijñā́na) ; de toute cette assemblée (saṁsád), fais de moi, ô Indra, le détenteur de la fortune (bhagín).
Votre esprit qui s'est égaré, qui est attaché ici ou là, nous le faisons revenir vers ce lieu ; qu'en moi repose votre esprit.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.12 (13) sur Wikisource ↗
La supplique inaugurale pour l'étude
I.1 et I.22 sont tous deux de courts poèmes du Livre I, pourtant leurs ressorts intimes s'écartent. L'appel pour l'étude exige la rétention des paroles reçues ; l'oraison corporelle envisage la métamorphose des manifestations jaunâtres. La seule numération des strophes ne saurait élucider de tels agencements. Ce qu'une courte pièce s'efforce de conserver ou de transmuter s'avère bien plus éclairant.
I.1 prie pour retenir la parole transmise ; I.22 convoque le jaune comme marque corporelle visible. Leur relative brièveté masque des mouvements internes opposés. L'un s'agrippe à la mémoire transmise, quand l'autre préfigure une mutation de l'apparence. La forme procède de ces verbes et de ces visions, et non du strict alignement des strophes.
L'appel lié à la carnation adopte une autre forme
Une composition concise peut poser un problème, apostropher son origine et courir promptement vers la délivrance espérée. I.1 emploie cette rapidité pour la remémoration, alors que I.22 la dédie à la couleur perceptible sur la peau. Leurs figures divergentes imposent des progressions dissemblables, en dépit d'une structure tout aussi condensée.
Comment les hymnes brefs dirigent l'attention
Dans I.1, la tension majeure réside dans l'ancrage intérieur du verbe. Dans I.22, elle repose sur l'effacement extérieur d'un symptôme flagrant. Lus ensemble, ils démontrent que « court hymne de l'Atharvaveda » désigne un format temporel, non un moule rituel ou dramatique figé. L'étroitesse du cadre exacerbe ces choix stylistiques. Le poète ne peut guère vagabonder ; un unique motif répété et une supplique précise suffisent à propulser l'ensemble de la composition.
VII.12 façonne une voix persuasive pour l'assemblée
I.1 et I.22 révèlent des litanies concises, mais VII.12 déploie une armature singulière en quatre strophes pour haranguer une assemblée. D'abord, le conseil et la foule sont appelés à se montrer bienveillants envers l'orateur. Puis l'orateur nomme l'assemblée pour chercher l'accord parmi ses membres. Le troisième verset réclame à Indra la clairvoyance et la chance émanant du public. Le quatrième tente d'attirer leurs esprits indécis vers la parole de l'orateur. Le passage de la bienvenue au contrôle persuasif dessine le véritable mouvement du poème.
Whitney remarque que les deux premières stances possèdent un équivalent dans la Pāippalāda dont les termes diffèrent notablement. Dans ce second verset alternatif, l'assemblée est mise en relation avec Sarasvatī et la beauté d'expression de ses membres, plutôt que sur leur parfaite adhésion aux thèses du suppliant. Il s'agit d'un glissement capital : l'attention peut s'éloigner de l'assentiment donné à un chef pour célébrer l'harmonie du verbe collectif. La pratique rituelle tardive dédiée aux joutes oratoires éclaire l'utilité de ce texte, mais ses variantes interdisent toute vision univoque de l'art de persuader.
La conclusion peut sembler moins harmonieuse que l'ouverture
La première strophe peut paraître comme un simple vœu d'accueil chaleureux et d'échanges amènes. Mais dès le verset 4, le locuteur commande aux consciences d'autrui de s'en remettre entièrement à la sienne. Whitney met en doute l'attache originelle de ce dernier verset au corps du texte. Cette faille a son importance, car un poème destiné à obtenir les faveurs de ses pairs peut vite muer en dispositif cherchant à asservir le jugement d'un auditoire au seul dessein d'un individu. Il convient de garder cette tension à l'esprit plutôt que de faire de cet hymne un banal manuel d'éloquence civique.
Le bénéfice associé concerne l'estime et l'éloquence persuasive devant l'assemblée, principalement appuyées sur les versets 1–3. Cette pratique en six étapes réservée aux membres est une composition symbolique moderne, et non la reconstitution archéologique d'une arène oratoire védique. Rapprocher cet hymne d'assemblée de l'oraison d'étude en I.1 et de la conjuration corporelle en I.22 offre un précieux enseignement de structure : des formes semblablement resserrées n'impliquent pas le même fil d'argumentation. Chaque charme doit se comprendre selon ses inflexions, ses destinataires et son but propre.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture commentée : les quatre charnières d'un charme d'assemblée
Approchez VII.12.1 comme un appel visant à rendre l'assemblée propice à l'orateur, puis le verset 2 comme une demande adressée aux personnes présentes. Le verset 3 prie Indra d'insuffler la clairvoyance et la puissance tirées de la réunion. Le verset 4 est plus incisif, obligeant les volontés extérieures à s'orienter vers l'orateur. Whitney soupçonne que ce dernier verset ne faisait pas partie des trois premiers à l'origine, et la Pāippalāda transforme les deux strophes liminaires. Mettez I.1 face à cette construction : sa requête obstinée tend à fixer le savoir, nullement à gouverner un auditoire. Ce parallèle prouve que les ruptures internes d'un charme de l'Atharvaveda importent bien plus qu'une étiquette commode comme celle de poème bref.
