LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE VII EN DÉTAIL
Prière à Dhātar pour obtenir des bénédictions
Que Dhātar nous dispense (dhā) des richesses, [lui] étant le maître (īç), seigneur de la création mouvante ; qu'il nous accorde la plénitude.
Que Dhātar accorde à son dévot une vie prolongée et inépuisable ; puissions-nous obtenir la faveur du dieu qui dispense tout.
Que Dhātar attribue tous les biens désirables au dévot désireux d'une descendance dans sa demeure ; que pour lui les dieux enveloppent l'immortalité (amṛ́ta), tous les dieux, Aditi, d'un commun accord.
Que Dhātar, Rāti, Savitar goûtent ceci, que Prajāpati, Agni notre seigneur des trésors le goûtent ; que Tvashṭar, Vishṇu, partageant (rā) de concert avec la descendance, octroient la richesse à celui qui sacrifie.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.17 (18) sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ
Invocation matinale à diverses divinités, en particulier Bhaga
Lire l'hymne comparatif III.16 (7 versets)
Tôt (prātár) nous invoquons Agni, tôt Indra, tôt Mitra et Varuṇa, tôt les (deux) Açvins, tôt Bhaga, Pūshan, Brahmaṇaspati, tôt Soma et Rudra, nous les appelons.
Le formidable Bhaga, conquérant dès l'aube, nous l'invoquons, le fils d'Aditi qui est le dispensateur (vidhartár), à qui quiconque s'estime faible [ou] fort, ⌊à qui le roi lui-même⌋ dit : « attribue-[moi] une part ».
Ô Bhaga, guide, Bhaga, toi aux dons véridiques, Bhaga, porte cette prière (dhī́) vers le haut en nous accordant tes dons ; ô Bhaga, fais-nous prospérer en bétail, en chevaux, ô Bhaga, en hommes, puissions-nous être riches en hommes.
Puissions-nous être fortunés (bhágavant) dès maintenant, ainsi qu'au déclin (? prapitvá) et au milieu des jours ; et, ô généreux, au lever du soleil, puissions-nous être dans la faveur des dieux.
Puisse le dieu Bhaga lui-même être fortuné ; grâce à lui puissions-nous être fortunés ; toi ici présent, Bhaga, je t'invoque tout entier ; veuille, ô Bhaga, être notre précurseur ici.
Les aurores s'inclinent (? sam-nam) devant le sacrifice (adhvará), tout comme Dadhikrāvan vers le lieu lumineux ; qu'elles m'amènent ici Bhaga, dispensateur de biens, comme de vigoureux (vājín) chevaux tirent un char.
Que d'admirables aurores, riches en chevaux, riches en bétail, riches en héros, brillent toujours pour nous, répandant (duh) le beurre clarifié, abreuvées de tous côtés : protégez-nous sans cesse par vos bienfaits.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.16 sur Wikisource ↗
Le dispensateur est désigné par un verbe
L'ouverture s'adresse à Dhātar en tant que maître de la création mouvante et lui demande d'attribuer pleinement la richesse. La récurrence sonore du nom de la divinité et du verbe désignant l'assignation fait de la distribution l'action centrale du poème. La richesse n'y est pas dépeinte comme une chose abandonnée sans maître dans la rue. Elle est octroyée par une puissance qui ordonne les êtres vivants. C'est pourquoi le bénéficiaire s'exprime comme un fidèle demandant à recevoir, plutôt que comme un propriétaire exigeant un résultat mécanique.
Whitney relève qu'une version apparentée du premier verset dans la Taittirīya Saṁhitā emploie une forme différente pour le don ainsi qu'un verbe final distinct. Le témoin Pāippalāda ne présente aucune variante dans ce verset. De menues nuances dans l'action verbale ont ici leur importance, car l'attribution constitue l'idée maîtresse du poème. Les témoins anciens ne se contentent pas de copier une devise pécuniaire figée ; ils modèlent la manière dont la dispensation divine est sollicitée.
La vie fait partie de la richesse demandée
Le verset 2 demande à Dhātar d'assigner une prolongation de vie qui ne s'épuise point, puis sollicite la faveur du dieu qui dispense tout. Sa place, située après la demande de richesse, modifie l'envergure du bienfait. Les ressources n'ont de valeur pour une maisonnée que si ses membres peuvent continuer à en jouir. Le poème ne sépare point commodément la santé, la durée de vie et les biens matériels en catégories modernes distinctes. Sa requête les unit dans un même avenir.
Les versions parallèles de ce verset dans d'autres recueils védiques font varier le terme qualifiant le dieu, oscillant entre générosité, vérité et ordre cosmique véritable. Ces divergences n'effacent point la prière pour la vie, mais elles modifient la caractérisation de la faveur divine. C'est précisément le genre de variante qu'un article d'histoire rituelle se doit d'exposer en langage courant. Le lecteur comprend ainsi pourquoi une même formule pouvait convenir à différents contextes, sans pour autant imaginer que tous les manuscrits énoncent rigoureusement la même chose.
La maison et sa descendance entrent en scène
Le verset 3 dispose les biens désirables dans la demeure d'un dévot en quête de progéniture. Il prie ensuite les dieux, avec Aditi, d'envelopper l'homme d'immortalité. Cette image confère à la dispensation une dimension bien supérieure à la simple acquisition d'objets. Elle entoure la maisonnée d'une continuité pérenne. La variante de la Pāippalāda oriente la troisième ligne vers l'enveloppement de la progéniture de l'homme, marquant une distinction concrète quant aux bénéficiaires directs de cette protection environnante.
Whitney rapporte des usages rituels ultérieurs de VII.17 pour l'obtention de tous les bienfaits souhaités et peut-être pour la naissance d'un fils, bien qu'il souligne que l'hymne lui-même n'apporte que peu d'éléments à l'appui de ce dernier usage. La mention de la descendance dans le verset justifie cette association, sans pour autant autoriser à considérer l'ensemble du poème comme une formule de procréation stricto sensu. Les données textuelles invitent à une conclusion plus sobre : la prospérité du foyer n'est qu'un volet d'une bénédiction bien plus vaste.
Un chœur final répartit l'acte de donner
Le dernier verset nomme Dhātar, Rāti, Savitar, Prajāpati, Agni, Tvaṣṭar et Viṣṇu autour de l'offrande et leur demande d'attribuer la richesse. Cette énumération démultiplie les puissances agissantes au lieu de confier l'intégralité de la dispensation au seul Dhātar. Whitney fait remarquer qu'un manuscrit Pāippalāda place Pūṣan là où se trouve Viṣṇu dans la recension de Śaunaka. L'identité d'une puissance contributrice peut ainsi varier sans que l'économie globale d'un don partagé en soit altérée.
Le bienfait associé, la richesse accordée par Dhātar, fait écho aux premier et dernier versets du poème ; la pratique rituelle réservée aux membres est une composition symbolique moderne originale. La comparaison avec III.16, où Bhaga dispense une part à l'aurore, met en lumière deux conceptions distinctes de la fortune : l'attribution par Dhātar et la part octroyée par Bhaga. VII.17 se révèle sous son jour le plus éloquent lorsqu'on l'aborde comme une supplique subtilement agencée pour la pérennité d'un foyer, et non comme une injonction générique ordonnant à l'argent d'apparaître.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture guidée : suivre le don à travers quatre versets
Lisez VII.17.1 pour la requête limpide demandant à Dhātar d'assigner la richesse. Au verset 2, remarquez l'élargissement à une prolongation de la vie ; au verset 3, repérez le foyer et la progéniture ; au verset 4, dénombrez les puissances additionnelles appelées à prendre part au don. Comparez ensuite avec III.16.2, où Bhaga est celui auprès de qui même un roi sollicite sa part. Le poème de Dhātar présente l'abondance comme une attribution ordonnée et soutenue par plusieurs puissances, tandis que l'invocation matinale de Bhaga met en scène une part convoitée par tous. Le bienfait de richesse associé est solidement étayé, mais cette progression démontre en quoi le texte originel surpasse un simple souhait d'ordre financier.
