LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Ces versets fournissent la formulation et la séquence examinées dans l'article ci-dessous.
ATHARVA-VEDA · LIVRE II À LA LOUPE
Contre les malédictions et leurs auteurs : avec une plante
Haïe du malheur, née des dieux, la plante qui efface la malédiction m'a lavé de tous les maléfices, comme l'eau emporte la souillure.
Aussi bien la malédiction d'un rival que la malédiction d'une sœur, tout ce qu'un prêtre (? brahmán) en fureur pourrait maudire, que tout cela [soit] sous nos pieds.
Depuis le ciel la racine s'est étendue vers le bas, depuis la terre vers le haut ; par elle, pourvue de mille nœuds (-kā́ṇḍa), protège-nous tout autour, de chaque côté.
Protège-moi tout autour, ainsi que ma lignée [et] les richesses qui sont nôtres ; que l'avare ne l'emporte (tṛ) pas sur nous ; que les conspirateurs hostiles ne l'emportent pas sur nous.
Lire le verset restant 1 de II.7
Que la malédiction retourne vers qui l'a proférée ; notre place est auprès de celui qui est bienveillant (suhā́rd) ; quant à l'enchanteur du regard (-mántra), à l'ennemi, nous lui brisons les côtes (pṛṣṭí).
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter II.7 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE IV EN LUMIÈRE
Contre la sorcellerie : à l'aide d'une plante
La même lumière qu'avec le soleil : la nuit possède la pareille avec le jour ; j'accomplis ce qui est efficace (satyá) pour porter secours ; que les ouvrières de sorcellerie soient vidées de toute sève.
Quiconque, ô dieux, ayant forgé un sortilège, le porte dans la demeure d'un ignorant, que ce sort, comme le veau au pis (dhārú) vers sa mère, retourne droit à lui.
Quiconque, ayant forgé le mal en sa demeure, désire frapper autrui par lui : d'innombrables pierres retentissent d'un grand fracas lorsqu'elle (la sorcellerie) est consumée.
Ô toi aux mille demeures (? -dhā́man), fais-les gésir (?) sans crête, sans cou ; renvoie la sorcellerie à celui qui l'a forgée, pareille à la bien-aimée (priyā́) retournant à son amant (priyā́vant).
Lire les 4 versets restants de IV.18
Moi, avec cette herbe, j'ai ruiné tous les sortilèges, celui qu'on a forgé dans le champ, celui qu'on a forgé dans les vaches ou dans tes hommes (púruṣa).
Celui qui a œuvré n'a pas été capable d'achever ; il s'est brisé (çṛ) un pied, un doigt ; il a fait ce qui nous est profitable, mais pour lui-même une brûlure (tápana).
Que la nettoyeuse efface le kṣetriyá et toute malédiction présente ; qu'elle balaye, en vérité, les sorcières, qu'elle efface toutes les harpies.
Ayant balayé les sorciers, effacé toutes les harpies, ô purificatrice, avec toi nous effaçons tout cela.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire IV.18 sur Wikisource ↗
Une plante alliée et un mal retourné
Le verset donne à l'infortune un destinataire ou une image concrète plutôt que de laisser l'angoisse sans contours. Le poème parvient à rendre la peur dicible sans pour autant prouver qui aurait causé le revers, si tant est que quelqu'un l'ait causé. II.7 recourt à une plante, tandis qu'IV.18 inverse la trajectoire imaginée du tort.
II.7 sollicite une plante pour faire face aux paroles ennemies, tandis qu'IV.18 imagine l'œuvre nuisible retournant vers sa source. Le premier poème s'adjoint un allié ; le second inverse un parcours. La différence d'orientation est si nette qu'un terme générique comme « contre-malédiction » peine à la circonscrire.
Comment un contre-sort change de direction
Tous deux permettent de verbaliser le péril, mais l'un met l'accent sur un allié végétal protecteur tandis que l'autre renvoie la menace d'où elle vient. Dès lors que le danger est nommé, le verset peut le repousser, le renvoyer ou réclamer un appui pour s'en préserver. Qualifier chaque passage de sortilège de protection efface la spécificité de la menace prise en compte. Le premier offre un allié ; le second réoriente le mouvement. Ce sont deux réponses concurrentes face à une même anxiété définie.
Le II.7 aux côtés du IV.18
La comparaison entre II.7 et IV.18 révèle deux logiques narratives distinctes plutôt qu'un contre-sort universel. Le verset voisin peut répondre à un présage redouté plutôt qu'au même agent hostile. Faire varier la menace modifie également la relation instaurée par le poème entre la peur et l'apaisement.
La plante lave, abaisse, encercle et retourne
II.7 présente en lui-même plusieurs gestes défensifs. Le verset 1 imagine la plante lavant les malédictions comme l'eau emporte la souillure. Le verset 2 foule aux pieds les imprécations émanant d'un rival, d'une proche parente ou d'un prêtre en colère. Le verset 3 ancre la plante entre ciel et terre et implore ses mille nœuds d'assurer une protection complète ; le verset 4 y associe la descendance et les biens. Ce n'est qu'au verset 5 que la malédiction est renvoyée à son auteur. Le contraste classique entre recours aux plantes et renvoi du sort est pertinent pour marquer une divergence d'accentuation, mais II.7 intègre lui-même le renvoi comme étape de son déroulement. Whitney précise que l'hymne est absent de la recension Pāippalāda, et l'identification exacte de la plante relève du commentateur plutôt que du verset seul.
Le IV.18 donne une trame au retour
Dans IV.18.2, un acte de sorcellerie déposé dans une maison à son insu reçoit l'ordre de retourner vers son créateur comme un veau à la mamelle va vers sa mère. Le verset 4 remplace cette analogie par celle d'une amante rejoignant son amant. Ces deux métaphores posent le retour comme la reconnaissance d'une origine intime, bien que la personne qui parle n'apporte aucune preuve sur l'identité de l'artisan du mal. Le verset 5 élargit les soupçons aux champs, au bétail et aux gens ; le verset 6 proclame l'échec de l'agresseur. Cette progression est plus complexe que le bref ordre de II.7.5 enjoignant à la malédiction de refluer sur qui l'a proférée. Whitney signale dans la recension Pāippalāda l'inversion des cinquième et sixième versets d'IV.18, ainsi qu'une incertitude sur les pierres et le feu au verset 3. Les limites de ces témoignages textuels comptent bien davantage que les tentatives contemporaines de reconstituer une procédure de contre-sort.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture suivie : II.7 en regard de IV.18
II.7 fait appel à une plante contre les paroles hostiles. IV.18 se représente un acte menaçant qui reflue vers son point de départ. L'un use d'un allié, l'autre d'un retournement de trajectoire. La plante demeure auprès de la personne menacée dans un poème ; dans l'autre, l'agression est conçue comme une force qu'il est possible de retourner. Ce sont là des représentations poétiques de la sécurité, non des attestations qu'un voisin en particulier aurait causé un tort ; le mouvement imaginé est précisément ce qui donne sa singularité à chaque texte.
