LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Pour le triomphe d'un chef: au moyen d'une amulette
Avec une amulette (maṇí) roulant par-dessus, par laquelle Indra s'est accru, avec celle-ci, ô Brahmaṇaspati, fais-nous croître vers la royauté (rāṣṭrá).
Roulant par-dessus nos rivaux, par-dessus ceux qui se montrent avares à notre égard, foule aux pieds quiconque combat, quiconque nous outrage (durasy-).
C'est toi que le dieu Savitar, que Soma a fait grandir; c'est toi que toutes les existences (bhūtá) [ont fait grandir], afin que tu roules par-dessus.
Que l'amulette qui roule par-dessus, triomphe et détruit les rivaux soit attachée sur moi pour la royauté, pour l'anéantissement (parābhū́) des rivaux.
Lire les 2 versets restants de I.29
S'est élevé ce soleil là-bas, s'est élevée cette formule (vácas) mienne, afin que je sois le pourfendeur des ennemis, sans rivaux, pourfendeur de rivaux.
Taureau pourfendeur de rivaux, conquérant la royauté, dominateur, afin que j'exerce l'autorité sur ces héros et sur le peuple (jána).
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.29 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ
Pour introniser un roi
Lire l'hymne comparatif III.4 (7 versets)
À toi est échu le royaume ; lève-toi avec éclat ; [comme] seigneur du peuple (víças), souverain unique, exerce l'autorité (vi-rāj) ; que toutes les directions fassent appel à toi, ô roi ; deviens ici l'objet de la déférence, du respect.
Que le peuple (víças) te choisisse pour la royauté (rājyà), ainsi que ces cinq directions divines ; repose (çri) au faîte du pouvoir royal, à son sommet (kakúd) ; et de là, redoutable, dispense-nous les bienfaits.
Que tes pairs viennent à toi en [t']appelant ; Agni marchera comme un prompt messager ; que les épouses, que les fils soient bienveillants ; toi, redoutable, tu verras affluer (prati-paç) un abondant tribut.
Que les (deux) Açvins en premier, que Mitra et Varuṇa tous deux, que tous les dieux, que les Maruts t'appellent ; tourne (kṛ) alors ton esprit vers l'octroi de bienfaits ; et de là, redoutable, dispense-nous les bienfaits.
Accours ici depuis les lointains les plus reculés ; que le ciel et la terre te soient tous deux propices ; ainsi parle ici le roi Varuṇa ; c'est lui qui t'a appelé ici ; ⌊c'est pourquoi (sá)⌋ viens en ce lieu.
Tel un Indra humain, mets-toi en route ; car tu as trouvé accord (sam-jñā) et harmonie avec les castes (?) ; il t'a appelé ici en son propre rang ; il offrira des sacrifices aux dieux et il organisera le peuple (víças).
Les routes prospères, aux formes infiniment variées, réunies en un tout, t'ont ouvert un large chemin ; qu'elles t'appellent toutes d'un commun accord ; jusqu'à la dixième [décennie de la vie], demeure ici redoutable et bienveillant.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.4 sur Wikisource ↗
Un terme lié à la roue porte l'argument
La description répétée de l'amulette comme passant sur les obstacles donne au poème son centre dynamique. Au verset 1, l'orateur rappelle la grandeur grandissante d'Indra et demande à Brahmaṇaspati d'accroître les prétentions du porteur de l'amulette à la royauté. Le verset 2 donne ensuite une direction au mouvement : le porteur doit rouler sur ses rivaux et piétiner le combattant qui résiste. Il ne s'agit pas d'un vœu de chance invisible. L'image fonctionne parce qu'une roue traverse un espace disputé et laisse l'opposition écrasée sous elle. La mention par Whitney d'une amulette ultérieure en jante de char rend l'image particulièrement saisissante, bien que l'application du manuel rituel ne doive pas être prise pour une transcription fidèle de la première récitation du poème.
Les dieux confèrent l'autorité à un objet de pouvoir
Le verset 3 nomme Savitar, Soma et tous les êtres comme les agents ayant accru la puissance de l'amulette. L'objet est appelé à porter une force qui dépasse sa matérialité. Le quatrième verset demande explicitement qu'elle soit liée sur l'orateur pour la royauté et pour la chute des rivaux. Ce quatrième verset est absent des parallèles du Rigveda et du Pāippalāda, selon Whitney. Cette absence est significative : la version de Śaunaka rend l'objet porté et son objectif politique singulièrement directs. Les autres témoins textuels montrent que la séquence familière de six versets n'a pas été simplement copiée telle quelle partout.
Le soleil s'élève; la voix s'élève
Le verset 5 associe le lever du soleil à l'élévation de la parole de l'orateur. Ce moment déplace l'enjeu d'une chose portée sur le corps vers une voix publique affirmant son ascendant. Le verset de clôture imagine un taureau capable de conquérir le pouvoir sur les héros et le peuple. Pris ensemble, les versets progressent d'un objet vers l'assentiment divin, puis vers l'affirmation verbale et enfin vers le gouvernement d'une population. Parler de « rivaux politiques » constitue un raccourci moderne acceptable, mais l'échelle réelle du poème est l'instauration ou la restauration d'un souverain. Il traite du kṣatra et du peuple, et non d'une querelle privée au travail.
La restauration diffère de la désignation
Atharvaveda III.4, qui offre une comparaison utile, demande au peuple et aux orients d'appeler ou de choisir un roi, puis l'imagine distribuant des biens depuis le sommet du pouvoir. I.29 se concentre au contraire sur la supériorité du porteur face à la résistance. Même les mots qui passent dans le Rigveda ne conservent pas toujours une forme identique : Whitney relève des modifications du verbe décrivant l'action d'écraser sous les roues dans les parallèles de I.29, et le verset 4 est absent. Cette variation invite à ne pas considérer chaque formule comme un manuel royal immuable. Les poèmes révèlent des angoisses complémentaires, l'une portant sur l'écrasement des rivaux et l'autre sur l'obtention de la reconnaissance et sur les devoirs du pouvoir.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lire l'amulette aux côtés du roi choisi
Placez I.29.2 aux côtés de III.4.2. Le premier demande à l'amulette de piétiner quiconque combat ; le second demande au peuple de choisir le souverain et au souverain de partager les biens. Tous deux recherchent une autorité stable, mais imaginent des voies différentes pour l'atteindre. Le premier met en scène la victoire sur les prétendants rivaux. Le second met en scène le consentement et la redistribution. L'image finale du taureau dans I.29 étend la prétention à la fois sur les fidèles héroïques et sur le peuple au sens large. Ce contraste explique pourquoi réduire I.29 à une simple « victoire sur des concurrents » fait perdre toute la force de son cadre royal.
