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Rituels, significations et traditions magiques

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Histoire de l'imprimé des grimoires français · Wellcome b33030169

Pourquoi la date de « 1521 » du Grand Grimoire n'est pas sa date de publication

Ouvrages de référence indigo, une page vierge ouverte et une loupe.

La date d'édition de 1521 du Grand Grimoire ne résiste pas à la comparaison avec la Wellcome, la BnF, les premiers témoins, les variations de titres et les éditions du XIXe siècle.

Page de titre du Véritable Dragon Rouge imprimée en rouge et noir avec la date 1521
La fausse page de titre de « 1521 », numérisation Wellcome 5. Wellcome Collection, marque du domaine public. Consulter le volume numérisé.

La date la plus frappante de l'exemplaire de la Wellcome est aussi celle dont un lecteur doit le plus se méfier. Sa page de titre affiche 1521; la notice de la bibliothèque propose entre crochets une date probable du XIXe siècle.

Mention imprimée
1521 sur la page de titre
Estimation de la Wellcome
[1521 [c.-à-d. 1850 ?]
Témoin daté postérieur
Paris, V. Goupy, 1873

La fausse date participe à la revendication d'autorité de l'ouvrage

La page de titre de la Wellcome place 1521 sous un titre imprimé en rouge et noir. Le catalogue indique plutôt « [Paris?] : [éditeur non identifié], [1521 [c.-à-d. 1850?] » et décrit deux feuillets non chiffrés, 108 pages, un frontispice et des gravures sur bois dans un petit volume in-douze. Ces deux dates ne remplissent pas le même rôle. Vers 1850 représente l'estimation prudente de la bibliothèque pour l'objet parvenu jusqu'à nous; 1521 fait partie de la façon dont l'objet se met en scène lui-même.

Cette mise en scène se poursuit à l'intérieur. Le premier chapitre affirme que ce petit livre condense la substance de plus de vingt volumes ardus, puis prétend descendre d'écrits authentiques de Salomon découverts par hasard. Il attribue le commandement des esprits à un talisman ou « clavicule » et décrit une baguette foudroyante employée pour la première fois par Dieu contre les anges rebelles. Roi légendaire de l'Antiquité, bibliothèque dissimulée, arme divine et date reculée s'accumulent avant même que ne commence le dialogue central. La fausse date d'édition n'est donc pas une coquille isolée au bas d'une page de titre. Elle est l'un des rouages d'un dispositif littéraire plus vaste qui transforme un imprimé récent et bon marché en prétendu vestige d'une autorité primordiale.

Deux livres répètent et accentuent le même problème dramatique

Le témoin de la Wellcome est structuré comme bien plus qu'une simple liste de noms d'esprits. Son premier livre part de revendications d'une transmission salomonienne pour passer aux préparatifs, aux offrandes, aux prières, à une succession de trois appels adressés à l'empereur Lucifer, à l'apparition de Lucifugé Rofocale, à une requête, une réponse, une convention, la découverte du trésor, le renvoi et l'action de grâces. Cette progression fait alterner objets, paroles et conséquences exposées. Chaque étape vise à parer au moment critique où la confrontation imaginée pourrait échouer.

Un second livre s'ouvre sous le titre de Sanctum Regum et se qualifie de « vraie manière de faire les pactes ». Il réexpose la hiérarchie infernale, assigne des fonctions aux figures dirigeantes et subalternes, puis fournit un modèle d'échange. Cette répétition relève d'un choix éditorial plutôt que d'un accident. Le premier livre met en scène une opération détaillée; le second formalise sa logique de négociation sous la forme d'un modèle de contrat réutilisable. Le lecteur aborde l'intrigue une première fois sous forme d'un récit d'appels graduels, puis une seconde fois comme un système méthodique de fonctions, de réponses et d'obligations.

La hiérarchie achemine la demande à travers des charges déléguées

Le second livre place Lucifer, Belzébuth et Astaroth au sommet, puis cite six officiers supérieurs: Lucifugé Rofocale, Satanachia, Agaliarept, Fleurety, Sargatanas et Nébiros. Dix-huit autres noms sont répartis trois par trois sous l'autorité de ces officiers. Le texte précise qu'une personne concluant un pacte avec l'un des principaux chefs doit demander à l'un des trois subordonnés de la servir. Cette liste fonctionne dès lors comme un tableau d'attribution. Le rang détermine quel personnage autorise la rencontre, quel officier détient un champ d'action et quel subordonné est supposé exécuter la tâche.

Lucifugé est expressément le premier ministre préposé aux richesses et aux trésors; il ne s'agit pas d'une autre graphie de Lucifer. Le modèle d'appel s'adresse d'abord à Lucifer comme empereur, invoque Belzébuth et Astaroth comme puissances supérieures, et appelle seulement ensuite Lucifugé à paraître. Cet enchaînement syntaxique maintient les figures distinctes, même lorsque des caractères typographiques usés et une orthographe flottante rendent la page difficile à déchiffrer. Le pacte décrit dans l'ouvrage repose sur cette nuance: l'autorité est sollicitée auprès des souverains et négociée avec le ministre.

Comparaison approfondie : requête, refus et contre-proposition

Le premier livre accentue la pression par trois appels à Lucifer et avertit que d'autres esprits supérieurs forceront l'obéissance. Dans le second livre, la « grande interpellation » condense cette montée en puissance en une seule tirade: Lucifer est prié de favoriser l'entreprise, Belzébuth de la protéger, Astaroth d'y prêter son concours et Lucifugé de paraître. Cette évolution révèle la logique interne du texte. Les noms sacrés et les rangs supérieurs ne constituent pas un simple décor; ils sont présentés comme des clauses d'exécution qui transmettent la demande vers le bas de la hiérarchie.

Le dialogue qui s'ensuit est conçu comme une véritable négociation. L'interlocuteur humain exige des richesses immédiates. Lucifugé réplique en réclamant des droits sur son corps et son âme pour vingt ans. Un pacte écrit est proposé, rejeté, puis suivi d'un nouvel appel comminatoire. Lucifugé revient alors avec des contre-propositions plus mesurées: un trésor proche, une redevance périodique dédiée, une limite au nombre de fois où il peut être mandé et la même sanction de vingt ans en cas de manquement. L'opérateur n'accepte qu'à la condition que le trésor lui soit montré sur-le-champ. Aucun des deux partis ne se contente d'obtempérer. Chaque réponse modifie le prix, les délais, l'accès ou les garanties d'exécution.

La formule aux allures de manuscrit devient un accessoire matériel au sein de la scène imprimée. Le pacte est signé, jeté vers l'esprit, déposé plus tard sur le trésor et garanti par la baguette ainsi que par les paroles de la clavicule. La séquence se termine par un renvoi et une action de grâces, comme si le livre devait clore le contrat avec autant de soin qu'il l'avait ouvert. Ce passage élaboré explique pourquoi le Grand Grimoire se distingue d'un simple catalogue de démons: son élément central est un échange hostile dont l'ouvrage écrit minutieusement les répliques pour les deux protagonistes.

L'évolution des éditions modifie le cadre entourant ce pacte

La BnF conserve un Grand Grimoire de quatre-vingt-quatre pages sous la date de 1702, doté d'une page de titre anonyme et d'un premier chapitre signé « Antonio Venitiana del Rabina ». Mme Papot-Libéral ne relève aucune identité distincte pour ce signataire et considère ce nom comme probablement pseudonyme; certains témoins lui substituent le « Dr. J. Karter » tout en conservant une grande partie du texte environnant. Ce nom instable correspond davantage au rôle de garant d'autorité attribué à ce chapitre qu'à un véritable auteur moderne documenté.

L'exemplaire de la Wellcome fait figurer La poule noire à la suite des textes du Dragon Rouge, avec un nouvel intitulé et une gravure de poule à la page numérotée 103. L'édition Goupy de 1873 à la BnF rassemble de nouveau ces ouvrages et promet encore d'autres « secrets ». Ce regroupement modifie la nature de la promesse faite par l'ouvrage: le récit de pacte visant l'obtention d'un pouvoir infernal délégué devient une curiosité parmi d'autres au sein d'une anthologie commerciale plus large traitant de trésors, d'invisibilité, de loterie et de révélations divinatoires. La Poule noire ajoutée à la suite reste une œuvre distincte, et le Grimorium Verum relève d'une tradition bibliographique à part. Les recoupements de couvertures et les dénominations commerciales ne doivent pas dissimuler ces délimitations internes.

L'étude de Mme Papot-Libéral situe la tradition du Dragon Rouge vers la fin du XVIIIe ou le début du XIXe siècle et montre qu'elle était connue dès 1818; elle signale aussi des témoins du XIXe siècle datés de 1823 et 1838. Cette reconstitution et la datation de la Wellcome vers -1850 s'accordent mieux avec les recompositions successives du texte qu'avec une hypothétique édition unique et immuable issue de 1521. Les exemplaires parvenus jusqu'à nous montrent une courte mise en scène de pacte rebaptisée, augmentée et vendue à maintes reprises aux côtés de textes inédits.

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