LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE VI EN DÉTAIL
Pour contraindre l'amour d'une femme
Nyastikā́, tu as grandi, toi qui fais ma bonne fortune ; cent [sont] tes pousses qui s'étirent au loin, trente-trois tes pousses qui descendent. Avec cette [herbe] aux mille feuilles, je dessèche ton cœur.
Que ton cœur se dessèche pour moi, puis que [ta] bouche se dessèche ; alors dessèche-toi en m'aimant ; va donc la bouche sèche.
Conciliatrice, éveilleuse d'amour (?), ô toi, brune et belle, rapproche-nous ; rapproche à la fois cette femme-là et moi ; rends [nos] cœurs semblables.
Comme la bouche de celui qui n'a pas bu d'eau se dessèche, ainsi dessèche-toi en m'aimant, puis va la bouche sèche.
Lire le verset restant 1 de VI.139
Comme une mangouste, après l'avoir mis en pièces, réunit à nouveau un serpent, ainsi, ô [herbe] puissante, réunis ce que l'amour a séparé.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.139 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE I ÉGALEMENT CITÉ
Un sortilège d'amour : avec une herbe douce
Lire l'hymne comparatif I.34 (5 versets)
Cette plante est née du miel (mádhu-) ; avec du miel nous te déterrons ; c'est du miel que tu es engendrée ; ⌊ainsi⌋ fais que nous soyons pourvus de miel.
Au bout de ma langue le miel, à la racine de ma langue la douceur du miel ; puisses-tu être tout entière sous mon pouvoir (krátu), puisses-tu adhérer à mon dessein (cittá).
Empreinte de miel (mádhumant) [est] mon entrée, empreinte de miel ma sortie ; de ma voix je dis ce qui est miellé ; puissé-je être à l'image du miel.
Plus doux que le miel suis-je (mádhu), plus miellé que la plante à miel ; de moi en vérité tu seras éprise (? van), comme d'une branche chargée de miel.
Autour de toi avec une canne à sucre enlacée (paritatnú) j'ai marché, afin d'écarter toute haine mutuelle ; pour que tu sois celle qui m'aime, pour que tu sois celle qui ne s'éloigne pas de moi.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.34 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VII ÉGALEMENT CITÉ
Contre les mauvais songes
Lire l'hymne de comparaison VII.100 (105) (1 verset)
Je me détourne du songe mauvais, du songe néfaste, de l'échec (ábhūti) ; j'érige le bráhman en mon rempart intérieur ; j'écarte les souffrances qui empruntent l'apparence des songes.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.100 (105) sur Wikisource ↗
Le goût de VI.139 est la sécheresse
La plante aux multiples feuilles de VI.139 est invoquée afin d'assécher le cœur d'une femme convoitée. Sa bouche, elle aussi, doit se dessécher pendant qu'elle erre sur les pas du locuteur. Le vers 4 accentue la comparaison avec une personne privée d'eau. Les images sont cohérentes et rudes ; elles font de l'inconfort le moteur de l'attachement. Le vers 3 recherche un cœur partagé et le vers 5 dépeint l'union de ce qui était séparé, mais cette issue désirée n'efface pas les moyens employés. Interpréter cela comme un songe agréable détacherait l'image de l'union finale de l'épreuve physique décrite par le poème. Il n'existe dans l'hymne aucun terme désignant le sommeil, un songe agréable ou une scène dont la femme profiterait dans son lit.
Le miel appartient à une autre logique amoureuse
I.34 invoque de façon répétée le miel et la douceur, les déposant sur la langue du locuteur et les étendant à sa voix, à ses gestes et à son apparence. Cette formulation est sans doute plus proche de ce qu'un lecteur moderne qualifie de douce romance. Pourtant, il s'agit d'une supplique destinée à rendre le requérant aimable dans les relations sociales de l'état de veille, assortie du souhait que la personne désirée ne s'éloigne pas. Ce miel n'adoucit pas une vision de sommeil. Lu en regard de VI.139, I.34 montre que le recueil sait concevoir l'attirance à travers une présentation de soi séduisante aussi bien qu'à travers le tourment d'un tiers. Il ne faut pas fondre ces deux voies rhétoriques en un unique sortilège ancien et bienveillant sous prétexte qu'elles touchent toutes deux à l'amour.
Le texte onirique réel conjure les tourments
VII.100 (105) consiste en une supplique visant à écarter les cauchemars, l'infortune et les souffrances semblables aux mauvais rêves. Il ne crée pas un beau rêve pour remplacer le mauvais, et encore moins pour y placer une personne précise. Son action est défensive et orientée vers le soulagement du locuteur. La présence de ce court hymne est précieuse justement parce qu'elle met en garde contre les amalgames faciles : le recueil connaît parfaitement les rêves, mais le passage sur le sommeil ne dit rien de ce qu'exige le bénéfice moderne. VI.139 ne mentionne pas le sommeil ; I.34 ne mentionne pas le sommeil ; VII.100 ne mentionne pas de rendez-vous amoureux. Extraire un nom séduisant de chacun aboutirait à fabriquer un texte inédit qu'aucun des trois ne conserve.
Le Doux Rêve est de composition récente
« Faire en sorte qu'une personne ciblée me voie dans un songe agréable » et Le Doux Songe sont des créations modernes. Leur promesse ne figure ni dans les hymnes à la plante, ni dans ceux au miel, ni dans ceux aux mauvais rêves. Cette nouvelle image peut servir de métaphore littéraire pour espérer qu'une affection soit bien accueillie, mais elle ne saurait être présentée comme un procédé antique pour orienter le sommeil d'autrui. Le souvenir d'un rêve ne prouve pas qu'une action extérieure en soit la cause, ni que le rêveur désire une relation. L'éclairage historique pertinent est plus subtil : la douceur dans I.34 qualifie la présence du locuteur, la soif dans VI.139 tourmente le corps de l'autre, et VII.100 s'efforce d'éloigner l'angoisse de son propre sommeil.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Éprouver le mot doux au regard de chaque vers
Mettez en regard la bouche sèche et privée d'eau de VI.139.4 et la langue de miel de I.34. L'une des métaphores prive la femme désirée ; l'autre nappe de douceur les paroles du requérant. Lisez ensuite l'unique vers de VII.100 (105), où les mauvais rêves sont chassés plutôt que transformés en songes agréables. L'expression moderne de doux songe emprunte la saveur d'un hymne et le décor nocturne d'un autre, tout en s'attribuant VI.139 comme point d'ancrage. Cette confrontation montre précisément où l'association devient inédite, et pourquoi le tourment présent dans le charme végétal doit rester bien visible.
