LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
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ATHARVAVEDA · LIVRE X EN DÉTAIL
Avec une amulette
La tête du cousin avare (arātīyú), de l'ennemi au cœur mauvais, je la tranche avec force.
Cette amulette, née du soc de la charrue, me servira de protection (várman) ; elle est venue à moi emplie de bouillie, de sève, avec splendeur.
Puisque l'habile artisan (tákṣan) t'a façonné de sa main avec une lame, que de cela les eaux vives et pures (çúci) te purifient, toi qui es pur.
Que cette amulette parée de guirlandes d'or, dispensant (dhā) la foi, le sacrifice, la grandeur, demeure en hôte dans notre maison.
Lire les 31 versets restants de X.6
À elle nous distribuons (kṣad) ghee, boisson forte, miel, aliment après aliment ; pour nous, comme un père pour ses fils, qu'elle procure (cikits-) le meilleur et le meilleur encore, toujours plus, jour après jour : l'amulette, issue des dieux.
Cette amulette, ce soc de charrue, dégoulinant de ghee, redoutable khadirá, que Brihaspati a liée en vue de la force : voilà ce qu'Agni a attaché ; elle lui procure (duh) du beurre sacrificiel, toujours plus, jour après jour ; avec cela, massacre tes ennemis.
Cette amulette, etc. etc. : voilà ce qu'Indra a attaché, en vue de la force, de l'héroïsme ; elle lui procure de la puissance, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette, etc. etc. : voilà ce que Soma a attaché, en vue d'une ouïe (çrótra) [et] d'une vue (cákṣas) supérieures ; elle lui procure de la splendeur, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette, etc. etc. : voilà ce que le soleil a attaché ; avec elle il a conquis ces contrées ; elle lui procure la prospérité (bhū́ti), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette, etc. etc. : portant cette amulette, la lune a conquis les forteresses des Asuras, les [forteresses] d'or des Dānavas ; elle lui procure la fortune, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, elle lui procure la vigueur (vā́jina), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, avec cette amulette les Açvins défendent ce labourage (kṛṣí) ; elle procure aux deux médecins la grandeur, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, Savitar, portant cette amulette, a conquis par elle ce ciel (svàr) ; elle lui procure la grâce féconde (sūnṛ́tā), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, portant cette amulette les eaux coulent à jamais inépuisées ; elle leur procure l'immortalité (amṛ́ta), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, cette amulette salutaire, le roi Varuṇa l'a attachée ; elle lui procure la vérité, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, portant cette amulette, les dieux ont conquis par le combat tous les mondes ; elle leur procure la conquête, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, cette amulette salutaire, les déités ici présentes l'ont attachée ; elle leur procure toute chose, toujours plus, etc. etc.
Les saisons l'ont liée ; ceux des saisons l'ont liée ; l'année, l'ayant liée, défend toute l'existence.
Les points intermédiaires l'ont liée ; les directions l'ont liée ; l'amulette créée par Prajāpati a placé mes ennemis au-dessous de moi (ádhara).
Les Atharvans l'ont liée ; les descendants d'Atharvan l'ont liée ; alliés (medín) à eux, les An̄girases ont brisé les forteresses des barbares ; avec elle, massacre tes ennemis.
Dhātar l'a attachée ; il a ordonné (vi-kḷp) [toute] l'existence ; avec elle, massacre tes ennemis.
Cette [amulette] que Brihaspati a liée pour les dieux, perte pour les Asuras : cette amulette est venue ici à moi, avec la sève, avec la splendeur.
Cette [amulette] etc. etc., avec les vaches, avec les chèvres et les brebis, avec la nourriture, avec la descendance.
Cette [amulette] etc. etc., avec le riz et l'orge, avec la grandeur, la prospérité.
Cette [amulette] etc. etc., avec un flot de miel, de ghee, avec la douce boisson : l'amulette.
Cette [amulette] etc. etc., avec le rafraîchissement, avec le lait, avec les biens, avec la fortune.
Cette [amulette] etc. etc., avec l'éclat, avec la brillance, avec la gloire, avec le renom.
Cette [amulette] etc. etc., avec toutes les floraisons.
Que les déités me donnent ici cette amulette en vue de la prospérité : l'amulette souveraine, qui accroît l'autorité et terrasse les rivaux.
Avec le bráhman, avec la clarté, j'attache sur moi la bienfaisante ; exempte de rivaux, destructrice de rivaux, elle a mis mes adversaires sous mes pieds.
Que cette amulette née des dieux me rende supérieur à mon ennemi ; celle dont les trois mondes vénèrent le lait extrait, que cette amulette monte ici sur moi, pour la suprématie, à la tête.
Ce dont les dieux, les Pères, les hommes se nourrissent sans cesse, que cette amulette monte ici sur moi, pour la suprématie, à la tête.
Comme la semence dans un champ cultivé (urvárā) grandit là où passe le soc, qu'en moi croissent descendance, bétail et subsistance après subsistance.
Sur celui à qui je t'ai attachée, propice, ô amulette qui accroît le sacrifice, ranime-le vers la suprématie, ô amulette aux cent présents sacrificiels.
Ce combustible disposé en commun, ô Agni, savoure-le et accueille-le par des oblations ; puissions-nous trouver en lui faveur, bien-être, descendance, vue, bétail, en Jātavedas embrasé par le culte (bráhman).
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire X.6 sur Wikisource ↗
ATHARVA-VÉDA · LIVRE X ÉGALEMENT CITÉ
Avec une amulette de varaṇá
Lire l'hymne de comparaison X.3 (25 versets)
Ce varaṇá [est] mon amulette virile (vṛ́ṣan), qui détruit mes rivaux ; avec elle, saisis tes ennemis, abats ceux qui te nuisent (durasy-).
Écrase-les, abats-les, saisis-les ; que l'amulette marche en précurseur à ta tête ; par le varaṇá, les dieux repoussèrent la pratique hostile (abhyācārá) des Asuras d'un jour à l'autre.
Cette amulette, le varaṇá, panacée souveraine, aux mille yeux, jaune, dorée, elle précipitera tes ennemis vers le bas ; à leur tête, frappe ceux qui te haïssent.
Ce varaṇá [repoussera] la sorcellerie déployée contre toi ; il te préservera de l'effroi causé par les hommes, il te gardera de tout mal.
Le varaṇá, cet arbre divin de la forêt, repoussera le péril ; le yákṣma qui a pénétré en cet homme, voilà ce que les dieux ont écarté.
Si, endormi, tu fais un mauvais rêve ; si une bête fauve (mṛgá) suit une course néfaste ; contre l'éternuement excessif (? pari-), contre le cri funeste d'un oiseau (çakúni), cette amulette, le varaṇá, te protègera.
De l'avare, de la perdition, de la sorcellerie, de la peur également, et de l'arme mortelle et acharnée du trépas, le varaṇá te protégera.
La faute commise par ma mère, celle de mon père, celle de mes propres frères, celle que nous avons commise nous-mêmes, de tout cela cet arbre divin de la forêt nous protégera.
Chassés (vyath) par le varaṇá, mes ennemis (bhrā́tṛvya) [issus de mes] proches sont partis vers l'espace (rájas) sans lumière (? asū́rta) ; qu'ils aillent dans les ténèbres les plus profondes.
Indemne [suis]-je, possédant des vaches indemnes, doté d'une longue vie, entouré de tous mes hommes ; que cette amulette, le varaṇá, me garde ainsi préservé de tous les orients.
Ce varaṇá sur ma poitrine, souverain, arbre divin de la forêt, qu'il repousse (bādh) mes ennemis, comme Indra repoussa les barbares, les Asuras.
Je porte ce varaṇá en vivant de longs jours, jusqu'à cent automnes ; puisse-t-il m'accorder à la fois la royauté et l'autorité, me dispenser le bétail et la puissance.
Comme le vent brise avec force les arbres, les arbres de la forêt, brise ainsi mes rivaux, ceux qui sont nés avant et ceux d'après ; que le varaṇá te défende.
Comme le vent et le feu dévorent (psā) tous deux les arbres, les arbres de la forêt, dévore ainsi mes rivaux, ceux qui sont nés, etc. etc.
Comme, abattus par le vent, les arbres gisent à terre (nyàrpita), abats de même et renverse mes rivaux, ceux qui sont nés, etc. etc.
Tranche-les (pra-chid), ô varaṇá, avant l'heure fixée (diṣṭá), avant [le terme de] leur existence, eux qui s'efforcent de lui nuire quant à son bétail, et qui complotent d'abattre sa royauté.
Comme le soleil brille d'un vif éclat, comme en lui réside la splendeur, qu'ainsi l'amulette de varaṇá fixe (ni-yam) en moi le renom [et] la prospérité ; qu'elle m'arrose d'éclat ; qu'elle m'oigne de gloire.
Comme la gloire [est] dans la lune et dans l'Āditya contemplant les hommes, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Comme la gloire [est] sur la terre, comme elle réside en ce Jātavedas, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Comme la splendeur [est] chez la jeune fille, comme elle réside en ce char façonné (sámbhṛta), qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Comme la gloire [est] dans le breuvage de Soma, comme dans le mélange miellé [réside] la splendeur, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Comme la gloire [est] dans l'agnihotrá, comme dans l'exclamation váṣaṭ [réside] la splendeur, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Comme la gloire [est] déposée dans le sacrifiant, comme elle réside en ce sacrifice, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Comme la gloire [est] en Prajāpati, comme elle réside en cet être suprême, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Comme chez les dieux [réside] l'immortalité (amṛ́ta), comme en eux est établie la vérité, qu'ainsi l'amulette de varaṇá, etc. etc.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire X.3 sur Wikisource ↗
Une menace abrupte précède l'objet
Le verset 1 s'exprime avec virulence contre un cousin mesquin ou un détracteur haineux. Le verset 2 présente ensuite l'amulette née du soc de charrue comme une cuirasse emplie de sève et de splendeur. Cette ouverture ne s'écoule pas comme une bénédiction de prospérité purement douce. Elle prend sa source dans un antagonisme intrafamilial auquel elle répond par un objet protecteur. La purification de l'objet façonné au verset 3 et l'invitation, au verset 4, à laisser séjourner l'amulette ornée de guirlandes d'or comme une hôte dans la demeure attribuent à l'objet un nouveau rôle social. Il est à la fois équipement et visiteur d'honneur. Cette double identité prépare les promesses ultérieures d'approvisionnement sans dissiper l'agressivité initiale.
La subsistance se renouvelle au fil des jours
Le verset 5 offre de la nourriture, du miel et des boissons à l'amulette, en lui demandant de dispenser de meilleures choses, comme un père pourvoit aux besoins de ses enfants. Le refrain « toujours plus » et « jour après jour » revient tandis qu'Agni, Indra, Soma, le soleil, la lune, le vent, les eaux, Varuṇa et d'autres puissances lui sont associés. Cette répétition importe davantage que n'importe quelle richesse matérielle précise. Elle sollicite un approvisionnement qui se renouvelle plutôt qu'un gain isolé. Le verset 12 associe même l'objet à la défense du labourage, gardant en vue son origine agricole. Le poème s'élargit, passant de la dépendance d'un foyer envers des ressources cultivées à une succession d'archétypes cosmiques.
Le contempteur est placé sous le porteur
Plusieurs versets reviennent sur les rivaux, notamment la déclaration du verset 19 selon laquelle l'amulette a placé les haineux sous l'orateur, ainsi que le souhait de supériorité des versets 29 à 31. Pourtant, le verset 23 mentionne le bétail, les chèvres et les brebis; le verset 24 nomme le riz et l'orge; le verset 33 compare la croissance à la graine dans un champ labouré. Le poème lie dès lors le rang social à l'abondance matérielle. Il imagine un adversaire abaissé en partie pour que le foyer favorisé puisse prospérer. Rien dans ces versets n'atteste qu'un parent nommément désigné ait réellement causé une pénurie ou subi un dommage. Ces affirmations virulentes relèvent des intérêts de l'orateur, tandis que l'imagerie agricole fournit un aspect différent et nourricier à l'argumentation.
Les témoins abrègent l'abondance reçue
Whitney rapporte que la recension Pāippalāda omet les versets 18, 19, 23, 24, 26, 27, 29, 30, 33 et 35. Cette liste comprend à la fois des éléments de prospérité et des versets explicites visant à abaisser le rival. Sa forme abrégée ne peut simplement être racontée comme le même crescendo de trente-cinq versets. En comparaison, X.3 est un hymne à l'arbre varaṇa dont le nom joue lui-même sur l'idée d'écarter le mal; X.6 tire son autorité d'une origine issue du soc de charrue et d'un refrain croissant. Une amulette contemporaine inspirée de l'un ou l'autre hymne relèverait de l'invention. La source conserve des pouvoirs attribués au sein d'un discours poétique, et non un dispositif attesté de manière indépendante pour se prémunir des ennemis haineux.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Une comparaison développée
Comparez X.6.2, qui qualifie l'amulette en soc de charrue d'armure, avec X.6.5, où elle devient une hôte et un protecteur paternel. Poursuivez ensuite avec X.6.19, où les ennemis haineux sont placés sous l'orateur. Protection, hospitalité et supériorité coexistent au sein d'un même objet. X.3.4 appelle également à repousser la magie hostile, mais l'arbre qu'il désigne et son jeu répété sur le terme de protection lui confèrent une autre logique. Ce contraste permet de comprendre pourquoi l'amulette de X.6 est bien plus qu'un simple charme générique contre un adversaire. Qualifier l'objet d'hôte et de pourvoyeur inscrit la prétendue protection du métal dans la réciprocité domestique, et non seulement dans le cadre d'un bouclier de combat.
