LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
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ATHARVA-VÉDA · LIVRE VIII À LA LOUPE
Pour vaincre les ennemis
Qu'Indra l'ébranleur les secoue (math), lui le héros puissant, fendeur de forteresses, afin que nous frappions par milliers les armées de nos ennemis.
Que la corde putride, soufflant sur elle, rende putride cette armée là-bas ; apercevant au loin fumée et feu, que nos ennemis mettent l'effroi en leur cœur.
Écrase ces hommes là-bas, ô açvattá ; dévore-les (khād) promptement, ô khadirá ; qu'ils soient soudainement ⌊tājád⌋ brisés ⌊bhāñj⌋ comme le chanvre ⌊bhán̄ga⌋ ; que le destructeur (vádhaka) les abatte (han) au moyen d'armes mortelles (vadhá).
Que celui nommé le rude rende ces hommes là-bas rudes (paruṣá) ; que le destructeur les abatte au moyen d'armes mortelles ; qu'ils soient brisés promptement comme un roseau (çará), enserrés dans un grand filet.
Lire les 20 versets restants de VIII.8
L'atmosphère était le filet ; les grandes contrées [étaient] les piquets du filet ; les encerclant par ce moyen, le puissant (çakrá) dispersa l'armée des barbares (dásyu).
Puisque grand [est] le filet du grand puissant, le vigoureux (vājínīvant), accable (ubj) par là tous [nos] ennemis, afin qu'aucun d'entre eux ne soit libéré.
Grand, ô Indra, héros (çū́ra), est le filet de toi qui es grand, qui vaux un millier, qui possèdes une vaillance centuple ; encerclant par là l'armée des barbares, le puissant en abattit cent, un millier, dix mille, cent millions.
Ce vaste monde était le filet du grand puissant ; par ce filet d'Indra, j'enveloppe de ténèbres tous ces hommes là-bas.
Débilité, insuccès redoutable et mésaventure impossible à exorciser (an-apavācaná), labeur, lassitude et confusion, c'est de tout cela que j'enveloppe tous ces hommes là-bas.
À la mort je livre ceux de là-bas ; des entraves de la mort ils sont liés (sā) ; les lugubres messagers qui appartiennent à la mort, c'est à leur rencontre que je les mène, les ayant garrottés (bandh).
Guidez-les donc, ô messagers de la mort ; ô messagers de Yama, contenez-les (apa-umbh) ; qu'ils soient abattus à plus d'un millier ; que la massue (? matyà) de Bhava les fracasse.
Les Perfectibles (sādhyá) s'avancent en soulevant avec force un piquet du filet, les Rudras un autre, les Vasus un autre ; par les Ādityas, l'un d'eux est dressé.
Que tous les dieux d'en haut s'avancent en se massant avec force ; que les An̄girases s'avancent en taillant en pièces la grande armée en son milieu.
Les arbres des forêts, ce qui relève des arbres de la forêt, les herbes et les plantes, ce qui est bipède, ce qui est quadrupède, je les dépêche (iṣ), afin qu'ils abattent cette armée là-bas.
Les Gandharvas et les Apsarases, les serpents, les dieux, les peuples purs, les Pères, ceux que l'on voit, ceux qui sont invisibles, je les dépêche, afin qu'ils abattent cette armée là-bas.
Ici sont déployées les entraves de la mort, dans lesquelles ayant fait un pas, nul n'échappe ; que cette pointe (kū́ṭa) massacre par milliers cette armée là-bas.
La boisson chaude (gharmá) [est] allumée par le feu, cette oblation (hóma) abatteuse de milliers ; Bhava tout comme celui au bras tacheté, ô Çarva, abattez tous deux cette armée là-bas.
Qu'ils s'acheminent vers la brûlure (?) de la mort, vers la faim, la débilité, l'arme fatale, la peur ; par le piège (ákṣu) et le filet, ô Çarva, toi et Indra, abattez cette armée là-bas.
Fuyez (tras), ô ennemis, en vaincus ; courez, ⌊étant⌋ repoussés par le charme (bráhman) ; de ceux de là-bas, bousculés au loin par Brihaspati, qu'aucun ne soit délivré.
Que leurs armes (ā́yudha) tombent à terre ; qu'ils soient incapables d'ajuster la flèche ; alors, chez ceux qui tremblent d'effroi, que les flèches frappent aux organes vitaux.
Qu'ensemble le ciel et la terre hurlent contre eux ; qu'ensemble l'atmosphère, unie aux divinités, en fasse autant ; qu'ils ne trouvent nul sachant, ni aucun appui ; s'exterminant mutuellement, qu'ils aillent vers la mort.
Les quatre points cardinaux [sont] les mules du char divin ; les gâteaux sacrificiels [sont] les sabots, l'atmosphère le siège (? uddhí), le ciel et la terre les deux flancs, les saisons les rênes, les directions intermédiaires les serviteurs, la parole la jante (? párirathya).
L'année (saṁvatsará) est le char, l'année accomplie (parivatsará) le réceptacle du char, virā́j le timon (īṣá), Agni l'avant du char, Indra le combattant de gauche, la lune le cocher.
De ce côté triomphe ; de ce côté triomphe au loin, triomphe pleinement, triomphe ; salut ! que ceux-ci triomphent, que ceux de là-bas soient vaincus ; salut ⌊svā́hā⌋ à ceux-ci ! lamentations (duráhā) pour ceux-là ! avec le rouge-bleu, je fonds sur ceux de là-bas.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire VIII.8 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE XI ÉGALEMENT CITÉ
Pour vaincre les ennemis : à Arbudi
Lire l'hymne comparatif XI.9 (26 versets)
Les bras (bāhú) [qu'il y a], les flèches, et la puissance (vīryà) des arcs, les épées (así), les haches (paraçú), l'armement, et toute pensée et dessein au fond du cœur, tout cela, ô Arbudi, fais-le voir à nos ennemis ; et fais paraître des spectres (udārá).
Levez-vous, équipez-vous (sam-nah), ô amis, peuple divin ; aperçus, tenus cachés par vous soient [ceux] qui sont nos amis, ô Arbudi.
Levez-vous tous deux, saisissez ; par des liens serrés, par des liens conjoints, entravez les armées de nos ennemis, ô Arbudi.
Le dieu qui a pour nom Arbudi, et le seigneur (ī́çāna) Nyarbudi, par qui l'atmosphère est enveloppée (ā-vṛ), ainsi que cette grande terre, par ces deux êtres alliés à Indra, je poursuis ce qui est conquis avec une armée.
Lève-toi, ô peuple divin, Arbudi, avec l'armée ; brisant (bhañj) l'armée de nos ennemis, enveloppe-la de [tes] replis (bhogá).
Donnant à voir, ô Nyarbudi, les sept sortes de spectres, avec eux tous lève-toi, lorsque le beurre est offert, avec l'armée.
Se frappant elle-même, le visage baigné de larmes, et les oreilles écourtées (?), qu'elle hurle, les cheveux dénoués, lorsque l'homme est abattu, mordu (? rad), ô Arbudi, par toi.
Contractant son karū́kara, cherchant par l'esprit son fils, son mari, son frère, ainsi que les siens (svá), au cas où tu frapperais de ta morsure, ô Arbudi.
Que les buses, les jāṣkamadá, les vautours, les faucons, les êtres ailés, que les corbeaux, les oiseaux (çakúni), se rassasient, s'exhibant parmi les ennemis, au cas où tu frapperais de ta morsure, ô Arbudi.
Puis que toutes les bêtes sauvages, que la mouche, que le ver se rassasient de la charogne des hommes, mordus, ô Arbudi, par toi.
Saisissez tous deux, arrachez (sam-bṛh) [leur] souffle inspiré et expiré, ô Nyarbudi ; que des bruits de gémissement (? nivāçá) s'assemblent, se manifestant parmi les ennemis, au cas où tu frapperais de ta morsure, ô Arbudi.
Fais-[les] trembler ; qu'ils frémissent ensemble ; plonge nos ennemis dans l'effroi ; avec des crochets aux bras larges transperce nos ennemis, ô Nyarbudi.
Que leurs bras soient frappés de confusion, ainsi que toute pensée et dessein en leur cœur ; qu'il ne reste rien d'eux, au cas où tu frapperais de ta morsure, ô Arbudi.
Se frappant elles-mêmes, qu'elles accourent ensemble, se meurtrissant la poitrine, les cuisses (? paṭāurá), sans onction, les cheveux dénoués, se lamentant lorsque l'homme est abattu, mordu, ô Arbudi, par toi.
Les Apsaras accompagnées de chiens, les chacales (? rū́pakā) aussi, ô Arbudi, la riçā́, léchant abondamment l'intérieur du récipient, cherchant ce qui est mal déposé, toutes celles-ci, ô Arbudi, fais-les voir à nos ennemis, et fais paraître des spectres ;
Celle qui s'avance à grandes enjambées sur le khaḍū́ra, mutilée, vêtue de lambeaux déchirés (?) ; les spectres qui se tiennent cachés, et tous les Gandharvas et Apsaras [qu'il y a], les serpents, les autres peuples, les démons ;
Ceux qui ont quatre défenses, les dents noires, les testicules enflés comme des jarres, le visage sanglant ; ceux qui s'effraient d'eux-mêmes et répandent l'effroi.
Fais trembler, ô Arbudi, ces rangs là-bas (síc) de nos ennemis ; que le vainqueur et celui qui triomphe, alliés à Indra, soumettent nos ennemis.
Que notre ennemi gise écrasé, brisé, abattu, ô Nyarbudi ; que des langues de feu, des volutes de fumée, marchent victorieuses avec l'armée.
Parmi nos ennemis, ainsi repoussés, ô Arbudi, qu'Indra, seigneur de la puissance (çácīpáti), abatte chaque guerrier d'élite (vára) ; que pas un seul d'entre eux ne soit épargné.
Que leurs cœurs éclatent (ut-kas), que leur souffle s'échappe vers le haut ; que le dessèchement de la bouche s'abatte sur nos ennemis, ⌊et⌋ non sur ceux qui nous sont bienveillants.
Ceux qui sont sages (dhī́ra) comme ceux qui sont insensés, ceux qui s'en vont et ceux qui sont sourds, ceux des ténèbres et ceux qui sont dépourvus de cornes (tūpará), de même que ceux qui sentent (?) le bouc, tous ceux-là, ô Arbudi, fais-les voir à nos ennemis, et fais paraître des spectres.
Qu'Arbudi et Trishandhi transpercent tous deux nos ennemis, afin que, ô Indra, pourfendeur de Vṛitra, seigneur de la puissance, nous en abattions, de ces ennemis, par milliers.
Les arbres des forêts, les êtres des arbres des forêts, les herbes et les plantes, les Gandharvas et les Apsaras, les serpents, les dieux, le peuple pur (puṇyajaná), les Pères, tous ceux-là, ô Arbudi, fais-les voir à nos ennemis, et fais paraître des spectres.
L'empire sur vous, les Marut [l'ont acquis], le céleste Āditya, Brahmaṇaspati ; l'empire sur vous, Indra comme Agni l'ont acquis, de même que Dhātar, Mitra, Prajāpati ; l'empire sur vous, les voyants l'ont établi (kṛ), se manifestant parmi les ennemis, au cas où tu frapperais de ta morsure, ô Arbudi.
Maîtres (ī́çāna) de tous ces êtres, levez-vous, équipez-vous, vous, amis, peuples divins ; ayant pleinement triomphé dans cet affrontement, dispersez-vous vers vos mondes respectifs.
Traduction de Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire XI.9 sur Wikisource ↗
L'ébranlement suscité par Indra amorce la séquence
Le verset 1 demande à Indra d'ébranler les armées ennemies afin qu'elles soient massacrées par milliers. Le verset suivant ne réitère pas simplement l'exigence de mise à mort. Il imagine une sensation au cœur même des combattants adverses : la vue de la fumée ou du feu doit instiller la terreur dans leur poitrine. Le glissement de la force extérieure d'Indra vers la réaction intime de l'ennemi constitue l'amorce d'une stratégie psychologique. L'hymne ne décrit pas une bataille historique déterminée et ne prouve pas que des soldats aient paniqué. Son locuteur souhaite qu'un indice visuel discret altère la perception de l'ennemi avant que le réseau élargi de pièges et d'entités divines ne soit énoncé.
La corde, la fumée et la flamme ne sont pas pleinement limpides
Whitney traduit par une corde fétide dans le verset 2, mais ses notes explorent différentes explications de l'expression. Le compte rendu de l'éditeur sur un rite militaire ultérieur décrit une corde placée près d'étincelles, où la fumée puis le feu nouvellement allumé sont invoqués tour à tour. Dans ce cadre rituel, les deux termes peuvent être des variantes destinées à deux étapes distinctes plutôt qu'une ligne simultanée à la longueur maladroite. Le verset reçu renferme les deux, et sa métrique a dérouté les lecteurs. Il ne convient pas d'effacer cette énigme textuelle, ni de présenter le rite tardif comme l'unique usage originel du poème. Le trait le plus évident demeure la perception visée : les ennemis voient le signe et sont saisis d'effroi.
La peur s'étend d'un simple signe à tout un environnement
Les versets 5 à 8 élargissent un filet depuis l'atmosphère et les orients jusqu'au monde entier, tandis que le verset 9 y ajoute la faiblesse, l'insuccès, le labeur et la confusion. Le spectacle local du feu devient un des fils d'une expérience d'enfermement où l'armée ennemie ne trouve nulle part un regard rassurant. Le verset 12 dépeint même plusieurs classes de dieux dressant les piquets du filet. Cette intensification relève de l'imaginaire et de l'accumulation : un panache de fumée est suivi d'un cosmos aménagé tel un piège. Cela se distingue d'une banale menace d'agression physique. L'hymne cherche à rendre le monde de l'ennemi hostile dans toutes les directions.
Un autre hymne aux armées met la terreur en scène sous forme de visions
XI.9 demande à Arbudi de montrer à l'armée adverse des spectres, des armes et des visions de corps mutilés. VIII.8.2 se fie d'abord à la fumée et à la flamme, signe visible doté d'un pendant rituel plausible ; XI.9 recourt plus ouvertement à d'effroyables apparitions. Les deux textes espèrent troubler les rangs ennemis avant que la défaite ne soit constatée, et tous deux emploient un registre violent et partisan. Le VIII.8 de la Pāippalāda modifie l'ordre de certains des premiers versets, tandis que XI.9 y fait largement défaut. Ces divergences de transmission limitent les affirmations relatives à un programme de guerre antique unique et figé. Un travail contemporain destiné à susciter la peur serait une application inventée, et non un procédé dont les hymnes démontreraient l'efficacité.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Une comparaison développée
Comparez VIII.8.2 avec XI.9.1. Dans VIII.8, l'ennemi doit voir la fumée et le feu et éprouver la peur ; dans XI.9, il est demandé à Arbudi de faire voir aux ennemis des armes et des spectres. L'un procède d'un signe tangible, l'autre d'une vision terrifiante suscitée par la parole. Revenez à VIII.8.8, où le monde entier devient le filet enserrant l'adversaire. La progression montre comment un effroi ponctuel est amplifié en un paysage complet de péril. Le filet couvrant le monde entier fait de l'épisode antérieur de la fumée et du feu une étape au sein d'une plus vaste escalade d'enfermement imaginé.
