LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE VII EN DÉTAIL
Contre une rivale (femme) : avec une plante
Ô rugueuse ! toi aux ronces rugueuses ! lacère cette femme, ô rugueuse ! afin que tu sois odieuse (?) à cet homme plein de virilité.
Rugueuse es-tu, une plante rugueuse ; venimeuse, une plante venimeuse es-tu ; afin que tu sois évitée, telle une vache stérile (? vaçā́) loin du taureau.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.113 (118) sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VII ÉGALEMENT CITÉ
Contre les ennemis
Lire l'hymne comparatif VII.114 (119) (2 versets)
J'ôte de tes entrailles (vakṣáṇā), j'ôte de ton cœur, de l'aspect de ton visage, j'ôte tout ton éclat.
Que loin d'ici s'en aillent les angoisses, loin les regrets (? anudhyā́), et loin les imprécations; qu'Agni frappe les démones; que Soma frappe les insulteuses.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.114 (119) sur Wikisource ↗
Le destinataire est d'abord une plante
L'ouverture accumule la rudesse : un être rugueux, des ronces rugueuses, et un nouvel appel à celle qui est rugueuse. La répétition donne le sentiment que cette qualité peut se transmettre. La plante est priée de lacérer ou de briser la femme qualifiée de rivale ; la seconde moitié l'imagine ensuite devenant odieuse aux yeux d'un homme. Le poème opère un saut de la texture physique au rejet social. Il ne soutient pas que la conduite de la femme justifie un tel sort. Elle est constituée en ennemie par le souhait même de l'oratrice qui cherche à l'écarter. La portée historique du verset réside dans ce vœu coercitif, et non dans une obscure recette d'herboristerie qu'il s'agirait de reconstituer pour un usage moderne.
Le deuxième verset transforme la blessure en évitement
Le verset 2 qualifie à nouveau la plante de rugueuse puis de venimeuse, avant de comparer l'exclusion souhaitée de la rivale à une vache stérile évitée par un taureau. Cette métaphore animale transporte le poème sur le terrain de la rivalité sexuelle et procréative, sans dévoiler l'histoire intime des protagonistes. Whitney marque comme incertaine la traduction du mot désignant la vache. Les adjectifs répétés sont plus stables que la comparaison exacte : la dureté doit s'attacher à la cible jusqu'à ce qu'un homme s'en détourne. Il s'agit d'un souhait portant sur la situation sociale et intime d'une autre personne. Il ne saurait prouver ni les desseins de la rivale, ni le moindre impact réel des propos tenus contre elle.
Les témoins ne fournissent aucune identité végétale univoque
La recension Pāippalāda offre une graphie différente pour le nom de la plante et modifie une grande partie de la seconde moitié du premier verset. La note de Whitney rapporte également les tentatives d'un commentateur pour identifier la plante ainsi qu'une association rituelle ultérieure avec une herbe nommée. Ce sont là des degrés de preuve distincts. Le verset Śaunaka s'adresse à une plante rugueuse ; le commentateur et la tradition rituelle proposent des manières de désigner cette plante ; la recension variante ne recopie pas simplement la même ligne. Le lecteur doit se garder de les réunir sous l'étiquette d'une seule espèce botanique contemporaine indiscutable. L'incertitude est révélatrice, car la cohérence littéraire du poème requiert la rugosité et l'aversion bien plus qu'une dénomination botanique garantie.
L'hymne suivant change de mode d'attaque
VII.114.1 dépeint l'extraction de l'éclat des entrailles, du cœur et du visage d'une rivale, un transfert plus anatomique que l'aversion provoquée par la plante de VII.113. Whitney suggère que ce premier verset de VII.114 s'associe étroitement à VII.113, tandis que son second verset semble se rattacher à un contexte thérapeutique distinct. Cette disposition contiguë révèle donc à la fois une continuité thématique et une ligne de suture. L'un des hymnes rend la rivale repoussante ; l'autre lui arrache une clarté précieuse. Une opération contemporaine portant le titre du poème sur la plante constituerait une création de notre temps, et non la restitution d'un processus ancien. Ces poèmes nous enseignent ce qu'une voix partiale a souhaité, sans prouver que la femme ciblée ait subi le moindre préjudice.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Une comparaison développée
Comparez l'insistance sur la plante rugueuse dans VII.113.1 avec le retrait de l'éclat du cœur et du visage dans VII.114.1. Dans le premier, le caractère abrasif d'un végétal sert de modèle pour rendre une rivale indésirable ; dans le second, la personne qui s'exprime prétend ôter une qualité précieuse du corps de l'adversaire. La comparaison de la vache stérile dans VII.113.2 ajoute l'effet social convoité : l'évitement par un homme. Cette analogie met en lumière la façon dont des hymnes successifs peuvent poursuivre l'exclusion par des figures différentes tout en taisant le conflit humain réel. La comparaison de la vache fait basculer la rugosité de la plante vers l'isolement social espéré de la rivale, liant ainsi la texture à l'évitement.
