LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Ces versets fournissent la formulation et la séquence examinées dans l'article ci-dessous.
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Contre les marques néfastes
Dehors nous chassons (nir-sū) le signe blême, dehors l'avare ; puis, toutes les choses excellentes (bhadrá), nous les rassemblons (?) pour notre progéniture.
Savitar a chassé le trouble (? draṇi) de ses pieds ; dehors Varuṇa, Mitra, Aryaman ont [chassé] [celui] de ses mains ; dehors Anumati, nous accordant ses dons (rā) ; les dieux ont fait avancer cette femme vers la bonne fortune.
Tout ce qui en toi-même, dans ton corps, est effrayant, ou dans tes cheveux ou dans ton maintien, tout cela nous le chassons par [nos] paroles ; que le dieu Savitar te fasse progresser (sūd).
Celle aux pieds d'antilope, celle aux dents de taureau, celle qui repousse le bétail, celle qui souffle au-dehors, celle qui est léchée, la blême, nous les faisons disparaître loin de nous.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.18 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE
Pour conjurer le mauvais présage d'un animal mettant bas des jumeaux
Elle-même est venue à l'existence par une création successive, là où les créateurs d'êtres ont formé les vaches de toutes formes; là où la [vache] gémellaire met bas, hors de saison, elle détruit le bétail, grondante, courroucée.
Elle anéantit entièrement le bétail, devenant mangeuse de chair, dévoreuse (? vy-ádvarī); qu'on la donne aussi à un prêtre (brahmán); ainsi sera-t-elle agréable, propice.
Sois propice aux hommes (púruṣa), propice aux vaches, aux chevaux, propice à tout ce champ (kṣétra); sois-nous propice ici-bas.
Ici la prospérité, ici la sève; sois ici la souveraine pourvoyeuse d'un millier; fais prospérer le bétail, ô toi qui enfantes des jumeaux.
Lire les 2 versets restants de III.28
Là où les cœurs purs [et] bienfaisants se réjouissent, dépouillés du mal de leur propre corps; c'est dans ce monde qu'est venue à l'existence celle qui enfante des jumeaux; qu'elle ne nuise ni à nos hommes ni à notre bétail.
Là où est le monde des cœurs purs, des bienfaisants, là où est celui de ceux qui présentent l'offrande du feu (agnihotrá-); c'est dans ce monde qu'est venue à l'existence celle qui enfante des jumeaux; qu'elle ne nuise ni à nos hommes ni à notre bétail.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.28 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VII EN DÉTAIL
Contre la mauvaise fortune
Envole-toi loin d'ici, ô signe funeste (lakṣmī́); disparais d'ici; envole-toi loin de là-bas; avec un crochet de métal (ayasmáya), nous t'attachons à celui qui [nous] hait.
Ce signe volant et funeste qui s'est attaché à moi, comme une liane à un arbre; daigne, ô Savitar, l'écarter d'ici vers un autre que nous, toi aux mains d'or, qui nous accordes le bien.
Cent et un [sont] les signes d'un mortel, nés dès sa naissance avec son corps; nous chassons au loin le pire d'entre eux; pour nous, ô Jātavedas, affermis les signes propices.
Ceux-là mêmes, je les ai séparés, comme des vaches dispersées sur une terre inculte (khilá); que les signes fastes (púṇya) demeurent; ceux qui sont néfastes, je les ai fait disparaître.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.115 (120) sur Wikisource ↗
Une marque est perçue comme un trouble
La maladie, les intempéries et les présages funestes peuvent entrer dans ces poèmes sous l'aspect de difficultés aux formes distinctes. La force dramatique du propos nous renseigne sur le sentiment du péril, non sur la culpabilité d'un voisin. Une marque corporelle chez un individu et la naissance animale insolite suscitent l'inquiétude selon des processus bien différents.
I.18 décrit des marques corporelles; III.28 porte sur une naissance animale inhabituelle. Toutes deux peuvent déconcerter une communauté, mais ces constats divergent fondamentalement. Une trace sur un corps et un événement survenu au sein du cheptel ne commandent pas la même explication, même si des commentateurs tardifs réunissent l'un et l'autre sous le vocable de « présages ».
Une naissance inhabituelle suscite une autre crainte
Un signe inattendu devient l'objet d'une interprétation parce qu'il bouscule l'ordre attendu des choses. L'ordonnancement importe: la conscience d'une menace précède la recherche des voies de protection. C'est le danger expressément nommé qui donne au verset sa structure; une vaste étiquette protectrice ne saurait accomplir cette fonction à notre place. Le poème doit nous révéler ce qui rendait le signe inquiétant; le seul terme de « présage » ne saurait livrer cette explication.
I.18 en regard de III.28
I.18 s'attache aux marques corporelles d'un individu, tandis que III.28 concerne un événement survenant dans la vie du bétail. L'angoisse, le présage et l'adversaire redouté n'occupent point la même fonction dans ces poèmes. Le verset voisin ne se borne pas à reprendre le premier; il modifie la question posée. Des signes sur un corps et une naissance inhabituelle parmi les bêtes suscitent des doutes d'ordres différents; aucune de ces deux observations ne fournit à elle seule une explication causale à l'officiant.
VII.115 sépare les mauvais signes des bons
I.18 offre l'exposé déjà présent dans l'article au sujet des marques néfastes. VII.115 constitue un point d'appui plus exact pour le bienfait associé qui consiste à dissiper la mauvaise fortune. Son premier verset ordonne à un signe pernicieux de s'envoler au loin pour aller s'attacher ailleurs; le second implore Savitar d'éloigner un signe qui s'agrippe telle une liane à un arbre. Les deux derniers versets procèdent au tri des nombreux signes d'un individu, chassant le pire tout en appelant les marques favorables à demeurer. Le poème ne se contente pas de prédire l'avenir; il s'efforce de corriger les marques déjà perçues comme présentes.
Whitney ne relève que les deux premiers versets dans la recension Paippalāda. Les deux suivants, avec leur décompte de cent et un signes et leur tri entre l'heureux et le néfaste, en sont absents. Il s'agit d'une divergence structurelle entre témoins. Le lecteur de la version brève n'entend qu'une formule d'expulsion, tandis que la recension Śaunaka en quatre versets y adjoint le choix et la préservation. Le bienfait associé puise dans l'ensemble de la trajectoire transmise par Śaunaka, et non dans une variante réputée universelle de ce charme.
Le langage ne valide pas le destin d'une personne
L'évocation d'un signe grimpant exprime combien l'infortune peut sembler attachée à l'être et malaisée à chasser. Le dernier verset disperse les mauvais signes comme du bétail sur une lande inculte, tout en conservant les bons auprès de soi. Ces représentations parlent de l'incertitude et du désir de soulagement. Elles ne sauraient faire office d'épreuve factuelle pour déterminer si le corps ou la demeure d'une personne portent une marque occulte. Ce poème témoigne de la façon dont un énonciateur concevait la chance, non d'un outil de diagnostic.
L'usage rituel plus tardif décrit par Whitney comporte des actes matériels mobilisant un corbeau et de l'eau; la pratique réservée aux membres proposée ici relève d'une composition symbolique moderne et originale, et ne reproduit pas ce rituel. La comparaison de I.18 et VII.115 confère à l'article une démonstration interne plus rigoureuse: l'un examine une marque néfaste en tant que menace désignée, tandis que l'autre adopte une démarche d'expulsion et de tri concerté. Le bienfait précis s'enracine dans le vœu explicite de VII.115 visant à faire partir la mauvaise fortune.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture appliquée: chasser, puis retenir
Lisez VII.115.1–2 et observez le signe malfaisant conçu par l'esprit, auquel on ordonne de partir avant de le comparer à une liane enlacée à l'officiant. Lisez ensuite les versets 3–4 pour constater un changement d'action: au milieu d'innombrables signes, les pires sont renvoyés au loin tandis que les signes fastes sont affermis et conservés. Whitney indique que Paippalāda ne conserve que les deux premiers versets; cette seconde étape appartient donc à la forme plus développée présentée ici. Comparez avec I.18, sollicité dans l'article pour commenter les marques de mauvaise fortune. Le bienfait associé s'affirme plus nettement en VII.115 car ses verbes opèrent explicitement une expulsion, et non une simple reconnaissance d'un signe.
