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Atharvaveda · Fortune et succès

Bâtir une maison dans l'Atharvaveda 3.12

Un disque lunaire décoratif en argent, des anneaux en laiton non gradués et un livre indigo.

L'Atharvaveda III.12 accompagne l'édification d'une demeure et dote l'espace domestique d'une voix rituelle. Une pratique contemporaine au sein du foyer peut faire écho au soin porté à un lieu sans prétendre répéter une consécration védique.

LE TEXTE · ATHARVAVEDA

Hymnes abordés dans cet article

Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.

III.12

ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE

Pour accompagner l'édification d'une maison

  1. Ici même, j'établis (ni-mi) solidement [ma] demeure (çā́lā) ; qu'elle se tienne en sûreté, arrosée de ghi ; qu'en ce lieu, ô demeure, nous nous rassemblions (sam-car) avec tous nos héros, d'illustres héros, de valeureux héros sains et saufs.

  2. Ici même, tiens-toi ferme, ô demeure, riche en chevaux, en vaches, en douceurs, en nourriture vivifiante, en ghi, en lait ; dresse-toi (ut-çri) pour une insigne prospérité.

  3. Tu es un grenier réceptacle (? dharunī́), ô demeure au toit vaste, au grain purifié ; que le veau vienne à toi, que l'enfant vienne, que les vaches accourent en troupeau au crépuscule.

  4. Que Savitar, Vayu, Indra, Brihaspati fixent cette demeure, en toute prescience ; que les Maruts l'arrosent d'eau, de ghee ; que le roi Bhaga approfondisse (ni-tan) notre labourage.

Lire les 5 versets restants de III.12
  1. Ô maîtresse du bâtiment (? mā́na), protectrice, agréable, as-tu, déesse, été fixée par les dieux à l'origine ; te vêtant d'herbe, puisses-tu être bienveillante ; puisses-tu alors nous accorder la richesse auprès des héros.

  2. Avec l'ordre requis, ô poutre (vaṅçá), monte sur le pilier ; redoutable, souveraine, repousse (apa-vṛj) les ennemis ; que les desservants (upasattár) de tes maisons ne subissent aucun tort, ô demeure ; puissions-nous vivre cent automnes avec tous nos héros.

  3. Vers elle le jeune garçon, vers elle le veau, avec les créatures en mouvement (jágat), vers elle la jarre de parisrút, avec des écuelles de caillé, sont venus.

  4. Apporte, ô femme, cette jarre pleine, un flot de ghee mêlé (sam-bhṛ) d'ambroisie (amṛ́ta) ; oins ces buveurs (?) d'ambroisie ; que ce qui est offert et octroyé la défende (f. : la demeure ?).

  5. Ces eaux que j'apporte, exemptes de yákṣma, effaçant le yákṣma ; je m'avance (? pra-sad) vers (úpa) les maisons, aux côtés du feu immortel (amṛ́ta).

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.12 sur Wikisource ↗

III.17

ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ

Pour la réussite de l'agriculture

Lire l'hymne comparatif III.17 (9 versets)
  1. Les poètes (kaví) attellent les charrues (sī́ra), ils disposent tour à tour les jougs, eux les sages (dhī́ra), animés du désir de faveur (?) envers les dieux.

  2. Atelez les charrues, étendez les jougs ; dispersez (vap) la semence ici dans la matrice préparée ; que la gerbe (?) de virā́j soit lourde pour nous ; que les faucilles fassent venir (ā-yu) le [grain] mûr encore plus près.

  3. Que la charrue (lā́n̄gala), à pointe de lance, bien posée, au manche bien poli, fasse surgir (ud-vap) vache, brebis, charriot en marche et fille bien en chair.

  4. Qu'Indra maintienne le sillon ; que Pūshan le garde ; que, gorgé de lait, il nous rapporte chaque été davantage.

  5. Avec succès (çunám), que les bons socs fendent la terre ; avec succès, que les laboureurs suivent les bêtes de trait ; ô Çunāsīrā, vous (deux), ruisselant (?) d'oblation, rendez les herbes riches en baies pour cet homme.

  6. Avec succès, que les bêtes de trait, avec succès, que les hommes, avec succès, que la charrue (lā́n̄gala) laboure ; avec succès, que les courroies soient serrées ; avec succès, brandis l'aiguillon.

  7. Ô Çunāsīrā, jouissez (tous deux) de moi ici ; ce lait que vous avez créé dans le ciel, versez-le sur ce [sillon].

  8. Ô sillon, nous te vénérons ; sois tourné par ici, ô fortuné, afin de nous être favorable, afin de nous donner de bons fruits.

  9. De ghee, de miel (mádhu) le sillon [est] tout entier oint, agréé (anu-man) de tous les dieux, des Maruts ; toi, ô sillon, tourne-toi vers nous avec du lait, riche en rafraîchissement, gonflé de l'abondance du ghee.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.17 sur Wikisource ↗

Une demeure reçoit la parole

Une requête peut regarder vers le champ, le pas de la porte, le troupeau ou l'assemblée plutôt que de s'enfermer dans un repli intérieur. Le bienfait espéré par le poème dépasse la solitude de celui qui parle pour toucher au travail collectif et au devoir partagé. Une demeure en cours d'édification est la matrice d'un lien d'habitation à venir, bien plus qu'un simple empilement de madriers et de maçonnerie.

III.12 s'attache à la fondation d'une maison ; III.17 s'adresse au labeur de la terre. Tous deux sont pragmatiques, mais l'un fonde un refuge pour habiter tandis que l'autre implore le sol d'offrir ses récoltes. La progression du travail et le fruit escompté prennent dès lors une forme distincte d'un pan à l'autre de la comparaison.

Le labeur s'invite dans la prière du logis

Le foyer y est conçu comme une trame de vie partagée et non comme un simple édifice ; la bénédiction récitée y établit les humains. Celui qui s'exprime introduit une préoccupation tangible dans la structure codifiée de l'oraison. Un hymne agraire veille lui aussi sur les moyens de subsistance, mais la terre et l'abri structurent cet attachement selon des logiques différentes.

III.12 aux côtés de la terre cultivée

III.17 s'adresse au terroir et aux moissons, offrant un contraste éclairant entre l'acte d'habiter et celui de subsister. Cet objectif contigu transforme la perception même d'un dénouement heureux. Un hymne agraire partage le souci de la subsistance, mais la glèbe et le toit organisent ce souci selon d'autres règles. L'ancrage matériel de la prière pour la maison lui donne un périmètre que l'on peut habiter. Le pendant agricole déplace l'attention vers la pleine terre et les longs mois de labeur, marquant une distinction résolument concrète entre le refuge et le rendement.

Une structure fixe s'anime d'une vie en mouvement

III.12.1 scelle la maison dans le sol et prévoit qu'on y reviendra auprès des siens indemnes. Le verset 2 implore la demeure de tenir bon, entourée de chevaux, de troupeaux, de lait, de beurre clarifié et d'heureuse fortune. Mais le verset 3 y apporte le mouvement : veau, jeune garçon et bétail affluent sous cette ample toiture. Un logis fort n'est pas un lieu désert. Tout son prix repose sur l'arrivée en paix des êtres et des vivres, ainsi que sur le trait d'union qui relie le chantier à la routine familiale.

Les strophes suivantes enrichissent ce tableau. Une solive s'appuie sur un montant au verset 6, tandis que le verset 7 célèbre l'accueil du garçon, du veau, du breuvage et du lait caillé. Au verset 8, une femme porte une cruche pleine, et Whitney rattache cette manipulation rituelle au passage du seuil d'une nouvelle demeure. Le poème abandonne la mise en place des charpentes pour faire place à l'accueil des personnes et des nourritures. Le bienfait conjugué d'un foyer stable s'appuie donc à la fois sur l'assise des murs et sur la prière réitérée pour la prospérité de ceux qui y vivent.

Les témoins ne conservent pas une cérémonie unique et condensée

Whitney signale que la Pāippalāda garde les versets 1–5 et 7 groupés, mais reporte le verset 6 dans un livre distinct, le verset 8 dans un autre, et range le neuvième verset parmi d'autres pièces. L'enchaînement de neuf versets chez Śaunaka paraît ainsi bien plus homogène que dans cette autre tradition textuelle. Cette divergence invite à la prudence avant de faire du texte entier un unique rituel ordonné pour la construction. Son amorce et son atmosphère domestique restent nettes, mais la fin du passage a bougé au fil des transmissions.

Le verset 4 sollicite Savitar, Vāyu, Indra et Bṛhaspati pour affermir le domaine, ainsi que les Maruts pour en arroser le sol, avant d'adjoindre le labourage à la même prière. III.17, l'hymne agraire voisin, s'attache sans détour au sillon et à l'araire. La maison et son terroir nourricier sont indissociables sans se confondre. La comparaison explique pourquoi un appel pour le foyer peut embrasser tout à la fois l'édification et les semailles sans faire du bâtiment un froid symbole de richesse.

Lecture commentée : III.12 face aux terres arables

III.12 rythme les étapes de construction d'une demeure. III.17 vise l'abondance des moissons. L'abri et la terre fertile cheminent ensemble dans l'existence, mais déploient des paysages textuels séparés. On arpente et habite une maison, alors que le champ doit être labouré, ensemencé et attendu au fil des saisons. Ces chants métamorphosent ces servitudes élémentaires en ferventes requêtes. Leurs dissemblances nous rappellent combien la « prospérité » se nuance dès lors que ses peines, son terroir et ses rythmes se révèlent au grand jour.

Textes sources et études

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