LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVA-VEDA · LIVRE II À LA LOUPE
Contre la peur
De même que le ciel et la terre ne craignent point et ne subissent nul dommage, ainsi, mon souffle, ne crains point.
De même que le jour et la nuit ne craignent point etc. etc.
De même que le soleil et la lune ne craignent point etc. etc.
De même que le sacrement (bráhman) et le pouvoir temporel (kṣatrá) ne craignent point etc. etc.
Lire les 2 versets restants de II.15
De même que la vérité et le mensonge ne craignent point etc. etc.
De même que ce qui est (bhūtá) et ce qui doit advenir (bhávya) ne craignent point etc. etc.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter II.15 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE XIX EN LUMIÈRE
Pour la sécurité et la protection
Absence de rivaux devant nous, derrière nous [est] faite l'intrépidité ; que Savitar me [protège] au sud, le seigneur de Çachī au nord.
Depuis le ciel, que les Ādityas me défendent ; depuis la terre, que les feux me défendent ; qu'Indra-et-Agni me défendent devant ; que les Açvins accordent (yam) un refuge à l'entour ; de travers, que l'inviolable [vache], que Jātavedas, [me] défende ; que les créateurs d'êtres soient ma défense (várman) de toutes parts.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire XIX.16 sur Wikisource ↗
ATHARVA-VÉDA · LIVRE II ÉGALEMENT CITÉ
Pour la protection
Lire l'hymne comparatif II.16 (5 versets)
Ô souffle-et-expiration, protégez-moi de la mort : salut (svā́hā) !
Ô ciel-et-terre, protégez-moi par l'écoute (úpaçruti) : salut !
Ô soleil, protège-moi par la vue : salut !
Ô Agni Vāiçvānara, protège-moi avec tous les dieux : salut !
Ô toi qui portes tout, protège-moi de toute ta force protectrice (bháras) : salut !
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter II.16 sur Wikisource ↗
La peur elle-même est directement interpellée
Un événement troublant peut apparaître dans ces hymnes comme la rencontre d'un danger que l'on peut nommer et interpeller. Une image frappante de préjudice ne constitue pas pour autant une preuve contre une personne réelle de la communauté du locuteur. II.15 commence par la peur ressentie par l'individu. II.16 conçoit une réponse protectrice en dehors de ce sentiment.
II.15 accorde à la peur une place dans l'expérience même du locuteur ; II.16 se tourne vers l'extérieur, vers la protection. Il s'agit d'un déplacement de lieu, et non d'un simple synonyme supplémentaire pour désigner le danger. Les poèmes révèlent comment un sentiment nommé et une garde imaginée peuvent répondre à différentes facettes de la vulnérabilité.
Du sentiment intérieur à la protection extérieure
Le passage d'un sentiment nommé à un appel vers l'extérieur montre comment des hymnes voisins peuvent aborder la vulnérabilité de manières distinctes. Le mouvement verbal va d'un trouble nommé vers une proposition de changement dans son rapport avec le locuteur. Le cheminement du vers, du danger vers le soulagement souhaité, est plus révélateur qu'une étiquette moderne unique pour désigner toute pratique de protection. Ce changement de lieu a son importance : la vulnérabilité est d'abord formulée intérieurement, puis mise en scène comme une relation d'aide.
II.15 mis en regard de II.16
II.15 s'enquiert de l'état de la personne. II.16 établit un bouclier plus vaste contre ce qui pourrait s'approcher. Un second passage peut prêter au danger un adversaire personnifié là où le premier propose un présage. Cette différence réclame de la part du locuteur une réponse distincte, raison pour laquelle une théorie unique de l'attaque ne saurait convenir.
XIX.16 trace un périmètre autour de la peur
II.15 s'adresse directement à la peur, mais le bienfait associé trouve son ancrage dans XIX.16. Sa première ligne formule le souhait d'être délivré de ses rivaux à l'avant et de toute crainte à l'arrière ; Savitar et un autre protecteur divin couvrent les flancs. Le long verset suivant invoque les Āditya, les feux, Indra et Agni, les Aśvin, Jātavedas et les créateurs de l'être pour défendre le ciel, la terre, l'avant, les approches transversales et chaque côté. Sa logique repose sur la saturation spatiale : aucune direction ne doit demeurer ouverte.
Whitney note que cet hymne est absent de la recension Pāippalāda, alors qu'un autre passage du Livre XIX le répète. Il relève aussi un désaccord quant à savoir si la longue seconde unité constitue un seul verset ou deux. Cela a son importance, car une désignation moderne telle qu'un charme contre la peur en trois versets peut sembler plus stable que la division conservée ne le justifie. Le texte n'est pas une définition psychologique de l'angoisse ; c'est une cartographie des menaces et des protecteurs entourant un individu vulnérable.
Les deux poèmes sur la peur s'adressent à des objets distincts
II.15 fait de la peur elle-même un état auquel on s'adresse. XIX.16 assigne à la peur une position à l'arrière et aux rivaux une position à l'avant, puis peuple le reste de l'espace de gardiens. L'un des poèmes peut résonner comme une conversation avec une émotion ; l'autre s'apparente à un périmètre défensif. Ce dernier offre la combinaison explicite du bienfait associé unissant rivaux et peur de tous côtés. Les considérer comme interchangeables ferait perdre de vue les manières distinctes dont leurs mots organisent le danger.
Le rituel contemporain en six phases pour les membres est une composition symbolique originale, et non la cérémonie nocturne pour un roi que Whitney rattache à XIX.16 dans une source postérieure. Le cadre royal peut expliquer pourquoi la protection est envisagée dans toutes les directions, mais le verset ne prouve aucune menace actuelle particulière. Son intérêt durable réside dans cette représentation de la sécurité comme une sollicitude enveloppante complète. Le poème historique donne une forme à la vulnérabilité sans fournir de diagnostic sur ce qui l'a causée ni sur qui en est à l'origine.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture dirigée : une peur interpellée et un espace sécurisé
Lisez II.15 et notez les passages où la peur est traitée comme le sujet d'une interpellation. Lisez ensuite XIX.16.1 : les rivaux se tiennent à l'avant, l'intrépidité à l'arrière, et des divinités nommées couvrent les flancs. Poursuivez dans la longue unité suivante, en dénombrant ses défenses pour le ciel, la terre, l'avant et les approches transversales. Le premier hymne se concentre sur la peur en tant qu'état ; le second la répartit à travers un espace que des protecteurs doivent investir. La remarque de Whitney sur la division incertaine des versets de XIX.16 modifie un point technique sans altérer ce mouvement spatial. Cette comparaison explique pourquoi le bienfait associé mentionne à la fois les rivaux et la peur de tous côtés.
