LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Ces versets fournissent la formulation et la séquence examinées dans l'article ci-dessous.
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Contre les démons : avec une amulette de plomb
Ces dévoreurs qui, la nuit de la nouvelle lune, se sont levés en troupes (?) : le quatrième Agni est le destructeur de démons ; il nous bénira.
Le plomb, Varuṇa le bénit ; le plomb, Agni le favorise ; Indra m'a octroyé le plomb ; il est, assurément, un dissipateur de démons familiers.
Ceci subjugue le víṣkandha ; ceci chasse (bādh) les dévoreurs ; avec ceci je subjugue toutes les engeances (jātá) qui sont les piçācī́.
Si tu tues notre vache, si [notre] cheval, si notre homme (púruṣa), nous te perçons là avec du plomb, pour que tu ne sois point le meurtrier de nos héros.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.16 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Pour une longue vie, etc. : avec une amulette d'or
L'or que les descendants de Dakṣa, bienveillants, ont attaché pour Çatānīka, cet or je l'attache pour toi, en vue de la vie (ā́yus), de l'éclat, de la force, pour une longue vie de cent automnes.
Ni les démons, ni les piçācás ne le terrassent, car ceci est la force première-née des dieux ; quiconque porte l'or des descendants de Dakṣa s'assure une longue vie parmi les vivants.
L'éclat des eaux, la lumière, la force et la puissance, ainsi que les pouvoirs héroïques (vīryà) des arbres des forêts, nous les maintenons en lui, tout comme en Indra les pouvoirs d'Indra (indriyá) ; cet or, lui qui en est capable, le portera.
Des saisons d'étés (? sámā), des mois, nous te [remplissons] ; du lait de l'année je [te] remplis ; qu'Indra et Agni, que tous les dieux t'approuvent, sans nourrir d'inimitié.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.35 sur Wikisource ↗
ATHARVA-VEDA · LIVRE II À LA LOUPE
Contre divers maux : avec une amulette de jan̄giḍá
En vue d'une longue vie, d'une grande joie, nous, indemnes de tout mal, capables (dakṣ) en tout temps, portons le jan̄giḍá, l'amulette qui ruine le víṣkandha.
Contre le jambá, contre le viçará, contre le víṣkandha, contre la brûlure (abhiçócana), que le jan̄giḍá, l'amulette aux mille vaillances (-vīryà), nous protège de toutes parts.
Celui-ci subjugue le víṣkandha ; celui-ci chasse les dévoreurs ; que ce jan̄giḍá, détenteur de tous les remèdes, nous protège de l'angoisse.
Avec l'amulette donnée par les dieux, le bienveillant jan̄giḍá, nous terrassons dans la lutte (vyāyāmá) le víṣkandha [et] tous les démons.
Lire les 2 versets restants de II.4
Que le chanvre et le jan̄giḍá me défendent tous deux du víṣkandha : l'un rapporté de la forêt, l'autre issu des sucs (rása) du labour.
Destructrice de sorcellerie est cette amulette, et de même destructrice des avares ; de même le puissant jan̄giḍá prolongera nos existences.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter II.4 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE X EN DÉTAIL
Avec une amulette
La tête du cousin avare (arātīyú), de l'ennemi au cœur mauvais, je la tranche avec force.
Cette amulette, née du soc de la charrue, me servira de protection (várman) ; elle est venue à moi emplie de bouillie, de sève, avec splendeur.
Puisque l'habile artisan (tákṣan) t'a façonné de sa main avec une lame, que de cela les eaux vives et pures (çúci) te purifient, toi qui es pur.
Que cette amulette parée de guirlandes d'or, dispensant (dhā) la foi, le sacrifice, la grandeur, demeure en hôte dans notre maison.
Lire les 31 versets restants de X.6
À elle nous distribuons (kṣad) ghee, boisson forte, miel, aliment après aliment ; pour nous, comme un père pour ses fils, qu'elle procure (cikits-) le meilleur et le meilleur encore, toujours plus, jour après jour : l'amulette, issue des dieux.
Cette amulette, ce soc de charrue, dégoulinant de ghee, redoutable khadirá, que Brihaspati a liée en vue de la force : voilà ce qu'Agni a attaché ; elle lui procure (duh) du beurre sacrificiel, toujours plus, jour après jour ; avec cela, massacre tes ennemis.
Cette amulette, etc. etc. : voilà ce qu'Indra a attaché, en vue de la force, de l'héroïsme ; elle lui procure de la puissance, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette, etc. etc. : voilà ce que Soma a attaché, en vue d'une ouïe (çrótra) [et] d'une vue (cákṣas) supérieures ; elle lui procure de la splendeur, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette, etc. etc. : voilà ce que le soleil a attaché ; avec elle il a conquis ces contrées ; elle lui procure la prospérité (bhū́ti), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette, etc. etc. : portant cette amulette, la lune a conquis les forteresses des Asuras, les [forteresses] d'or des Dānavas ; elle lui procure la fortune, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, elle lui procure la vigueur (vā́jina), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, avec cette amulette les Açvins défendent ce labourage (kṛṣí) ; elle procure aux deux médecins la grandeur, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, Savitar, portant cette amulette, a conquis par elle ce ciel (svàr) ; elle lui procure la grâce féconde (sūnṛ́tā), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, portant cette amulette les eaux coulent à jamais inépuisées ; elle leur procure l'immortalité (amṛ́ta), toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, cette amulette salutaire, le roi Varuṇa l'a attachée ; elle lui procure la vérité, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, portant cette amulette, les dieux ont conquis par le combat tous les mondes ; elle leur procure la conquête, toujours plus, etc. etc.
Cette amulette que Brihaspati a liée pour le vent rapide, cette amulette salutaire, les déités ici présentes l'ont attachée ; elle leur procure toute chose, toujours plus, etc. etc.
Les saisons l'ont liée ; ceux des saisons l'ont liée ; l'année, l'ayant liée, défend toute l'existence.
Les points intermédiaires l'ont liée ; les directions l'ont liée ; l'amulette créée par Prajāpati a placé mes ennemis au-dessous de moi (ádhara).
Les Atharvans l'ont liée ; les descendants d'Atharvan l'ont liée ; alliés (medín) à eux, les An̄girases ont brisé les forteresses des barbares ; avec elle, massacre tes ennemis.
Dhātar l'a attachée ; il a ordonné (vi-kḷp) [toute] l'existence ; avec elle, massacre tes ennemis.
Cette [amulette] que Brihaspati a liée pour les dieux, perte pour les Asuras : cette amulette est venue ici à moi, avec la sève, avec la splendeur.
Cette [amulette] etc. etc., avec les vaches, avec les chèvres et les brebis, avec la nourriture, avec la descendance.
Cette [amulette] etc. etc., avec le riz et l'orge, avec la grandeur, la prospérité.
Cette [amulette] etc. etc., avec un flot de miel, de ghee, avec la douce boisson : l'amulette.
Cette [amulette] etc. etc., avec le rafraîchissement, avec le lait, avec les biens, avec la fortune.
Cette [amulette] etc. etc., avec l'éclat, avec la brillance, avec la gloire, avec le renom.
Cette [amulette] etc. etc., avec toutes les floraisons.
Que les déités me donnent ici cette amulette en vue de la prospérité : l'amulette souveraine, qui accroît l'autorité et terrasse les rivaux.
Avec le bráhman, avec la clarté, j'attache sur moi la bienfaisante ; exempte de rivaux, destructrice de rivaux, elle a mis mes adversaires sous mes pieds.
Que cette amulette née des dieux me rende supérieur à mon ennemi ; celle dont les trois mondes vénèrent le lait extrait, que cette amulette monte ici sur moi, pour la suprématie, à la tête.
Ce dont les dieux, les Pères, les hommes se nourrissent sans cesse, que cette amulette monte ici sur moi, pour la suprématie, à la tête.
Comme la semence dans un champ cultivé (urvárā) grandit là où passe le soc, qu'en moi croissent descendance, bétail et subsistance après subsistance.
Sur celui à qui je t'ai attachée, propice, ô amulette qui accroît le sacrifice, ranime-le vers la suprématie, ô amulette aux cent présents sacrificiels.
Ce combustible disposé en commun, ô Agni, savoure-le et accueille-le par des oblations ; puissions-nous trouver en lui faveur, bien-être, descendance, vue, bétail, en Jātavedas embrasé par le culte (bráhman).
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire X.6 sur Wikisource ↗
Plomb, or et jāṅgiḍa
Le plomb, l'or et le jāṅgiḍa ne sont pas trois exemples d'une même substance magique. I.16 fait répondre le plomb au danger ; I.35 confie à l'or un vœu de longévité ; II.4 invoque une plante contre une variété croissante de maux. Les poèmes associent un avenir distinct à chaque objet porté, et cette différence s'enracine dès la demande formulée.
I.16 place le plomb face au danger ; I.35 relie l'or à la vie ; II.4 sature le jāṅgiḍa de menaces auxquelles il est censé résister. La matière change, mais surtout, l'issue demandée évolue avec elle. « Une amulette » n'est que le point de départ d'une lecture.
Une matière reçoit une tâche
Une amulette est portative, mais cette portabilité ne nous apprend presque rien sur son dessein. L'exigence défensive du texte sur le plomb est acérée ; le texte sur l'or situe le rayonnement près d'une longévité espérée ; le poème sur le jāṅgiḍa énumère menace après menace. Ce qui importe réside dans le lien entre la matière, l'énumération verbale et la situation vécue imaginée autour de celui qui la porte.
Trois objets, trois requêtes
Lisez I.16, I.35 et II.4 comme une comparaison sur trois colonnes. Le plomb affronte le danger, l'or signale une vie prospère et le jāṅgiḍa reçoit un inventaire protecteur foisonnant. Ces fonctions verbales distinctes montrent pourquoi un répertoire d'amulettes classé uniquement par métal ou par plante dissimulerait les requêtes réelles des poèmes. Le contraste ne constitue pas une hiérarchie entre des matières plus fortes ou plus faibles. Il s'agit d'une comparaison de la façon dont trois voix lient trois espoirs très différents à ce qu'une personne peut porter sur elle.
L'amulette du soc de charrue accumule les provisions
X.6 prête à une amulette une histoire matérielle différente des exemples de plomb, d'or et de jāṅgiḍa présentés dans l'article. Il décrit un objet issu d'un soc de charrue, façonné ou taillé par un forgeron, lavé à l'eau claire et accueilli comme un hôte dans la demeure. L'objet peut avoir une fonction défensive au verset 2, pourtant le verset 5 l'exhorte à pourvoir de mieux en mieux et toujours plus, jour après jour, tout comme un père pourvoit aux besoins de ses enfants. Sa prospérité consiste en un soutien renouvelé, non en un gain ponctuel.
Le schéma récurrent de l'hymne aux versets 6–17 attribue l'amulette aux dieux et aux puissances cosmiques, chacun recevant un bienfait particulier. Agni reçoit le beurre sacrificiel, Indra la force, Soma la splendeur, le Soleil la croissance et la Lune la fortune. La répétition fait d'un unique objet façonné le vecteur de multiples formes d'accroissement. Whitney relève que le Pāippalāda inverse l'ordre du Soleil et de Soma aux versets 8–9 ; même la suite des dons apportés par l'amulette peut varier selon les témoins manuscrits.
Les provisions sont désignées en biens domestiques
Les versets ultérieurs associent l'amulette aux bovins, aux chèvres, aux moutons, au riz, à l'orge, au lait, aux biens matériels et à la fortune. Ce sont des formes concrètes de subsistance. Le plomb en I.16 constitue principalement une barrière protectrice ; l'or en I.35 concerne la vie et l'éclat ; le jangida en II.4 combat les nuisances. X.6 est l'élément le plus manifeste de la comparaison pour faire croître les provisions. Traiter ces quatre amulettes comme des talismans interchangeables effacerait leurs distinctions matérielles et verbales.
Whitney indique que de nombreux versets de X.6 sont absents de la version Pāippalāda, y compris plusieurs lignes d'inventaire finales. La séquence Śaunaka montre néanmoins pourquoi une amulette pouvait être envisagée comme une source durable de subsistance pour le foyer. Le travail en six phases réservé aux membres qui l'accompagne est une création moderne originale, et non un charme de soc de charrue retrouvé. Son bénéfice reprend le vocabulaire répété d'accroissement continu de l'hymne historique, tandis que l'article maintient la distinction propre à chaque objet matériel.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture pratique : une amulette, plusieurs économies
Comparez I.16, I.35, II.4 et X.6 en interrogeant ce que chaque objet est censé accomplir. L'objet en plomb traite la magie hostile ; l'or recherche la vie et la clarté ; le jangida repousse les forces néfastes. X.6.5 réclame des provisions meilleures et plus abondantes jour après jour, tandis que les versets 23–26 énumèrent animaux, céréales, lait, biens et fortune. Il ne s'agit pas de résultats identiques. Au sein de X.6, lisez les versets 8–10 comme une progression de splendeur, de croissance et de fortune, puis remarquez le compte rendu de Whitney selon lequel la Pāippalāda intervertit le soleil et Soma aux deux premières places. La forme commune d'amulette dissimule des matériaux, des objectifs et un ordre textuel changeants.
