LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE I À LA UNE
Avec une oblation : pour la confluence des richesses
Ensemble, ensemble que coulent les rivières, ensemble les vents, ensemble les oiseaux (patatrín) ; que de tout temps ils agréent ce sacrifice qui est mien ; j'offre avec une oblation de confluence (saṁsrāvyà).
Venez droit ici à mon appel, ici vous aussi, affluents confluents ; faites prospérer cet homme, ô chants ; que chaque bête (paçú) qui existe vienne ici ; que toute richesse (rayí) existante demeure (sthā) auprès de lui.
Les sources des ruisseaux qui s'écoulent ensemble, à jamais inépuisables, avec toutes ces confluences nous faisons affluer les richesses (dhána) vers moi.
Ces [sources] de beurre (sarpís) qui s'écoulent ensemble, et de lait, et d'eau, avec toutes ces confluences nous faisons affluer les richesses vers moi.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.15 sur Wikisource ↗
ATHARVA-VÉDA · LIVRE XIX ÉGALEMENT CITÉ
Avec une oblation pour la confluence
Lire l'hymne de comparaison XIX.1 (3 versets)
Ensemble, que les rivières coulent ensemble, ensemble les vents, ensemble les oiseaux ; faites grandir ce sacrifice, ô chants (gír) ; j'offre avec une oblation de confluence.
Ce sacrifice, soutenez-le, ô offrandes (hóma) ; celui-ci, vous aussi qui coulez ensemble : faites grandir ce sacrifice, ô chants ; j'offre avec une oblation de confluence.
Forme par forme, vigueur (váyas) par vigueur, en les saisissant ensemble, je l'étreins : que les quatre orients fassent grandir ce sacrifice ; j'offre avec une oblation de confluence.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire XIX.1 sur Wikisource ↗
La première confluence dépasse la simple richesse
Le verset 1 réunit les rivières, les vents et les oiseaux dans un même mouvement. Il place ensuite une oblation au cœur de cette convergence. Il ne s'agit pas de trois sources de numéraire, mais de trois modalités de déplacement à travers le monde visible. L'appel répété au rassemblement fournit à l'offrande sa cohérence verbale : ce qui est dispersé est convié à suivre un cours unique. Whitney note qu'un terme clé pour la confluence pouvait avoir une portée technique impossible à restituer entièrement par la traduction. Le lecteur se gardera donc de transformer cette métaphore en un procédé financier antique précis.
L'application ultérieure du Kauśikasūtra, consignée dans la note de Whitney, implique de l'eau issue de deux cours d'eau navigables et des grains mélangés. Cette mise en acte matérielle donne tout son sens à la métaphore du confluent, mais il s'agit d'un usage rituel plus tardif rattaché à l'hymne. Le poème lui-même ne décrit nullement une pratique moderne associant bol et pièces de monnaie, ni un compte bancaire. Sa puissance en tant que poésie réside dans le fait de rendre audibles de nombreux mouvements à la fois, puis de les concentrer vers un bénéficiaire dont le foyer a besoin de subsistance.
Le verbe inattendu est demeurer
Le vers 2 appelle les confluents vers l'orateur et demande que les animaux viennent tandis que la richesse demeure auprès d'un homme. Le passage de la venue au maintien sur place est facile à manquer. Si la richesse se déplace comme l'eau, pourquoi devrait-elle rester ? Le vers associe l'attraction à la préservation. Il imagine un foyer capable d'accueillir des animaux et des biens sans les perdre aussitôt. Il s'agit du lien textuel le plus fort avec le bienfait exact consistant à amasser et conserver la richesse ; la seconde moitié du bienfait n'est pas un ajout moderne.
Cette requête nous indique également ce qui compte comme richesse dans le monde de l'hymne. Des animaux sont nommés, et non un simple chiffre dans un grand livre de comptes abstrait. Un lecteur d'aujourd'hui peut y voir une comparaison avec de multiples sources de revenus, mais le texte historique traite d'actifs vivants, d'offrandes et d'une personne subvenue par ces éléments. Cette différence confère à l'image ancienne toute sa profondeur. Le confluent à lui seul ne constitue pas la prospérité si rien ne peut être conservé, soigné ou mis à profit après son arrivée.
Les fontaines deviennent nourriture
Les vers 3 et 4 resserrent l'immense mouvement du vers 1 en fontaines et en substances fluides. Le troisième vers imagine des ruisseaux intarissables ; le quatrième nomme le beurre, le lait et l'eau. Il ne s'agit pas de substitutions décoratives. Elles orientent le souhait d'un trafic cosmique vers les matières de nourriture et d'offrande. Le verbe répété faisant couler ensemble les richesses maintient les parties du poème dans un même ensemble, mais la texture devient plus domestique et nourrissante à mesure qu'il progresse.
Whitney rapporte un ordre Pāippalāda selon 1, 4, 3, 2. Dans ce témoin, l'appel explicite à ce que la richesse demeure devient la fin au lieu d'apparaître tôt. Une lecture élaborée peut donc se demander si la rétention est le pivot ou le point culminant. La réponse dépend de la version consultée. Traiter les deux ordres comme identiques effacerait la tension entre mouvement et stabilité qui rend l'hymne digne d'analyse.
Un écho ultérieur montre comment voyagent les formules
Le Livre XIX.1 réutilise le langage de la confluence de I.15, y compris le mouvement initial des fleuves et des vents. La répétition à travers le recueil ne signifie pas que chaque apparition possède le même cadre littéraire ou la même application rituelle. Cet écho plus tardif montre comment un modèle verbal efficace peut être transposé dans un autre passage de l'anthologie. Il met aussi en garde contre l'isolement d'un vers comme s'il s'agissait d'un slogan de prospérité exclusif, détaché d'une histoire de réutilisation.
Le sortilège associé relève d'une écriture symbolique contemporaine inédite. Son bienfait exact mentionne d'amasser et de conserver la richesse, car tel est le double mouvement de I.15. L'hymne historique ne garantit pas d'argent, n'identifie aucun investissement et ne prescrit aucun déroulement opératoire moderne. Une lecture occulte avertie prend sa métaphore suffisamment au sérieux pour en respecter les limites : les ressources affluent, mais le poème s'inquiète aussi de ce qui leur permet de rester. Cette question survit à la traduction dans une nouvelle ère, même lorsque les pratiques ne subsistent pas.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture élaborée : où s'arrête le fleuve ?
Lisez I.15.1 avec I.15.2. Le premier vers demande à de nombreuses formes de mouvement de converger ; le second demande aux animaux d'arriver et à la richesse de demeurer. Passez ensuite aux vers 3 et 4, où les fontaines et les liquides nourrissants confèrent à l'image d'écoulement un poids matériel. Inversez enfin l'ordre intermédiaire conformément à la séquence Pāippalāda rapportée par Whitney, 1, 4, 3, 2. Dans cette séquence, la supplique pour la rétention conclut le poème. Les quatre mêmes parties ressemblent désormais à un cheminement allant d'une convergence à l'échelle du monde vers l'établissement au sein d'un foyer, en passant par la nourriture. Cet exercice montre pourquoi amasser et conserver sont des désirs liés, mais nullement interchangeables.
