LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE VI EN DÉTAIL
Contre les ennemis
Quiconque, sans foi, ô Brahmaṇaspati, complote contre nous, puisses-tu soumettre chacun d'eux à moi, le sacrificateur, le presseur de soma.
Quiconque de mauvaise renommée, ô Soma, nous visera, nous qui jouissons d'une bonne renommée, frappe-lui le visage de la foudre; qu'il s'en aille broyé (sam-piṣ).
Quiconque, ô Soma, nous assaillira, qu'il soit de notre propre lignée ou bien un étranger, arrache (tṛ) sa force, comme le vaste ciel, dès maintenant (?).
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.6 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VI ÉGALEMENT CITÉ
Pour la supériorité
Lire l'hymne comparatif VI.15 (3 versets)
Tu es la plus haute des plantes; pour toi les arbres sont des sujets (upastí); que celui qui nous assaille devienne notre sujet.
Quiconque, qu'il soit parent ou non de notre lignée, nous assaille, puissé-je être au-dessus de tous, comme celle-ci l'est des arbres.
Comme parmi les herbes le soma est fait suprême des oblations, comme le talā́çā l'est des arbres, [ainsi] puissé-je être au sommet.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.15 sur Wikisource ↗
L'officiant affirme son identité rituelle
Le premier verset s'adresse à Brahmaṇaspati et qualifie l'adversaire d'impie et de comploteur. Sa réponse n'est pas encore la destruction physique : le comploteur doit être soumis au sacrifiant qui presse le soma. Cette auto-désignation est déterminante, car elle situe le locuteur au cœur du culte légitime tel qu'il le définit. L'impiété supposée du rival et le labeur rituel du locuteur forment un contraste moral. L'hymne ne donne aucun récit extérieur du complot et ne livre pas le nom de l'individu. La force du verset réside dans l'utilisation d'une distinction religieuse à des fins politiques. Une personne présentée comme étrangère au culte véritable est imaginée perdant toute capacité d'agir face au locuteur.
La réputation devient un autre champ de bataille
Le verset 2 s'adresse à Soma et oppose une personne qualifiée de mauvaise réputation à un groupe dit de bonne réputation. Un foudre est réclamé contre le visage de cet adversaire, suivi du souhait qu'il reparte brisé. Le visage est la surface sociale visible ; le contraste de renommée rend le coup physique d'autant plus tranchant. Le poème passe du complot secret prêté à autrui au statut public et à l'opprobre public. Whitney note une correction textuelle dans la forme traduite par de bonne réputation, appuyée par le Pāippalāda et le commentaire. C'est bien plus qu'un ajustement orthographique, puisque l'antithèse entre bonne et mauvaise réputation porte l'argument du verset. Sans elle, le net contraste social s'atténuerait.
Parents et étrangers constituent des assaillants tout aussi plausibles
Le troisième verset précise qu'un agresseur peut appartenir à la même parenté ou lui être étranger. Il est demandé à Soma de dérober la force de cet individu. Whitney juge la formulation finale difficile et évoque une altération possible de la ligne de l'Atharvaveda. Le verset apparaît également dans le Rigveda X.133.5, où Indra remplace Soma et où d'autres mots diffèrent. Ainsi, l'hymne reçu propose une catégorie de cible limpide, mais une métaphore incertaine quant à la façon précise dont la force est ôtée. Sa portée sociale est frappante : la parenté n'offre aucune immunité automatique contre le conflit. L'inquiétude du locuteur porte sur une attaque menée contre son camp, quel qu'en soit l'auteur, et le retournement désiré est une capacité diminuée.
Contraste avec l'herbe de supériorité
VI.15 s'adresse aussi à une personne qui s'en prend au locuteur, qu'elle soit apparentée ou non, mais le résultat souhaité est que le locuteur occupe le rang le plus élevé, telle une plante ou un arbre au-dessus des autres. VI.6 s'attache à ce que l'adversaire perd : indépendance, réputation et force. Les deux hymnes partagent une définition souple de l'agresseur tout en agençant la victoire de façon différente. L'un fonde une hiérarchie par comparaison avec le monde végétal ; l'autre demande à des divinités nommées d'agir directement contre un comploteur. Qualifier VI.6 de malédiction visant à priver de force n'est un raccourci pertinent que si l'on garde en mémoire ses deux premiers versets. Le poème s'intéresse tout autant à la soumission et à l'opposition publique entre bonne et mauvaise réputation.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Du statut de sujet à l'adversaire vidé de ses forces
Lisez VI.6.1 en regard de VI.6.3. Le premier demande à Brahmaṇaspati de soumettre un conspirateur au sacrifiant ; le troisième demande à Soma de ravir la force d'un assaillant, même si celui-ci est un parent. La cible a évolué, passant d'un comploteur supposé impie à n'importe quel agresseur. VI.15.2 offre une autre réponse à l'attaque d'un proche ou d'un étranger : le locuteur recherche la plus haute place pour lui-même. Prises ensemble, ces lignes séparent l'abaissement de l'ennemi de l'élévation de soi, bien que toutes deux visent un avantage. La clause de Soma sur le proche ou l'étranger élargit l'animosité possible sans preuve contre un parent nommément désigné ; le poème rend les liens familiaux sans importance face à l'attaque redoutée.
