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Rituels, significations et traditions magiques

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Atharvaveda · Amour et obéissance

La vérité au sein du couple : la concorde ne dévoile pas un fait caché

Un disque lunaire décoratif en argent, des anneaux en laiton non gradués et un livre indigo.

Un souhait de vérité cherche à savoir si autrui révélera une chose réelle, même inconfortable. L'Atharvaveda III.30 aspire à ce qu'une maisonnée parle et vive en concorde. Son idéal de propos bienveillants est important, mais il ne s'agit pas d'une épreuve de vérité antique.

LE TEXTE · ATHARVAVEDA

Hymnes abordés dans cet article

Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.

III.30

ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE

Pour la concorde

  1. Je fais naître pour vous communion de cœur, accord des esprits et absence d'hostilité ; témoignez-vous de l'affection (hary) les uns envers les autres, à l'image de la [vache] inviolable envers son veau à sa naissance.

  2. Que le fils soit soumis au père, en communion de pensée avec la mère ; que l'épouse adresse à son époux des paroles (vā́c) pleines de douceur et de paix.

  3. Que le frère ne haïsse point son frère, ni la sœur sa sœur ; devenant unanimes (samyáñc), animés des mêmes desseins, tenez des propos auspicieux (bhadráyā).

  4. Cette incantation en vertu de laquelle les dieux ne se séparent point et ne se haïssent point mutuellement, nous l'accomplissons dans votre demeure, source de concorde pour [vos] hommes (púruṣa).

Lire les 3 versets restants de III.30
  1. Reconnaissant vos aînés (jyā́yasvant), pleins de résolution, ne soyez pas divisés, accomplissant ensemble votre tâche, avançant d'un même effort (sádhura) ; venez ici en tenant des propos bienveillants les uns envers les autres ; je vous rends unis (sadhrīcī́na), en communion de pensée.

  2. Que votre boisson (prapā́) [soit] la même, votre partage de nourriture en commun ; c'est sous le même joug (yóktra) que je vous lie ⌊yuj⌋ ensemble ; vénérez Agni d'un même cœur, comme les rayons autour du moyeu.

  3. Unis, en communion d'esprit, je vous rassemble en un seul faisceau, vous tous, par ma conciliation ; [soyez] semblables aux dieux défendant l'immortalité (amṛ́ta) ; tard comme tôt, que la bienveillance vous appartienne.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.30 sur Wikisource ↗

I.34

ATHARVAVEDA · LIVRE I ÉGALEMENT CITÉ

Un sortilège d'amour : avec une herbe douce

Lire l'hymne comparatif I.34 (5 versets)
  1. Cette plante est née du miel (mádhu-) ; avec du miel nous te déterrons ; c'est du miel que tu es engendrée ; ⌊ainsi⌋ fais que nous soyons pourvus de miel.

  2. Au bout de ma langue le miel, à la racine de ma langue la douceur du miel ; puisses-tu être tout entière sous mon pouvoir (krátu), puisses-tu adhérer à mon dessein (cittá).

  3. Empreinte de miel (mádhumant) [est] mon entrée, empreinte de miel ma sortie ; de ma voix je dis ce qui est miellé ; puissé-je être à l'image du miel.

  4. Plus doux que le miel suis-je (mádhu), plus miellé que la plante à miel ; de moi en vérité tu seras éprise (? van), comme d'une branche chargée de miel.

  5. Autour de toi avec une canne à sucre enlacée (paritatnú) j'ai marché, afin d'écarter toute haine mutuelle ; pour que tu sois celle qui m'aime, pour que tu sois celle qui ne s'éloigne pas de moi.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.34 sur Wikisource ↗

III.25

ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ

Pour commander l'amour d'une femme

Lire l'hymne comparatif III.25 (6 versets)
  1. Que le propulseur te pousse (tud) vers le haut ; ne demeure pas (dhṛ) dans ton propre gîte ; par la terrible flèche de l'amour (kā́ma), je te transperce le cœur.

  2. La flèche empennée de nostalgie (ādhī́), armée d'amour à sa pointe, pourvue de détermination en son collet (? saṁkalpá-), rendue bien droite, que l'amour en transperce ton cœur.

  3. La flèche d'amour bien affilée qui dessèche la rate, aux pennes orientées vers l'avant, dévorante (vyòṣa), par elle je te transperce le cœur.

  4. Transpercée d'une douleur ardente (çúc), la gorge desséchée, viens en rampant vers moi, docile, ta fureur apaisée, tout entière à [moi], aux douces paroles, soumise.

  5. Je te pousse vers moi avec un aiguillon (ā́janī), loin de ta mère, de même que de ton père, afin que tu sois en mon pouvoir (krátu), que tu te plies à mon dessein.

  6. Ô Mitra et Varuṇa, chassez les desseins de son cœur ; puis, la rendant impuissante, soumettez-la à mon autorité.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.25 sur Wikisource ↗

Le III.30 valorise l'harmonie à travers de multiples rôles

L'hymne à la concorde commence par implorer la concorde d'esprit et l'absence d'animosité. Il chemine ensuite de l'enfant au parent, de l'épouse à l'époux, entre frères et sœurs, puis au sein d'une maisonnée élargie. Le verset 3 invite la fratrie à ne pas se haïr et à s'adresser des paroles favorables; le verset 5 exhorte chacun à tenir des propos bienveillants tout en travaillant ensemble. Cet agencement montre la préoccupation sociale majeure de l'hymne : maintenir la cohésion d'une communauté. Il n'introduit aucun fait contesté ni personne contrainte de l'avouer. Les rôles hiérarchisés du foyer font également partie du tableau, de sorte qu'une parole aimable ne garantit pas que chaque participant soit libre d'exprimer une vérité déplaisante d'égal à égal. L'interrogation contemporaine sur la franchise ne peut trouver sa réponse dans le seul emploi de mots agréables.

Le I.34 adoucit la parole bien au-delà de la romance

Dans I.34, le miel se transmet d'une plante à la langue, à la voix, à l'arrivée, au départ et à l'apparence de l'orateur. Le poème peut rendre la parole de l'orateur séduisante, tandis que le verset 2 souhaite également qu'un tiers se conforme à ses desseins. Whitney relève des applications ultérieures dans le cadre de joutes oratoires et de mariages. Un débat peut énoncer des thèses véridiques, mais une voix doucereuse et habile ne prouve pas en elle-même la véracité d'une affirmation. L'application rituelle ultérieure ne doit pas être confondue avec un rituel de révélation au sein de l'hymne. Comparé à III.30, I.34 rend la persuasion plus intime et mouvante; aucun de ces textes ne procure de procédé pour déceler le mensonge dans les déclarations d'autrui.

Le III.25 montre pourquoi la soumission n'est qu'un pâle substitut

III.25 forme un contraste plus saisissant. Son locuteur imagine une flèche d'amour transperçant le cœur d'une femme, puis implore qu'elle soit entraînée vers lui et dépouillée de ses propres intentions. Le résultat recherché est l'emprise, non un aveu de vérité. Le verset 4 souhaite même qu'elle en vienne à tenir des propos amènes au milieu de la douleur et de la soumission. Une personne qui prononce ce qu'un tiers exige ne dit pas obligatoirement la vérité. Le registre coercitif de l'hymne illustre sans détour cette frontière. Sa lecture en regard des hymnes à la concorde et au miel évite de réduire trois ambitions bien différentes (des rapports paisibles, une présentation de soi persuasive et une réponse extorquée) à la promesse moderne d'une vérité révélée au grand jour.

La Vérité Claire est une demande moderne

« Faire en sorte qu'une personne ciblée me dise la vérité » et La Vérité claire constituent un bénéfice et une pratique contemporains originaux. Les hymnes mentionnés ne précisent aucunement le fait en litige, ne confirment pas que la personne ciblée en a connaissance et ne garantissent aucun aveu. Le lectorat contemporain peut mettre à profit leurs nuances pour déterminer s'il recherche un échange serein, un ton convaincant ou une réponse obtenue sous la contrainte. Ces démarches n'ont pas la même portée probatoire. Les textes anciens ne fournissent aucun moyen infaillible de vérifier la sincérité d'une personne. La vérité dépend toujours de ce qui est prononcé, de ce qui peut être vérifié et de la liberté qu'a l'orateur de répondre loyalement, et non d'un accomplissement promis par III.30.

Mettre à l'épreuve trois registres de parole

Mettez la demande de paroles auspicieuses de III.30.3 en regard de la voix mielleuse de I.34.3. Dans le premier passage, les proches doivent maintenir la concorde ; dans le second, la propre présentation de l'orateur se fait douce. Lisez ensuite III.25.4, où l'on s'attend à ce que la femme parle agréablement après une blessure et une détresse imaginées. L'adjectif agréable a beau apparaître au fil de ces scènes, la source et la finalité des paroles changent radicalement. Aucune ne demande à une personne d'énoncer avec exactitude un fait inconfortable. Une demande moderne de vérité ajoute ce critère manquant ; la comparaison montre pourquoi l'harmonie ou la complaisance ne sauraient en garantir l'authenticité.

Textes sources et études

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