LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVAVEDA · LIVRE VI EN DÉTAIL
Pour le recouvrement et la conservation de ce qui est perdu
Le ciel s'est tenu ferme ; la terre s'est tenue ferme ; tout ce monde vivant s'est tenu ferme ; sur leur assise (āsthána) les montagnes se sont tenues fermes ; j'ai fait se tenir fermes les chevaux en leur station.
Celui qui a maîtrisé le départ, celui qui a maîtrisé l'arrivée, le retour en ce lieu, le retour au bercail, lui qui est pasteur, c'est lui que j'invoque.
Ô Jātavedas, fais revenir ; que tes rabatteurs vers nous soient au nombre de cent, tes rabatteurs par ici au nombre de mille ; avec eux, ramène à nous ce qui est nôtre.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.77 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VI ÉGALEMENT CITÉ
Pour la cessation d'une maladie
Lire l'hymne comparatif VI.44 (3 versets)
Le ciel s'est tenu immobile ; la terre s'est tenue immobile ; tout ce monde vivant s'est tenu immobile ; les arbres se sont tenus immobiles, dormant dressés ; que cette maladie qui est tienne s'arrête net.
Quels que soient tes cent remèdes, et quel que soit ton millier de remèdes réunis, [avec eux tu es] le souverain remède contre le flux, le meilleur effaceur de la maladie.
Tu es l'urine de Rudra, le nombril de l'immortel (amṛ́ta) ; viṣāṇakā́ (« pourvue de cornes ») par ton nom es-tu, issue de la racine des Pères, capable d'effacer le vātī́kṛta.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VI.44 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VII ÉGALEMENT CITÉ
Pour apaiser les reins (?)
Lire l'hymne de comparaison VII.96 (101) (1 verset)
Les vaches se sont assises en leur lieu ; l'oiseau a volé vers son nid ; les montagnes se sont tenues en leur assise ; j'ai fait se tenir les (deux) reins en leur station.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire VII.96 (101) sur Wikisource ↗
Arrêter d'abord le monde, puis faire revenir l'élément disparu
Le verset 1 répète que le ciel, la terre, le monde vivant et les montagnes se sont tenus immobiles. Il s'achève en contraignant les chevaux à s'immobiliser dans leur station. Cette tournure opère par analogie : si les éléments les plus vastes et les plus agités peuvent demeurer en leur place, la créature égarée ou en partance peut sans doute, elle aussi, être arrêtée. Il s'agit d'un mécanisme de correspondance, et non d'une affirmation littérale prétendant déplacer des montagnes. Le poème pose la stabilité avant d'appeler à l'inversion du mouvement.
Whitney fait remarquer que la première moitié du verset reprend les termes de VI.44, où cette même formule de fixation est employée pour faire cesser la maladie. Une formule susceptible de stopper un mal dans un contexte et un animal en fuite dans un autre ne saurait être confinée à une catégorie moderne unique comme les objets égarés. Sa puissance réside dans une grammaire transposable de l'immobilité. C'est pourquoi un article traitant du bétail perdu doit distinguer ce que le texte nomme réellement de ce qu'un interprète postérieur y a ajouté.
Le bouvier est la figure humaine la plus limpide
Le verset 2 énumère le départ, l'arrivée, le revirement par ici et le retour à l'intérieur avant d'interpeller un berger. Ces directions déclinées dessinent presque la carte des allées et venues autour d'une colonie. La figure du gardien rend plausible l'interprétation pastorale, sans pour autant que le verset ne nomme un animal déterminé ni n'indique que le troupeau se trouve déjà sur un sentier balisé vers la maison. Whitney relève des concordances étroites avec le Rigveda X.19, où l'intention vise explicitement les bêtes à cornes. Ce texte voisin éclaire l'utilité rituelle sans pour autant gommer l'ouverture propre à la formulation de l'Atharvaveda.
Rechercher ne garantit pas un retour assuré. Le verset s'adresse à celui qui a la maîtrise des départs et des retours, comme si une quête victorieuse exigeait la connaissance intime des itinéraires. Dans une société d'éleveurs, la fonction concrète du pasteur était aussi déterminante que toute aide divine espérée. Réduire ce texte à un sortilège de rappel en négligeant le vocabulaire directionnel en affadirait la portée. La formule tente de réorienter une trajectoire : ce qui s'éloigne doit revenir vers nous, et ce qui est dehors doit rentrer.
Des centaines de guides rabatteurs démultiplient le souhait
Le verset final s'adresse à Jātavedas et demande cent, puis mille pouvoirs de faire revenir. Les nombres étendent le renversement souhaité bien au-delà de la portée d'un seul bouvier. Whitney signale qu'une variante pāippalāda fait de l'objet une personne ou une chose masculine, tandis que le commentateur comprend systématiquement une femme enfuie. Il s'agit d'hypothèses matériellement différentes sur ce qui est ainsi récupéré. Une lecture rigoureuse ne feint pas de voir dans le témoignage ancien une cible unique et incontestée.
Cette incertitude importe également sur le plan éthique. Un troupeau de bétail peut être possédé; une personne ne saurait être assimilée à une propriété dans le langage éditorial contemporain. Le réemploi du texte dans des contextes plus tardifs met en évidence une grammaire historique du retour, tandis que le bienfait associé au présent article conserve la paraphrase centrée sur le bétail employée dans la liste des sortilèges. Ce bienfait relève d'une lecture éditoriale délibérée à travers le parallèle pastoral, et non d'une traduction complète de chaque verset et témoin manuscrit.
Les formules voisines maintiennent la rigueur de la comparaison
VI.44 s'ouvre sur le même cosmos immobile, mais souhaite voir cesser une maladie. VII.96 emploie un schéma similaire de fixation dans une ligne ardue relative aux reins ou, selon l'alternative d'un commentateur, aux loups. La formule commune subsiste alors que la cible change. C'est l'une des raisons pour lesquelles un texte magique ne peut être compris à travers une seule image détachée de son destinataire et de son cadre. Les mêmes mots peuvent servir à l'arrêt, au recouvrement ou à la protection selon ce que demande le reste d'un hymne.
Le sortilège en six phases joint est un exercice symbolique contemporain original. Il ne reproduit pas les usages ultérieurs du Kauśikasūtra et ne fournit aucune méthode antique pour ramener des bêtes. La portée historique est plus subtile: le poème demande à un monde déjà stable d'aider un mouvement égaré à rebrousser chemin. Le lecteur peut apprécier à la fois la force poignante de ce vœu et l'incertitude qui entoure son objet. Le texte ancien s'avère plus riche lorsqu'on permet au commentateur, au parallèle et au verset principal d'être en désaccord.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture appliquée: une ligne change de cible
Placez VI.77.1 à côté de VI.44.1. Tous deux commencent par immobiliser le ciel, la terre et le monde vivant, mais VI.44 applique l'analogie de l'immobilité à la maladie, tandis que VI.77 s'oriente vers les chevaux, les chemins et un bouvier. Lisez ensuite VI.77.3 avec la note de Whitney sur la version pāippalāda et le parallèle védique avec le bétail. Le même appel au retour peut s'entendre comme la récupération d'un animal, d'une chose ou, selon la lecture troublante d'un commentateur, d'une femme. La comparaison détaillée montre pourquoi le « retour du bétail égaré » est une interprétation pastorale éclairée plutôt qu'une description exacte de chaque libellé transmis.
