LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.
ATHARVA-VEDA · LIVRE II À LA LOUPE
Contre divers maux : avec une amulette de jan̄giḍá
En vue d'une longue vie, d'une grande joie, nous, indemnes de tout mal, capables (dakṣ) en tout temps, portons le jan̄giḍá, l'amulette qui ruine le víṣkandha.
Contre le jambá, contre le viçará, contre le víṣkandha, contre la brûlure (abhiçócana), que le jan̄giḍá, l'amulette aux mille vaillances (-vīryà), nous protège de toutes parts.
Celui-ci subjugue le víṣkandha ; celui-ci chasse les dévoreurs ; que ce jan̄giḍá, détenteur de tous les remèdes, nous protège de l'angoisse.
Avec l'amulette donnée par les dieux, le bienveillant jan̄giḍá, nous terrassons dans la lutte (vyāyāmá) le víṣkandha [et] tous les démons.
Lire les 2 versets restants de II.4
Que le chanvre et le jan̄giḍá me défendent tous deux du víṣkandha : l'un rapporté de la forêt, l'autre issu des sucs (rása) du labour.
Destructrice de sorcellerie est cette amulette, et de même destructrice des avares ; de même le puissant jan̄giḍá prolongera nos existences.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Consulter II.4 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE I ÉGALEMENT CITÉ
Pour une longue vie, etc. : avec une amulette d'or
Lire l'hymne comparatif I.35 (4 versets)
L'or que les descendants de Dakṣa, bienveillants, ont attaché pour Çatānīka, cet or je l'attache pour toi, en vue de la vie (ā́yus), de l'éclat, de la force, pour une longue vie de cent automnes.
Ni les démons, ni les piçācás ne le terrassent, car ceci est la force première-née des dieux ; quiconque porte l'or des descendants de Dakṣa s'assure une longue vie parmi les vivants.
L'éclat des eaux, la lumière, la force et la puissance, ainsi que les pouvoirs héroïques (vīryà) des arbres des forêts, nous les maintenons en lui, tout comme en Indra les pouvoirs d'Indra (indriyá) ; cet or, lui qui en est capable, le portera.
Des saisons d'étés (? sámā), des mois, nous te [remplissons] ; du lait de l'année je [te] remplis ; qu'Indra et Agni, que tous les dieux t'approuvent, sans nourrir d'inimitié.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire I.35 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE VIII ÉGALEMENT CITÉ
Contre la sorcellerie, etc. : au moyen d'une amulette
Lire l'hymne comparatif VIII.5 (22 versets)
Cette amulette qui renvoie le mal, héroïque, est liée sur un héros ; héroïque, pourfendant les rivaux, véritable héroïne, protection des plus propices.
Cette amulette, pourfendant les rivaux, dotée de héros insignes, puissante, vigoureuse, dominante, formidable, héroïque, s'en va à la rencontre des sorcelleries pour les anéantir.
Avec cette amulette, Indra abattit Vritra ; avec elle, empli de sagesse, il ruina les Asuras ; avec elle, il conquit les deux, le ciel et la terre que voici ; avec elle, il conquit les quatre directions.
Cette amulette de sraktyá, qui fait rebrousser chemin, qui renvoie le mal, vigoureuse, destructrice des contempteurs, souveraine, qu'elle nous protège de toutes parts.
Voilà ce que dit Agni, voilà ce que dit aussi Soma, ce que disent Brihaspati, Savitar, Indra ; que ces dieux, mes représentants (puróhita), repoussent les sorcelleries en arrière au moyen de celles qui renvoient l'attaque.
J'interpose le ciel et la terre, le jour aussi, le soleil aussi ; que ces dieux, mes représentants, repoussent les sorcelleries en arrière au moyen de celles qui renvoient l'attaque.
Les hommes qui font de l'amulette de sraktyá leur rempart, pareille au soleil montant au ciel, souveraine, elle met en fuite les sorcelleries.
Par l'amulette de sraktyá, comme par un voyant (ṛ́ṣi) débordant de sagesse, j'ai vaincu tous les combattants ; je disperse les contempteurs, les démoniaques.
Les sorcelleries qui proviennent des An̄giras, les sorcelleries qui proviennent des Asuras, les sorcelleries forgées de soi-même, et celles qu'apportent autrui, qu'elles s'en aillent au loin, l'une et l'autre sorte, par-delà quatre-vingt-dix [cours d'eau] navigables.
Sur cet homme, que les dieux lient l'amulette [comme] protection : [à savoir] Indra, Vishṇu, Savitar, Rudra, Agni, Prajāpati, Parameshṭhin, Virāj, Vāiçvānara et tous les voyants.
Tu es la principale (uttamá) des herbes, comme le bœuf parmi les créatures mouvantes (jágat), comme le tigre parmi les bêtes sauvages (çvápad) ; celui que nous cherchions, nous l'avons trouvé, veilleur tout proche (?).
Il devient en vérité un tigre, de même un lion, de même un taureau, de même un destructeur de rivaux, celui qui porte cette amulette.
Ni les Apsaras ne le frappent, ni les Gandharvas, ni les mortels ; il règne sur (vi-rāj) toutes les contrées, celui qui porte cette amulette.
Kaçyapa t'a créée ; Kaçyapa t'a recueillie ; Indra t'a portée à la manière humaine (?) ; te portant, il a vaincu dans la mêlée (?) ; de l'amulette au pouvoir décuplé au millier, les dieux ont fait leur défense.
Quiconque, au moyen de sorcelleries, quiconque, au moyen de consécrations, quiconque, au moyen de sacrifices, désire te mettre à mort, frappe-le en retour, ô Indra, avec la foudre aux cent nœuds.
Que cette amulette qui fait rebrousser chemin, vigoureuse, victorieuse de tout, protège en vérité [notre] descendance et nos richesses, protection des plus propices.
Affranchissement des rivaux pour nous en bas, affranchissement des rivaux pour nous en haut, affranchissement des rivaux pour nous par-derrière ; ô Indra, crée de la lumière devant nous, ô héros.
Une défense pour moi [soient] le ciel et la terre, une défense le jour, une défense le soleil, une défense pour moi tant Indra qu'Agni ; qu'une défense me soit assignée (dhā) par Dhātar.
La formidable et abondante défense d'Indra et d'Agni, que tous les dieux réunis ne sauraient percer, qu'elle garde mon corps de toutes parts, en sa grandeur, afin que je vive longtemps, parvenant à la vieillesse.
La divine amulette est montée sur moi, en vue d'une parfaite préservation ; pénétrez ensemble jusqu'à ce poteau (? methí), protecteur du corps, rempart triple, en vue de la vigueur (ójas).
En cela, qu'Indra dépose la vaillance ; en cela, ô dieux, pénétrez ensemble, pour une longue durée de vie de cent automnes ; afin qu'il vive longtemps, parvenant à la vieillesse.
Donateur de bien-être, seigneur du peuple, pourfendeur de Vritra, destructeur magistral des contempteurs, qu'Indra lie ⌊pour toi⌋ l'amulette, [lui] qui a vaincu, est invaincu, buveur de soma, taureau qui ôte la crainte ; qu'il te défende de toutes parts, de jour comme de nuit, de toutes parts.
Traduction Whitney–Lanman telle qu'imprimée (1905) · Lire VIII.5 sur Wikisource ↗
Le jāṅgiḍa face à de multiples menaces
L'hymne II.4 ne cesse de nommer les préjudices auxquels le jāṅgiḍa doit répondre. Sa liste croissante forme le trait essentiel à observer : le poème semble résolu à ne laisser aucun recoin de la peur sans appellation. La bénédiction de l'or en I.35 se tourne au contraire vers la vie et l'éclat, ce qui rend le champ défensif si saturé de l'hymne végétal d'autant plus singulier.
II.4 continue de nommer les maux autour du jāṅgiḍa, comme si la couverture protectrice devait s'étendre terme après terme. L'accumulation des menaces participe elle-même de la force du poème. I.35 oriente plutôt l'or vers la vie, laissant derrière lui ce sombre catalogue menaçant.
Un inventaire protecteur s'accumule
Un catalogue modifie la portée de la protection en élargissant peu à peu le spectre des menaces imaginées. La plante mentionnée maintient la cohérence de cet ensemble en servant de point focal permanent. Un lecteur contemporain ne peut déduire la botanique de la plante ni son efficacité à partir de cette énumération, mais il peut constater la manière dont le verset bâtit un sentiment d'immunité.
La comparaison plus stricte avec l'or
L'abondance de II.4 est une profusion d'épreuves nommées, tandis que l'abondance de I.35 est un vœu de vie prolongée. Cette divergence dans ce qui s'accumule est capitale. Le poème du jāṅgiḍa fait de l'objet un centre contre lequel se déploie tout un environnement hostile ; le poème de l'or ouvre un autre horizon. Cette syntaxe cumulative explique pourquoi la plante s'impose dans II.4 : la liste y revient sans cesse à mesure que l'énonciateur scrute le danger venant d'une direction puis d'une autre.
VIII.5 nomme une plante protectrice différente
Les passages consacrés au jangida dans II.4 décrivent une amulette bien précise. VIII.5 place en revanche au centre une amulette qualifiée de sraktya dès son quatrième verset, identifiée par un commentateur comme étant taillée dans du bois de tilaka. Ses premiers versets désignent l'objet comme héroïque et apotropaïque : il va à la rencontre de la sorcellerie pour l'anéantir. Cette matière n'est pas une simple variante orthographique de jangida. Comparer ces deux éléments évite que le terme générique d'amulette ne masque la plante ou l'objet précis dont un hymne requiert en réalité l'intervention.
VIII.5.5–6 demande aux dieux ainsi qu'au monde interposé du ciel, de la terre, du jour et du soleil de retourner les manœuvres hostiles contre leurs auteurs. Le verset 9 distingue même les rites néfastes accomplis par soi-même de ceux apportés par autrui. La défense se fait expansive et récursive. Le texte conçoit un charme capable de bloquer et d'inverser des menaces d'origines multiples. Cela constitue une assise bien plus directe pour le bienfait associé de bouclier contre la sorcellerie qu'une affirmation générale prêtant au jangida un pouvoir protecteur.
Le même objet peut servir plus d'un objectif rituel
Whitney signale que VIII.5 était employé avec d'autres hymnes lorsqu'une amulette était attachée pour la prospérité, et séparément contre la sorcellerie. Le poème lui-même réunit également la défaite des rivaux, la défense corporelle, la descendance et les richesses. Ses vingt-deux versets refusent de se réduire à un adversaire unique. La tradition Pāippalāda conserve la plus grande partie de l'hymne, mais omet le verset 18 et raccourcit ou modifie plusieurs formules liminaires, y compris la première. Ces variantes ont leur importance lorsqu'il s'agit de revendiquer une procédure antique exacte.
Le rituel pour les membres relève d'une composition symbolique moderne originale, et il ne convient pas de le présenter comme un rite de jangida. Cette analyse critique conserve son histoire matérielle authentique et adjoint VIII.5 à titre de cas de contraste explicite. L'enseignement est qu'une amulette de l'Atharvaveda se caractérise par un matériau, un ensemble d'actions verbales et une menace déterminée. Deux charmes visant des buts protecteurs comparables ne sont pas pour autant historiquement interchangeables.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Étude commentée : deux amulettes, deux offices verbaux
Lisez II.4 pour le charme de jangida et dressez la liste des forces dont il demande à l'amulette désignée d'assurer l'éloignement. Examinez ensuite VIII.5.1–4 : un objet de sraktya se montre héroïque, affronte la sorcellerie et la fait rebrousser chemin. En VIII.5.5–6, les dieux et les éléments dressent une barrière ; le verset 9 distingue les pratiques néfastes créées par soi-même de celles venues d'ailleurs. Cette comparaison démontre pourquoi le bienfait associé de protection contre la sorcellerie s'enracine dans VIII.5, tandis que l'article précédent sur le jangida en fournit une illustration connexe. Tous deux relèvent de la pratique des amulettes, mais leurs matières et leurs agencements internes diffèrent. Les notes de Whitney sur la version Pāippalāda révèlent que même la formulation de VIII.5 ne possède pas une fixité absolue.
