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Atharvaveda · Fortune et succès

Grain et abondance dans l'Atharvaveda 3.24

Un disque lunaire décoratif en argent, des anneaux en laiton non gradués et un livre indigo.

L'Atharvaveda III.24 met l'accent sur l'abondance des grains. Un souhait rituel de prospérité est distinct de la sécurité alimentaire concrète.

LE TEXTE · ATHARVAVEDA

Hymnes abordés dans cet article

Commencez par les versets présentés ici. Consultez les autres hymnes mentionnés afin de comparer leurs images et leurs objectifs.

III.24

ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE

Pour l'abondance du grain

  1. Riches en lait [sont] les herbes, riche en lait ma parole (vácas) ; en conséquence, de celles qui sont riches en lait j'en apporte par milliers.

  2. Je connais celui qui est riche en lait ; il a rendu le grain abondant ; le dieu qui a pour nom « assembleur », c'est lui que nous appelons, où qu'il soit dans la maison de celui qui ne sacrifie point.

  3. Ces cinq directions qui existent, les cinq races (kṛṣṭí) issues de Manu (mānavī́), puissent-elles rassembler ici la fertilité (sphātí), comme les flots [amènent] les alluvions lorsqu'il a plu.

  4. Telle une source aux cent cours d'eau, aux mille cours d'eau, inépuisable, ainsi ce grain qui est le nôtre, en mille flots, inépuisable.

Lire les 3 versets restants de III.24
  1. Ô toi aux cent mains, rassemble ; ô toi aux mille mains, amoncelle ; de ce qui est fait et de ce qui doit être fait, apporte ici la graisse en abondance.

  2. Trois mesures des Gandharvas, quatre de la maîtresse de maison ; de celles-ci, quelle que soit la plus riche en graisse, c'est avec celle-là que nous te touchons.

  3. Celui qui apporte (upohá) et celui qui amasse (samūhá) [sont] tes (deux) distributeurs, ô Prajāpati ; qu'ils apportent ici la graisse, une abondance considérable et inépuisable.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.24 sur Wikisource ↗

III.17

ATHARVAVEDA · LIVRE III ÉGALEMENT MENTIONNÉ

Pour la réussite de l'agriculture

Lire l'hymne comparatif III.17 (9 versets)
  1. Les poètes (kaví) attellent les charrues (sī́ra), ils disposent tour à tour les jougs, eux les sages (dhī́ra), animés du désir de faveur (?) envers les dieux.

  2. Atelez les charrues, étendez les jougs ; dispersez (vap) la semence ici dans la matrice préparée ; que la gerbe (?) de virā́j soit lourde pour nous ; que les faucilles fassent venir (ā-yu) le [grain] mûr encore plus près.

  3. Que la charrue (lā́n̄gala), à pointe de lance, bien posée, au manche bien poli, fasse surgir (ud-vap) vache, brebis, charriot en marche et fille bien en chair.

  4. Qu'Indra maintienne le sillon ; que Pūshan le garde ; que, gorgé de lait, il nous rapporte chaque été davantage.

  5. Avec succès (çunám), que les bons socs fendent la terre ; avec succès, que les laboureurs suivent les bêtes de trait ; ô Çunāsīrā, vous (deux), ruisselant (?) d'oblation, rendez les herbes riches en baies pour cet homme.

  6. Avec succès, que les bêtes de trait, avec succès, que les hommes, avec succès, que la charrue (lā́n̄gala) laboure ; avec succès, que les courroies soient serrées ; avec succès, brandis l'aiguillon.

  7. Ô Çunāsīrā, jouissez (tous deux) de moi ici ; ce lait que vous avez créé dans le ciel, versez-le sur ce [sillon].

  8. Ô sillon, nous te vénérons ; sois tourné par ici, ô fortuné, afin de nous être favorable, afin de nous donner de bons fruits.

  9. De ghee, de miel (mádhu) le sillon [est] tout entier oint, agréé (anu-man) de tous les dieux, des Maruts ; toi, ô sillon, tourne-toi vers nous avec du lait, riche en rafraîchissement, gonflé de l'abondance du ghee.

Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.17 sur Wikisource ↗

Le grain est imaginé en abondance

Les prières contenues dans III.24 et III.17 se tournent vers le champ et les réserves de grain plutôt que vers une disposition intérieure. Le bien recherché par le poème s'étend au-delà de la voix isolée pour embrasser le labeur et la responsabilité partagés. III.24 donne à voir un grenier comble, tandis que III.17 nous retient dans le champ avant la moisson.

III.24 formule le souhait d'une abondance de grain, tandis que III.17 s'attarde sur la culture de la terre. Leur lien est d'ordre pratique plutôt que mystique : l'espoir d'une réserve pleine présuppose des champs, du travail, les conditions météorologiques et le temps. Le poème peut solliciter l'abondance sans pour autant occulter l'ouvrage humain dont dépend la communauté.

Le champ précède la réserve

La plénitude désirée succède au travail dans les champs, aux intempéries et au stockage ; le poème résume cette chaîne vulnérable en une prière. La personne qui parle inscrit une préoccupation concrète au cœur du langage structuré de la supplication. Le passage poétique du labeur à l'abondance est saisissant précisément parce qu'on ne saurait faire disparaître le labeur d'un simple vœu.

III.24 aux côtés de III.17

Mis en regard de l'hymne agricole III.17, le texte sur le grain met en lumière l'étape finale du cycle : la moisson. Cette visée complémentaire modifie ce à quoi ressemblerait concrètement une issue favorable. Un grenier plein constitue l'aboutissement d'un processus mobilisant des êtres humains, le sol et le climat. Le contraste avec le labeur de la terre maintient ce processus bien visible. Le vœu de récolte fait suite à tout un monde d'efforts que l'hymne à la culture mentionne plus explicitement. Les juxtaposer permet de rétablir la saison intermédiaire entre la préparation et les provisions, tout en éclairant la raison pour laquelle l'abondance est conçue comme un bien collectif.

Des herbes riches en sève laiteuse ouvrent un poème sur le grain

III.24 débute par des herbes gorgées de lait et même par une parole riche de lait. Le verset 2 se tourne vers la production d'un grain foisonnant et la silhouette d'un moissonneur. Ce préambule inscrit le grain dans un registre plus ample de nourriture avant que ne surgissent les ruissellements répétés. Il ne fait mention d'aucune variété de culture moderne ni d'aucun intrant agricole. Le poème sollicite l'arrivée des vivres à travers les plantes, les paroles et la récolte. Whitney note que le témoin Pāippalāda présente une seconde moitié différente pour le verset 1 ; le souhait général d'une nourriture végétale abondante demeure néanmoins limpide. Lire ces versets avec rigueur s'avère bien plus instructif que de réduire le grain à un symbole abstrait d'argent inépuisable.

Sources et mains bâtissent deux échelles d'abondance

Le verset 4 assimile le grain à une source intarissable de centaines et de milliers de flots. Cette image démultiplie les réserves. Le verset 5 implore une figure aux cent et aux mille mains d'apporter et d'entasser l'abondance, passant ainsi de l'écoulement au rassemblement. Ces deux versets répondent à des problématiques différentes : la nourriture doit être produite en quantité suffisante puis recueillie là où les êtres humains peuvent s'en sustenter. Whitney souligne que la traduction du verset 4 repose sur une leçon étayée par le Pāippalāda, là où le texte Śaunaka s'avère difficile. Cette incertitude textuelle limite la précision quant à son premier mot, bien que le parallèle entre la source et le grain demeure le sens évident de l'ensemble.

L'hymne des champs fournit l'étape préalable

III.17 décrit des charrues attelées, des semences au sein d'une terre labourée, des bêtes de trait et un sillon dont on réclame des récoltes pour les étés à venir. III.24 commence au plus près du résultat espéré et amplifie ce dernier par des flots et des mains qui rassemblent. Envisagés ensemble, ces hymnes mettent en évidence l'intervalle concret qui sépare les semailles de la réserve. Cet intervalle n'est gommé par aucune des deux prières. L'avantage pour les membres, le grain abondant, paraphrase le dessein de III.24, tandis que la pratique rituelle en six phases constitue un exercice symbolique de rédaction récente. Les textes historiques n'établissent aucun rendement agricole, ne repoussent point les nuisibles et ne sauraient remplacer le labeur pratique dont dépend la subsistance d'une communauté.

Lecture dirigée : III.24 aux côtés de III.17

III.24 imagine l'abondance des grains après la culture. III.17 met l'accent sur le travail fructueux dans les champs. Le résultat et le processus occupent des moments distincts de l'année agricole. III.17 rend audibles le champ et son labeur ; III.24 donne à voir la future récolte. Le sentiment d'abondance de ce dernier tire sa force de l'effort déployé dans le premier. Lu ainsi, le grain constitue une subsistance pour une communauté plutôt qu'un symbole de richesse abstrait. Lisez III.24.1 pour les herbes nourricières, le verset 4 pour la source jaillissante de grain, et le verset 5 pour les mains qui le recueillent. Revenez ensuite à III.17.2, où la semence est déposée dans un champ préparé. Cet ordre de lecture met en lumière le travail et le temps dissimulés derrière l'image d'une réserve déjà pleine, sans transformer ce vœu d'abondance en une garantie de récolte.

Textes sources et études

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