LE TEXTE · ATHARVAVEDA
Hymnes abordés dans cet article
Ces versets fournissent la formulation et la séquence examinées dans l'article ci-dessous.
ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE
Pour la réussite de l'agriculture
Les poètes (kaví) attellent les charrues (sī́ra), ils disposent tour à tour les jougs, eux les sages (dhī́ra), animés du désir de faveur (?) envers les dieux.
Atelez les charrues, étendez les jougs ; dispersez (vap) la semence ici dans la matrice préparée ; que la gerbe (?) de virā́j soit lourde pour nous ; que les faucilles fassent venir (ā-yu) le [grain] mûr encore plus près.
Que la charrue (lā́n̄gala), à pointe de lance, bien posée, au manche bien poli, fasse surgir (ud-vap) vache, brebis, charriot en marche et fille bien en chair.
Qu'Indra maintienne le sillon ; que Pūshan le garde ; que, gorgé de lait, il nous rapporte chaque été davantage.
Lire les 5 versets restants de III.17
Avec succès (çunám), que les bons socs fendent la terre ; avec succès, que les laboureurs suivent les bêtes de trait ; ô Çunāsīrā, vous (deux), ruisselant (?) d'oblation, rendez les herbes riches en baies pour cet homme.
Avec succès, que les bêtes de trait, avec succès, que les hommes, avec succès, que la charrue (lā́n̄gala) laboure ; avec succès, que les courroies soient serrées ; avec succès, brandis l'aiguillon.
Ô Çunāsīrā, jouissez (tous deux) de moi ici ; ce lait que vous avez créé dans le ciel, versez-le sur ce [sillon].
Ô sillon, nous te vénérons ; sois tourné par ici, ô fortuné, afin de nous être favorable, afin de nous donner de bons fruits.
De ghee, de miel (mádhu) le sillon [est] tout entier oint, agréé (anu-man) de tous les dieux, des Maruts ; toi, ô sillon, tourne-toi vers nous avec du lait, riche en rafraîchissement, gonflé de l'abondance du ghee.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.17 sur Wikisource ↗
ATHARVAVEDA · LIVRE III EN POINT DE MIRE
Pour l'abondance du grain
Riches en lait [sont] les herbes, riche en lait ma parole (vácas) ; en conséquence, de celles qui sont riches en lait j'en apporte par milliers.
Je connais celui qui est riche en lait ; il a rendu le grain abondant ; le dieu qui a pour nom « assembleur », c'est lui que nous appelons, où qu'il soit dans la maison de celui qui ne sacrifie point.
Ces cinq directions qui existent, les cinq races (kṛṣṭí) issues de Manu (mānavī́), puissent-elles rassembler ici la fertilité (sphātí), comme les flots [amènent] les alluvions lorsqu'il a plu.
Telle une source aux cent cours d'eau, aux mille cours d'eau, inépuisable, ainsi ce grain qui est le nôtre, en mille flots, inépuisable.
Lire les 3 versets restants de III.24
Ô toi aux cent mains, rassemble ; ô toi aux mille mains, amoncelle ; de ce qui est fait et de ce qui doit être fait, apporte ici la graisse en abondance.
Trois mesures des Gandharvas, quatre de la maîtresse de maison ; de celles-ci, quelle que soit la plus riche en graisse, c'est avec celle-là que nous te touchons.
Celui qui apporte (upohá) et celui qui amasse (samūhá) [sont] tes (deux) distributeurs, ô Prajāpati ; qu'ils apportent ici la graisse, une abondance considérable et inépuisable.
Traduction Whitney–Lanman telle que publiée (1905) · Lire III.24 sur Wikisource ↗
La charrue ouvre un champ
Le recueil peut passer du refuge domestique au travail, aux voyages, à la culture des terres ou au statut public. Une évolution de statut ou de subsistance se répercutait à travers tout un réseau de devoirs et de personnes à charge. III.17 fait face au labeur de la culture. III.24 imagine l'abondance que ce labeur espère apporter.
III.17 s'attache à la culture en tant que travail ; III.24 imagine des grains abondants. Ce sont des étapes consécutives de la subsistance, mais non un seul et même moment. La distinction entre accomplir le travail et espérer son rendement est le pivot subtil qui rend la comparaison pertinente.
La culture devient une requête
Les poèmes situent la culture au sein d'un cycle de travail, d'incertitude, de travail de la terre et de récolte espérée. Le verset transforme un risque de l'existence ordinaire en un appel orienté. Le processus et le rendement ne doivent pas être confondus, d'autant que le climat et l'effort s'interposent entre eux.
III.17 aux côtés d'un vœu de grains
III.17 prête attention au travail et à ses conditions, tandis que III.24 met l'accent sur les provisions qui en résultent. L'emploi partagé d'un langage de bon augure ne fait pas du labour et de la moisson des phases identiques de la récolte. Le champ représente encore une tâche inachevée dans un poème, alors que le grenier figure un avenir désiré dans l'autre. Cet intervalle porte le risque. Un champ est préparé bien avant qu'une récolte ne puisse être amassée. Les deux hymnes placent donc la parole de part et d'autre d'un intervalle réel de météo, de soins et d'incertitude ; leurs souhaits sont reliés par le labeur, non par un effet automatique.
L'attelage et les semailles sont nommés avant la récolte
III.17 commence par les poètes qui attellent les charrues et disposent les jougs. Le verset 2 se tourne vers l'endroit préparé pour la semence, puis envisage déjà les faucilles rapprochant le grain mûr. Le saut de la semence à la moisson est une requête projetée dans le temps, non l'affirmation que les semailles garantissent la récolte. Whitney note que le Pāippalāda lit « champ » là où le texte Śaunaka emploie un terme traduit par « matrice » ; ce dernier fait de la fertilité une métaphore explicite. Les deux leçons gardent en vue la culture physique. Les verbes de l'hymne nomment le labeur, tandis que ses vœux révèlent la période d'incertitude qui succède à l'ouvrage. Cette association est plus précise qu'un appel générique à la bonne fortune.
Le sillon est invoqué comme un futur pourvoyeur
Au verset 4, Indra est prié de maintenir le sillon et Pūshan de le défendre, avec le souhait qu'il produise lors des étés suivants. Les versets 8 et 9 s'adressent directement au sillon et lui demandent de tourner favorablement, fécond et riche en lait ou en réconfort. Ces images dépassent l'instant du labour pour viser une subsistance pérenne. Le verset 5 maintient toujours les travailleurs, les bêtes de trait, les socs de charrue et les herbes chargées de baies au cœur du tableau. Le bienfait agricole associe donc un labeur concerté à l'espoir d'une terre vivante. Aucune strophe n'affirme que la parole rituelle peut remplacer le soin de la terre, les saisons ou la protection d'une récolte réelle.
Un témoin plus court modifie la progression
Whitney rapporte que le Pāippalāda conserve quatre versets groupés selon l'ordre 2, 1, 5, 4, plutôt que la séquence de neuf versets de la version Śaunaka. Commencer par la semence et le champ préparé place l'ensemencement en premier ; l'ordre Śaunaka, mieux préservé, s'ouvre sur les poètes et les charrues attelées. Cette différence modifie la perception du mouvement d'ouverture, bien que tous deux conservent le travail et le rendement espéré. III.24 offre une seconde comparaison : ses multiples flots de grains et sa récolte aux mains nombreuses mettent au premier plan l'abondance après la culture. Ce diptyque ne constitue pas une recette rituelle continue de l'Antiquité. III.17 traite du travail dans le sillon ; III.24 demande que le grain à venir soit abondant.
EXEMPLE D'INTERPRÉTATION
Lecture commentée : III.17 aux côtés d'un vœu de grains
III.17 s'adresse à la culture, tandis que III.24 veille à l'abondance du grain. Le premier se tourne vers le travail de la terre ; le second vers ce que produit la moisson. L'hymne du labour ne dissipe pas l'incertitude des semailles, et l'hymne des grains ne remplace pas le labeur par des mots. Chacun s'exprime à une étape différente du cycle agricole. Leur lecture croisée met en lumière l'écart temporel entre l'effort et la subsistance. Dans III.17.2, la semence pénètre un champ préparé ou une matrice, tandis que le verset 4 demande que le sillon soit fertile lors des étés à venir. Le temps qui s'écoule entre ces lignes constitue le risque agricole exprimé par l'hymne. III.24.4–5 s'oriente vers des flots de grains moissonnés, rendant visible la récolte espérée sans prétendre que les seuls mots l'aient produite.
